<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Mani&#233;risme et baroque</title>
	<link>http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>Mani&#233;risme et baroque</title>
		<url>http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH35/siteon0-76284.png?1485238940</url>
		<link>http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/</link>
		<height>35</height>
		<width>150</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>3.3.3. Memento mori</title>
		<link>http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-3-3-Memento-mori</link>
		<guid isPermaLink="true">http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-3-3-Memento-mori</guid>
		<dc:date>2009-11-30T15:10:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le destin du monde, des choses et des &#234;tres est de glisser vers le seul point fixe, in&#233;luctable et d&#233;finitif : le n&#233;ant de la mort. Cette angoisse n'est pas nouvelle : depuis que la conscience est venue &#224; l'homme, celui-ci n'a cess&#233; d'&#234;tre tourment&#233; par ce moment dont il sait, sans jamais pouvoir l'exp&#233;rimenter, qu'il constitue le terme et peut-&#234;tre la clef de sa destin&#233;e. Mais la crise de civilisation qui &#233;branle la p&#233;riode baroque rend cet horizon, toujours si proche et toujours si lointain, plus (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-3-Parmi-l-horreur-et-l-ombre-" rel="directory"&gt;3.3. &#171; Parmi l'horreur et l'ombre &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH139/arton42-bd1b8.jpg?1485205359' width='150' height='139' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le destin du monde, des choses et des &#234;tres est de glisser vers le seul point fixe, in&#233;luctable et d&#233;finitif : le n&#233;ant de la mort. Cette angoisse n'est pas nouvelle : depuis que la conscience est venue &#224; l'homme, celui-ci n'a cess&#233; d'&#234;tre tourment&#233; par ce moment dont il sait, sans jamais pouvoir l'exp&#233;rimenter, qu'il constitue le terme et peut-&#234;tre la clef de sa destin&#233;e. Mais la crise de civilisation qui &#233;branle la p&#233;riode baroque rend cet horizon, toujours si proche et toujours si lointain, plus inqui&#233;tant car plus difficile &#224; penser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ainsi, une interrogation m&#233;taphysique portant sur le sens de l'existence traverse bien des productions de la p&#233;riodes, qu'elle d&#233;bouche sur une ferveur mystique comme on en a rarement connu en Europe, comme chez Gombauld ou Chassignet, ou qu'elle d&#233;bouche sur la naissance du libertinage et de l'ath&#233;isme, comme chez Saint-Amant. Dans tous les cas, elle a pour cons&#233;quence de troubler d&#233;finitivement les &#233;quilibres fondamentaux de l'existence au point que, en cette p&#233;riode qu'on appelle baroque, la mort est, pour la premi&#232;re fois, envisag&#233;e comme un possible terme absolu : ce ne serait ni le paradis ni l'enfer qui attendraient les tr&#233;pass&#233;s, mais le n&#233;ant, la non-existence, le pur non-&#234;tre dans ce qu'il a d'inconcevable, de proprement in-imaginable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la mort n'a pas fait irruption au XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle dans le monde. Mais les bouleversements qui frappent l'Europe en cet automne de la Renaissance la rende plus inacceptable, plus obsc&#232;ne et plus r&#233;voltante. Une foi universellement partag&#233;e, ancr&#233;e dans des rythmes saisonniers et calendaires &#224; la r&#233;gularit&#233; imperturbable, int&#233;grait la mort parmi les grandes respirations de l'existence. La mort n'&#233;tait qu'un passage de ce monde &#224; l'autre : Dieu et les anges &#233;taient l&#224;, tout pr&#232;s, tout dispos&#233;s &#224; accueillir ceux qui succombent. Il ne faut pas, sans doute, m&#233;sestimer la crainte de l'enfer, bien mise en &#233;vidence par Jean Delumeau, mais enfin m&#234;me les souffrances des damn&#233;s attestent encore d'une forme de poursuite de la vie par-del&#224; le tombeau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui appara&#238;t au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et qui est une cons&#233;quence directe aussi bien de l'&#233;clatement de la chr&#233;tient&#233; que du vacillement de tous les savoirs et du d&#233;centrement de l'&#234;tre humain, c'est l'angoisse du n&#233;ant. Non seulement les libertins doutent de plus en plus ouvertement des v&#233;rit&#233;s chr&#233;tiennes (Bruno, Vanini succomberont sur le b&#251;cher sous les accusations d'impi&#233;t&#233;), mais les th&#233;ologiens eux-m&#234;mes, de Luther et Calvin &#224; Pascal, admettent que Dieu est lointain ; ils r&#233;p&#232;tent et commentent avec m&#233;lancolie le mot d'Isa&#239;e : &#171; &lt;i&gt;Vere tu es Deus absconditus&lt;/i&gt;, Vraiment, tu es un Dieu cach&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Isa&#239;e, XLV, 15' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le Dieu m&#233;di&#233;val si proche, si familier, si pr&#233;sent dans chaque geste de la vie quotidienne, est devenu une divinit&#233; obscure, inqui&#233;tante et finalement incertaine. L'absence de Dieu laisse l'homme livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, dans un monde priv