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	<title>Mani&#233;risme et baroque</title>
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		<title>Mani&#233;risme et baroque</title>
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		<title>5.2. Des notions pour temps de crise</title>
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		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



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&lt;p&gt;Dans ces conditions, &#224; quoi bon parler encore du baroque ? Ne vaut-il pas mieux donner un cong&#233; d&#233;finitif &#224; la notion ? La cat&#233;gorie est d&#233;sormais soumise aux feux nourris d'une critique s&#233;v&#232;re, mais on peut consid&#233;rer qu'elle reste op&#233;ratoire, y compris sous l'angle d&#233;cri&#233; de ses liens avec les arts plastiques et picturaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Prenons le parti de consid&#233;rer que son caract&#232;re exog&#232;ne n'est pas une tare insurmontable : apr&#232;s tout, pourquoi les outils construits par les observateurs devraient-ils &#234;tre r&#233;fut&#233;s a (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-Conclusions-" rel="directory"&gt;Conclusions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans ces conditions, &#224; quoi bon parler encore du baroque ? Ne vaut-il pas mieux donner un cong&#233; d&#233;finitif &#224; la notion ? La cat&#233;gorie est d&#233;sormais soumise aux feux nourris d'une critique s&#233;v&#232;re, mais on peut consid&#233;rer qu'elle reste op&#233;ratoire, y compris sous l'angle d&#233;cri&#233; de ses liens avec les arts plastiques et picturaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons le parti de consid&#233;rer que son caract&#232;re exog&#232;ne n'est pas une tare insurmontable : apr&#232;s tout, pourquoi les outils construits par les observateurs devraient-ils &#234;tre r&#233;fut&#233;s a priori ? Prenons aussi le parti de consid&#233;rer que chercher des &#233;quivalences entre po&#233;sie et peinture ne saurait &#234;tre une h&#233;r&#233;sie, s'agissant d'une &#233;poque o&#249; chaque po&#232;te et chaque peintre recevait sans murmurer le dogme horatien de l'&lt;i&gt;ut pictura poesis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le baroque litt&#233;raire envisag&#233; comme simple transcription par &#233;crit de proc&#233;d&#233;s plastiques peut &#234;tre tenu comme irrecevable, ne peut-on consid&#233;rer que la po&#233;sie, le th&#233;&#226;tre, comme la peinture et la sculpture, manifestent, chacun selon des proc&#233;dures, des moyens, des voies qui leur sont propres, l'expression d'une &#233;poque, qu'on peut ou non appeler baroque, et qui trouverait son unit&#233; dans la crise de la conscience qui traverse alors toute l'Europe, bouleversant toutes les structures du savoir ? L'int&#233;r&#234;t du baroque r&#233;siderait alors dans sa mise en perspective avec ce que Michel Foucault, dans &lt;i&gt;Les Mots et les choses&lt;/i&gt;, nomme une &#171; &#233;pist&#233;m&#232; &#187;, c'est-&#224;-dire un ensemble de possibilit&#233;s &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; de la connaissance propres &#224; une &#233;poque, la structure de pens&#233;e dans laquelle les hommes pensent le monde ; il &#233;voque, d'ailleurs, dans cette optique, &#171; cette p&#233;riode qu'&#224; tort ou &#224; raison on appelle baroque &#187;, et qui correspond au moment, selon lui, o&#249; les modalit&#233;s renaissantes du savoir entrent en crise avant l'av&#232;nement de la pens&#233;e moderne, celle-ci &#233;mergeant v&#233;ritablement &#224; partir de Bacon, puis surtout de Descartes et de Port-Royal. Le baroque, mais aussi, pour introduire une notion exog&#232;ne suppl&#233;mentaire, le mani&#233;risme, seraient des manifestations de ces &#233;branlements, perceptibles dans les diff&#233;rentes formes de l'activit&#233; de l'esprit, et &#233;minemment dans ses formes artistiques et litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;volution intellectuelle, qui traversa, &#224; l'&#233;chelle d'un si&#232;cle, un continent entier, bouscula toutes les sciences : l'hypoth&#232;se h&#233;liocentrique, formul&#233;e par Copernic, reprise par Galil&#233;e, et celle de l'univers infini, d&#233;fendue par Bruno avant son ex&#233;cution, invalident 1500 ans d'astronomie ; la d&#233;couverte de la circulation sanguine ruine l'ancienne m&#233;decine h&#233;riti&#232;re d'Hippocrate et de Galien ; la d&#233;couverte du vide par Torricelli et Pascal invalide toute la physique. Les intellectuels se retrouvent d&#233;munis, priv&#233;s d'instruments pour comprendre le monde o&#249; ils sont plong&#233;s, et qui leur appara&#238;t aussi &#233;nigmatique que dangereux. Le contexte socio-historique est en effet difficile : les nombreuses disettes li&#233;es au refroidissement du climat, ou les guerres de religion, qui font s'affronter les chr&#233;tiens au nom d'un m&#234;me Dieu, expliquent l'obsession de la mort qui marque toute la p&#233;riode. Ainsi ce n'est pas sous le r&#233;gime de la transposition qu'il faut concevoir la question du baroque, mais celui de l'expression, sous diff&#233;rentes formes, d'un m&#234;me esprit du temps : celui d'une crise. Rousset et Raymond surtout n'en disconvenaient pas, qui parlaient d'un &#171; &#233;tat de culture, ou plut&#244;t d'une crise de la culture &#187; des ann&#233;es 1560-1650&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Marcel Raymond, Baroque et Renaissance po&#233;tique, op. cit., p. (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; les diff&#233;rentes expressions artistiques renvoient &#224; un m&#234;me &#171; &#233;tat g&#233;n&#233;ral de la sensibilit&#233; &#187; explique ainsi l'auteur de Baroque et Renaissance po&#233;tique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Ibid., p. 55' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Malgr&#233; tout, ils s'appesantirent peu sur la nature de cette crise et ses relations exactes avec les crit&#232;res qu'ils retiennent. Ce travail sera accompli un peu plus tard, par exemple, s'agissant du domaine anglais, par Gis&#232;le Venet, dans sa grande &#233;tude sur Shakespeare et ses contemporains intitul&#233;e &lt;i&gt;Temps et vision tragique&lt;/i&gt;. Plus r&#233;cemment encore, dans une perspective comparatiste, Didier Souiller &#233;tudie le baroque comme manifestation d'une &#171; crise de la conscience europ&#233;enne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='La Litt&#233;rature baroque en Europe, Paris, PUF, 1988.' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette crise g&#233;n&#233;rale, artistes, mais aussi &#233;crivains, peuvent adopter plusieurs attitudes : certains pr&#233;f&#232;rent s'en amuser, en jouer, badiner, oublier leurs angoisses ; d'autres au contraire tenteront de l'exprimer fortement pour mieux la conjurer. Les premiers pourront &#234;tre qualifi&#233;s de mani&#233;ristes, les seconds de baroques. Rousset regrette d'avoir connu trop tard cette autre cat&#233;gorie esth&#233;tique &#171; nouvelle venue &#187;, issue de l'histoire de la peinture plut&#244;t que ces arts plastiques, et qu'il aurait pu, &#233;crit-il, mobiliser pour &#233;claire la g&#233;n&#233;ration d'avant 1600.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; Le mani&#233;risme [...] aurait pu me sugg&#233;rer quelques &#233;quivalences avec les (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ce qu'on s'est risqu&#233; &#224; faire ici, avec beaucoup de pr&#233;somption, et malgr&#233; le d&#233;saveu posthume que ne manquerait pas de nous donner Rousset.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;poque, toutes proportions gard&#233;es, est soumise &#224; des &#233;branlements assez similaires &#224; ceux qui secou&#232;rent l'Europe &#224; la charni&#232;re des XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles : des &#233;volutions scientifiques et techniques d&#233;cisives, inqui&#233;tantes, capables de menacer l'&#233;quilibre de la plan&#232;te, la menace de la destruction, le r&#232;gne sans partage des images, le primat accord&#233; &#224; l'&#233;motion sur la r&#233;flexion... Comme nos anc&#234;tres de l'&#226;ge baroque, nous oscillons entre fascination et effroi. Nous sommes en qu&#234;te d'outils susceptibles d'&#233;clairer cette p&#233;riode de troubles qui est la n&#244;tre. Nous faisons ici le pari que c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elles sont li&#233;es &#224; une &#233;poque d&#233;termin&#233;e et &#224; des circonstances historiques pr&#233;cises que le baroque et le mani&#233;risme peuvent se r&#233;v&#233;ler comme des notions susceptibles de nous aider non seulement &#224; comprendre les productions artistiques, litt&#233;raires, intellectuelles de l'&#233;poque, mais aussi &#224; mieux penser notre propre temps, &lt;i&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_416 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/vh9_aj5swy_passages_250.jpg' title='JPEG - 29.8 ko' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L95xH150/vh9_aj5swy_passages_250-88281-7287d.jpg?1485238927' width='95' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Le livre de Philippe Beaussant, qui fraya nagu&#232;re la voie au baroque musicale, montre que la th&#232;se des &#171; passages &#187; entre les arts, aussi bien picturaux que litt&#233;raires ou encore musicaux, est loin d'avoir dit son dernier mot. Laissons, pour terminer, la parole &#224; cet autre ma&#238;tre pilote en Baroquie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Un fragment de po&#232;me, quelques minutes de musique, quelques tableaux, est-ce suffisant pour dire l'essentiel ? Je le crois, &#224; condition de tracer les lignes de fuite communes et, entre peinture, musique et po&#233;sie, des &#171; passages &#187;&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Marcel Raymond, &lt;i&gt;Baroque et Renaissance po&#233;tique&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 18&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 55&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La Litt&#233;rature baroque en Europe, Paris, PUF, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Le mani&#233;risme [...] aurait pu me sugg&#233;rer quelques &#233;quivalences avec les po&#232;tes fin de si&#232;cle &#187;, &lt;i&gt;Dernier Regard sur le baroque&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 26&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>5.1. &#171; Tonner contre &#187; ?</title>
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		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Faut-il en finir avec le baroque ? On s'imagine mal aujourd'hui, alors que le baroque tient d&#233;sormais sa place, entre Renaissance et claccicisme, dans tous les manuels scolaires, la violence des pol&#233;miques suscit&#233;es, dans les ann&#233;es 1950 et 1960, par l'introduction dans le champ litt&#233;raire de cette cat&#233;gorie de l'histoire de l'art. Les tenants du classicisme se sentaient bafou&#233;s : la France ne pouvait &#234;tre que du c&#244;t&#233; de l'ordre, de l'unit&#233;, de la r&#233;gularit&#233; et de la sym&#233;trie, aussi l'id&#233;e m&#234;me d'un (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-Conclusions-" rel="directory"&gt;Conclusions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH150/arton51-197b4.jpg?1485238940' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Faut-il en finir avec le baroque ? On s'imagine mal aujourd'hui, alors que le baroque tient d&#233;sormais sa place, entre Renaissance et claccicisme, dans tous les manuels scolaires, la violence des pol&#233;miques suscit&#233;es, dans les ann&#233;es 1950 et 1960, par l'introduction dans le champ litt&#233;raire de cette cat&#233;gorie de l'histoire de l'art. Les tenants du classicisme se sentaient bafou&#233;s : la France ne pouvait &#234;tre que du c&#244;t&#233; de l'ordre, de l'unit&#233;, de la r&#233;gularit&#233; et de la sym&#233;trie, aussi l'id&#233;e m&#234;me d'un baroque fran&#231;ais leur paraissait-elle incongrue et inappropri&#233;e : &#171; laissons &#224; l'Italie &#187;, pensaient-ils comme Boileau, &#171; de tous ces faux brillants l'&#233;clatante folie &#187;. D'autres se m&#233;fiaient des accointances entre baroque et catholicisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les tensions sont retomb&#233;es, s'accordent &#224; dire les sp&#233;cialistes. Que reste-t-il aujourd'hui de cette notion, rejet&#233;e par son instigateur lui-m&#234;me ? Apr&#232;s avoir &#233;crit, d&#232;s 1967, un article intitul&#233; &#171; Adieu au baroque ? &#187;, avec encore un point d'interrogation, Jean Rousset renonce &#224; la cat&#233;gorie qu'il a contribu&#233; plus que tout autre &#224; promouvoir dans son ouvrage testamentaire, &lt;i&gt;Dernier Regard sur le baroque&lt;/i&gt;, paru chez Corti en 1998. Reni&#233;e par son principal promoteur, faut-il encore songer &#224; d&#233;fendre le baroque ? Se contenter de &#171; tonner contre &#187;, pour reprendre le titre d'un colloque qui s'est tenu il y a quelques ann&#233;es et dont on peut lire les &lt;a href=&#034;http://revue.etudes-episteme.org/?-9-2006&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;actes en ligne&lt;/a&gt;]], ne rel&#232;ve-t-il pas du conformisme et de la paresse intellectuelle plus que d'une sage &#233;valuation de cette notion ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Malgr&#233; le succ&#232;s op&#233;ratoire des th&#232;ses de Rousset qui, de son aveu m&#234;me, ont permis la &#171; reconqu&#234;te &#187; de territoires inconnus et m&#233;pris&#233;s, des voix se sont &#233;lev&#233;es pour remettre en cause la l&#233;gitimit&#233; de sa notion. On n'a sans doute pas pris assez garde que, d&#232;s l'&#233;poque de son grand ouvrage sur le sujet, Rousset lui-m&#234;me jetait un oeil critique sur sa m&#233;thode : il n'est pas judicieux, estime-t-il, d'opter pour &#171; la confrontation directe d'une oeuvre plastique &#224; une oeuvre litt&#233;raire, pr&#233;cis&#233;ment parce que les conditions d'existence, la substance de chacune de ces oeuvres sont sans commune mesure &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Circ&#233; et le paon, op. cit., p. 182' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; cette m&#233;thode risquerait &#171; de mener &#224; des &#224; peu pr&#232;s ou &#224; des malentendus &#187;. D'o&#249; l'emploi de crit&#232;res communs aux baroque litt&#233;raire et artistique, qui permettent une &#171; confrontation indirecte &#187; &#224; ses yeux bien plus pertinente. L'affirmation d'une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des arts constitue en effet une objection majeure, soulign&#233;e peu apr&#232;s la publication de &lt;i&gt;La litt&#233;rature de l'&#226;ge baroque en France&lt;/i&gt; par le ma&#238;tre et ami de Rousset, Marcel Raymond. Celui-ci, bien qu'il salue l'auteur de &lt;i&gt;Circ&#233; et le paon&lt;/i&gt; comme &#171; ma&#238;tre pilote en baroquie &#187; et propose &#224; son tour des &#233;tudes sur Ronsard et Malherbe consid&#233;r&#233;s dans la perspective baroque, n'en ouvre pas moins son ouvrage &lt;i&gt;Baroque et Renaissance po&#233;tique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Jos&#233; Corti, 1955.' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par un long essai th&#233;orique, particuli&#232;rement clairvoyant, o&#249; il souligne la diff&#233;rence d'essence entre les arts plastiques, qui sont de l'ordre du visuel, du mat&#233;riel et de l'instant&#233;anit&#233; (une sculpture un tableau se per&#231;oivent d'un coup d'oeil dans leur totalit&#233;), la litt&#233;rature est du c&#244;t&#233; du verbal, donc de l'immat&#233;riel, et de la dur&#233;e : l'oeuvre exige d'&#234;tre d&#233;ploy&#233;e dans le temps pour &#234;tre appr&#233;hend&#233;e. Ces deux formes d'expression ne supposent donc pas de recourir aux m&#234;mes moyens. A sa suite, d'&#233;minents sp&#233;cialistes de la question comme Didier Souiller et Jean-Pierre Maquerlot s'arr&#234;teront &#233;galement sur les difficult&#233;s th&#233;oriques que soul&#232;ve la transposition d'un art &#224; l'autre. Souiller d&#233;cide de conserver la notion, mais en se d&#233;barrassant de la r&#233;f&#233;rence aux arts plastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres sp&#233;cialistes, en revanche, tout aussi &#233;minents, consid&#232;rent que la transposition inter-artistique s'impose, ainsi Pierre Grimal :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&#171; La litt&#233;rature (...) n'est souvent que l'expression la plus bruyante de conceptions emprunt&#233;es &#224; d'autres arts. Ceux-ci, peinture, jardin, architecture, mise en sc&#232;ne th&#233;&#226;trale, musique, contribuent, plus profond&#233;ment peut-&#234;tre, &#224; former, puis &#224; g&#233;n&#233;raliser, enfin &#224; imposer aux &#233;crivains eux-m&#234;mes une esth&#233;tique d'abord diffus&#233;e, dont ils feront tant bien que mal la th&#233;orie. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Pierre Grimai, L'art des jardins, P.U.F., &#171; Que sais-je ? &#187;, 1964, p. (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Marcel Raymond, d&#232;s 1955, souligne d'autres faiblesses dans le montage conceptuel de Rousset, en particulier, le peu d'&#233;gards qu'il accorde aux questions d'espace et de chronologie. Le baroque architectural, s'il commence vers 1580-1600, se poursuit jusqu'au XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. S'agissant de la France, les difficult&#233;s sont d'autant plus aigu&#235;s que le classicisme est post&#233;rieur au baroque (1660-1680). Par ailleurs, comme interroge Rousset lui-m&#234;me &#224; la fin de sa carri&#232;re, &#171; fallait-il faire le d&#233;tour du baroque romain pour aller &#224; la rencontre de po&#232;tes fran&#231;ais &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='appendix' title='Dernier regard sur le baroque, op. cit., p. 24' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Raymond pointait d&#233;j&#224; &#171; le d&#233;faut de synchronisme, d'une nation &#224; l'autre, mais aussi d'un art &#224; l'autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me d&#233;faut consiste, de l'aveu m&#234;me de Rousset l&#224; encore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Dernier regard sur le baroque, op. cit., p. 25' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; enfermer toutes les oeuvres d'une p&#233;riode sous le vocable r&#233;ducteur d'&#171; &#226;ge baroque &#187;, au moyen d'une grille n&#233;cessairement simplificatrcie, qui ne permet pas de mesurer la complexit&#233; ni le caract&#232;re composite de la production d'une &#233;poque, particuli&#232;rement s'agissant du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qui fut d'une grande diversit&#233; g&#233;n&#233;rique, stylistique, et o&#249; s'exprim&#232;rent des sensibilit&#233;s multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me objection m&#233;thodologique concerne le caract&#232;re &#171; exog&#232;ne &#187; de la notion. Aucun artiste, aucun &#233;crivain ne s'est jamais pens&#233; comme &#171; baroque &#187;. Il n'en va pas de m&#234;me pour des cat&#233;gories &#171; endog&#232;nes &#187; comme le romantisme, ou le surr&#233;alisme, que des contemporains ont pu d&#233;finir et revendiquer, manifestes &#224; l'appui. Il est d&#233;licat, aux yeux de beaucoup de sp&#233;cialistes actuels, d'utiliser cette cat&#233;gorie artificielle, construite au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Rousset finit par consid&#233;rer que cette construction est &#171; sa fiction &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='appendix' title='Dernier regard sur le baroque, op. cit., p. 19' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que &#171; le baroque pose au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle des questions qui ne sont pas les siennes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-7' class='spip_note' rel='appendix' title='Ibid., p. 30.' id='nh2-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais d&#233;pendent de notre fa&#231;on moderne de regarder le pass&#233;. L'on peut l&#233;gitimement, pensent-ils, pr&#233;f&#233;rer des notions employ&#233;es &#224; l'&#233;poque, comme celles, pour la France, de galanterie ou de pr&#233;ciosit&#233;, qui pr&#233;sentent des accointances avec ce que Rousset reconna&#238;t comme &#171; baroque &#187;. Rousset lui-m&#234;me, dans son &lt;i&gt;Dernier Regard sur le baroque&lt;/i&gt;, se laisse gagner par ces arguments. Il se range au sentiment de Marc Fumaroli qui substitue au couple baroque/classicisme celui d'asianisme/atticisme :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Il semble plus simple et plus naturel d'emprunter sa terminologie &#224; la tradition rh&#233;torique revivifi&#233;e par l'humanisme du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et de retraduire &#171; baroque &#187; par &#171; asianisme &#187;, &#171; classicisme &#187; par &#171; atticisme &#187;. On dispose ainsi d'instruments d'analyse familiers aux lettr&#233;s du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle (ce qui n'est pas le cas de &#171; baroque &#187; et &#171; classicisme &#187; introduits apr&#232;s coup&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-8' class='spip_note' rel='appendix' title='L'Ecole du silence, 1994, Flammarion, 343' id='nh2-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces deux termes, &#171; applicables sans distorsion au domaine litt&#233;raire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-9' class='spip_note' rel='appendix' title='Dernier regard sur le baroque, op. cit., p. 30' id='nh2-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; renvoient &#224; deux conceptions de la rh&#233;torique : la premi&#232;re illustr&#233;e jadis par les orateurs d'Asie mineure, se caract&#233;rise par l'ampleur, la richesse des ornements, l'abondance des figures, le privil&#232;ge accord&#233; &#224; la s&#233;duction et &#224; l'&#233;motion ; la seconde, celle des orateurs d'Ath&#232;nes au temps de P&#233;ricl&#232;s, se d&#233;finit par la bri&#232;vet&#233;, la pr&#233;cision, la rigueur. Nul besoin, pour l'auteur de &lt;i&gt;L'&#226;ge de l'&#233;loquence&lt;/i&gt;, de s'encombrer de notions floues et incertaines, quand on dispose des propres outils rh&#233;toriques que connaissaient les contemporains : l'abondance du style j&#233;suite rel&#232;ve de l'asianisme, le style serr&#233; et haletant des &lt;i&gt;Provinciales&lt;/i&gt; de Pascal est du c&#244;t&#233; de l'atticisme. Fumaroli oppose ainsi une &#233;criture j&#233;suite, catholique ultra-montaine, &#224; une rh&#233;torique plus serr&#233;e, plus rigoureuse, gallicane, illustr&#233;e par exemple par les jans&#233;nistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre flottement : le rattachement du baroque au religieux. Si, comme on l'a vu, et comme le montre par exemple l'exposition d'Alain Tapi&#233; &#224; Caen &#171; Baroque vision j&#233;suite &#187;, le baroque architectural a partie li&#233;e, &#233;troitement, avec l'impulsion catholique, ni Wolfflin ni Rousset n'envisagent le baroque sous cet angle. Alors m&#234;me que Rousset adopte pour d&#233;finir ce courant le paradigme &#8220;borromino-berninesque&#8221; (deux artistes commandit&#233;s par les autorit&#233;s de l'Eglise catholique), il ne fait aucune allusion, s'asgissant des lettres, &#224; un quelconque partage id&#233;ologique ou spirituel : l'homog&#233;n&#233;it&#233; du baroque qui caract&#233;rise selon lui tout un &#226;ge traverse les fronti&#232;res religieuses. Les protestants D'Aubign&#233;, ou Sponde dans les vers qui pr&#233;c&#232;dent sa conversion, sont pour lui des repr&#233;sentants d'une sensibilit&#233; baroque au m&#234;me titre que des catholiques militants comme Chassignet ou La Cepp&#232;de, par exemple. Un tel d&#233;couplage rend la mobilisation de la notion malais&#233;e : que l'appel aux sens, &#224; l'&#233;motion, la volont&#233; de surprendre, participent d'une sanctification de la mati&#232;re qui distingue le catholicisme, confiant dans les facult&#233;s humaines, d'un protestantisme anti-humaniste, on peut le concevoir ; mais dans ces conditions, pourquoi retrouvons-nous les m&#234;mes formules esth&#233;tiques de part et d'autre de la fracture ouverte par la R&#233;forme ? Rousset ne r&#233;pond &#224; cette question, ni ne la pose jamais fermement ni directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ajouter encore une autre limite, consubstantielle aux ambitions m&#234;mes des ma&#238;tres qui ont promu la notion : celle d'un renversement syst&#233;matique des valeurs qui ne fit pas &#233;voluer en profondeur notre conception de la litt&#233;rature, et se contenta plut&#244;t d'en inverser les signes. Raymond, Leb&#232;gue, Boase et autres p&#232;res fondateurs de la notion avaient &#224; coeur d'instaurer une confrontation entre le baroque et le classicisme ; ils exalt&#232;rent dans les po&#232;tes oubli&#233;s leur irr&#233;gularit&#233;, leur bizarrerie, leur excentricit&#233;, leur go&#251;t de l'exc&#232;s, c'est-&#224;-dire tous ces reproches que leur avaient adress&#233; les &#171; classiques &#187;, et que leurs thurif&#233;raires admiraient d&#233;sormais au titre de leur libert&#233; cr&#233;atrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le baroque a souffert d'un d&#233;ficit de d&#233;finition stable, qui a permis &#224; bien des critiques de brandir cette cat&#233;gorie, jusqu'&#224; ce qu'il ne reste du baroque qu'une coquille vide priv&#233;e de tout contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette faute de m&#233;thode en incombe, partiellement au moins, &#224; Rousset, qui reconna&#238;t, dans son dernier livre, que les mailles de sa grille sont &#171; tr&#232;s larges, trop larges &#187; (DRB 19). 5) L'un des d&#233;fauts de l'approche purement th&#233;matique de Rousset est en effet de ne jamais nous donner d'explication sur la pr&#233;sence et l'abondance des th&#232;mes qu'il rel&#232;ve. Pourquoi la bulle, le papillon, le vent, l'arc-en-ciel sont-ils des motifs baroques ? Rousset se contentait d'observer cette convergence de th&#232;mes, sans proposer d'&#233;tiologie qui en rend&#238;t compte ; il ouvrait la porte &#224; tous les abus herm&#233;neutiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici au point nodal qui cristallise les contestations : le baroque serait une notion trop ind&#233;termin&#233;e pour ne pas autoriser toutes les d&#233;rives, y compris celle qui parut la plus grave aux promoteurs d'un baroque historique : l'exportation de la notion de baroque &#224; d'autres &#233;poques qu'&#224; l'Ancien R&#233;gime. D&#232;s 1967, Marie-Louise Tricaud donne l'exemple de cette extropolation d&#233;licate dans sa th&#232;se intitul&#233;e &#171; Le baroque dans le th&#233;&#226;tre de Claudel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-10' class='spip_note' rel='appendix' title='Gen&#232;ve, Droz, Histoire des id&#233;es et critique litt&#233;raire' id='nh2-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus r&#233;cemment, Johan Faerber a fait para&#238;tre chez Champion un ouvrage sous le titre &lt;i&gt;Pour une esth&#233;tique baroque du nouveau roman&lt;/i&gt;, o&#249; il consid&#232;re la cat&#233;gorie comme &#171; une notion h&#233;t&#233;rochronique qui permet de r&#233;inventer une autre notion probl&#233;matique : le 'Nouveau Roman' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Qu'il s'agisse de Michel Butor, Claude Ollier, Robert Pinget, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute et Claude Simon, l'esth&#233;tique baroque donne la chance de rassembler ces romanciers d'allure disparate en un groupe litt&#233;raire &#224; l'identit&#233; textuelle homog&#232;ne. L'&#232;re du soup&#231;on serait alors un retour &#224; l'&#226;ge baroque.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Retour, ou invention ? Loin de devoir discr&#233;diter &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; le baroque au pr&#233;texte d'un retour du vieil &#171; &#233;on &#187;, cette facilit&#233; &#224; user de cette notion pour d&#233;crire les &#339;uvres litt&#233;raires du milieu du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle doit nous interroger. Cette efficacit&#233; inattendue est-elle le signe que la notion est trop large et par l&#224; inutile ? Ne serait-ce pas plut&#244;t que ces cr&#233;ations, en France mais aussi et peut-&#234;tre surtout en Am&#233;rique du Sud, sont contemporaines de la mise en place de la cat&#233;gorie de baroque, et qu'&#233;crivains et th&#233;oriciens (qui sont souvent les m&#234;mes) partagent les m&#234;mes questionnements, qui sont ceux de leur &#233;poque ? Le baroque, appliqu&#233; aux &#339;uvres du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, retrouverait alors le caract&#232;re endog&#232;ne qu'on lui refuse lorsqu'on l'applique aux cr&#233;ations des XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles. Le baroque dans ce cas ne serait pas un &#171; &#233;on &#187; ni m&#234;me une &#171; h&#233;t&#233;rochronie &#187; : il faudrait le penser dans un temps long, celui d'un dialogue entre deux si&#232;cles. Les tenants de la cat&#233;gorie de baroque ont souvent consid&#233;r&#233; (il m'est arriv&#233; de le faire) que l'extension de la notion au-del&#224; des limites de son &#233;pist&#233;m&#232; avait contribu&#233; &#224; la dissoudre dans un simple rep&#233;rage de th&#232;mes, trop r&#233;pandus voire &#233;cul&#233;s (le go&#251;t de l'illusion et l'&#233;vocation de la fuite du temps ne sauraient &#234;tre tenus comme d&#233;finitoires du baroque, du fait m&#234;me de leur omnipr&#233;sence). Ne peut-on au contraire envisager que cette lecture baroque des &#339;uvres du pass&#233; (anachronique ou non, on peut en d&#233;battre) peut constituer une clef de lecture l&#233;gitime pour expliquer, de mani&#232;re objective, les liens d&#233;j&#224; rep&#233;r&#233;s entre surr&#233;alisme et baroque (&lt;a href=&#034;https://www.fabula.org/actualites/le-surrealisme-un-baroque-du-vingtieme-siecle_39419.php&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&#224; l'occasion de ce colloque&lt;/a&gt;, ou dans &lt;a href=&#034;https://archipel.uqam.ca/5727/1/D2493.pdf&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;la th&#232;se de 2013 Diana Vlasie&lt;/a&gt; ) ? Les traits baroques au sein du r&#233;alisme magique sud-am&#233;ricain (chez Alejo Carpentier par exemple) ne serait pas le simple &#233;cho de la pr&#233;sence j&#233;suite, mais l'effet d'une r&#233;flexion th&#233;orique qui conduit les auteurs &#224; nourrir leur propre cr&#233;ation d'une certaine vision &#171; baroque &#187; du pass&#233; qui s'invente en leur temps, et &#224; la construction de laquelle ils participent souvent eux-m&#234;mes. Borg&#232;s, si souvent qualifi&#233; de &#171; baroque &#187;, n'ignore pas la notion, qu'il d&#233;finit dans son &lt;i&gt;Histoire universelle de l'infamie&lt;/i&gt; (1954) : &#171; Le baroque est le style qui &#233;puise d&#233;lib&#233;r&#233;ment (ou tente d'&#233;puiser) toutes ses possibilit&#233;s, et qui fr&#244;le sa propre caricature. [&#8230;] J'appellerai baroque l'&#233;tape finale de tout art lorsqu'il exhibe et dilapide ses moyens. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ce n'est pas que &#171; l'&#233;on &#187; baroque cher &#224; Ors fasse retour : c'est que la notion imagin&#233;e par les historiens de l'art et de la litt&#233;rature nourrit directement la cr&#233;ation, ou du moins, d'une fa&#231;on plus diffuse o&#249; r&#233;appara&#238;trait l'ombre d'un &lt;i&gt;Zeitgeit&lt;/i&gt;, correspond &#224; des interrogations du m&#234;me type que celles qui ont favoris&#233; l'essor et le triomphe de la notion de baroque. Le monde baroque, au fond, ne serait-il pas &lt;i&gt;bien davantage&lt;/i&gt; celui de Desnos, de Claudel, de Borg&#232;s ou de Robbe-Grillet, que celui de Gongora ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de mani&#233;risme, auquel nous avons consacr&#233; la premi&#232;re partie de cette &#233;tude, ne pose pas moins de difficult&#233;s consid&#233;rables, y compris sous la plume de Curtius qui, l'un des premiers, l'applique au champ de la rh&#233;torique. Le philologue allemand, en effet, d&#233;finit le mani&#233;risme comme la forme d&#233;cadente d'un classicisme ant&#233;rieur : l'art aurait, &#224; diff&#233;rentes p&#233;riodes, connu des apog&#233;es, &#226;ge des chefs-d'&#339;uvre et des r&#233;alisations parfaites d'&#233;quilibre, d'harmonie, de raison et de bon go&#251;t ; apr&#232;s ces courts moments d'&#233;tat de gr&#226;ce (&#171; br&#232;ves p&#233;riodes &#233;tincelantes &#187;), l'art et la litt&#233;rature d&#233;g&#233;n&#232;rent &#224; force de surench&#232;res, d'artifices, d'ornements superflus, voyants et virtuoses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de Curtius se fonde ainsi sur deux pr&#233;suppos&#233;s, assum&#233;s par l'auteur, mais fort discutables.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Le premier est subjectif : on per&#231;oit la r&#233;serve du savant &#224; l'&#233;gard d'un style dont il d&#233;nonce le &#171; mauvais go&#251;t &#187; ; il donne la palme au classicisme, qui peut &#171; &#234;tre imit&#233; et enseign&#233; &#187; et estime &#171; qu'il est avantageux pour l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale d'une litt&#233;rature que semblables &#233;l&#233;ments existent en abondance &#187; ; il pr&#233;cise qu'il existe des chefs-d'&#339;uvre relevant d'un &#171; classicisme id&#233;al &#187;, qui atteint les sommets et ne peut qu'&#234;tre admir&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Le second pr&#233;tend davantage &#224; l'objectivit&#233; : Curtius traite le mani&#233;risme comme une &#171; constante de la litt&#233;rature europ&#233;enne &#187; et donc comme une notion anhistorique : il est &#171; le ph&#233;nom&#232;ne compl&#233;mentaire du classicisme de toutes les &#233;poques &#187;. Tout classicisme, quelle que soit l'&#233;poque o&#249; l'on se situe, risque de d&#233;boucher sur son mani&#233;risme qui n'est qu'un classicisme galvaud&#233; ; et tous ces mani&#233;rismes reposent sur les m&#234;mes proc&#233;d&#233;s sans cesse r&#233;p&#233;t&#233;s : des successeurs d'Hom&#232;re &#224; Mallarm&#233;, en passant par B&#232;de le V&#233;n&#233;rable, la topique mani&#233;riste reste stable (figures de l'exc&#232;s, refus du naturel, m&#233;taphores recherch&#233;es, jeux sur les signifiants...) : &#171; Qu'est l'&#339;uvre d'un James Joyce sinon une gigantesque exp&#233;rience de mani&#233;risme ? [...] Que de mani&#233;risme n'y a-t-il pas dans Mallarm&#233; ! &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le mani&#233;risme, plus encore que le baroque, butte ainsi non seulement sur la possibilit&#233; a priori d'une transposition de cette cat&#233;gorie des arts plastiques &#224; la litt&#233;rature, mais aussi sur celle de son historicit&#233; ou de son anhistoricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le baroque fut une aventure, qui nous en r&#233;v&#232;le autant sur les &#339;uvres que sur ceux qui les ont comment&#233;es. L'attention au &#171; baroque &#187; correspond &#224; un certain regard, &#224; certains questionnements pos&#233;s &#224; l'art du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle par le XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : &#171; la pens&#233;e moderne s'est peut-&#234;tre invent&#233; le baroque comme on s'offre un miroir. &#187;, &#233;crivait G&#233;rard Genette. Quand bien m&#234;me elle nous informerait davantage sur l'&#339;il que sur l'objet, en serait-elle moins int&#233;ressante ? Et quand bien m&#234;me elle serait d&#233;termin&#233;e par les conditions intellectuelles d'un certain moment de l'histoire critique, devrait-elle en &#234;tre invalid&#233;e pour autant ? Nous laissons la question ouverte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Circ&#233; et le paon&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 182&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jos&#233; Corti, 1955.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pierre Grimai, &lt;i&gt;L'art des jardins&lt;/i&gt;, P.U.F., &#171; Que sais-je ? &#187;, 1964, p. 123-124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dernier regard sur le baroque&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 24&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dernier regard sur le baroque&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 25&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dernier regard sur le baroque&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 19&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-7' class='spip_note' title='Notes 2-7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-8' class='spip_note' title='Notes 2-8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Ecole du silence&lt;/i&gt;, 1994, Flammarion, 343&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-9' class='spip_note' title='Notes 2-9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dernier regard sur le baroque&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 30&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-10' class='spip_note' title='Notes 2-10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gen&#232;ve, Droz, Histoire des id&#233;es et critique litt&#233;raire&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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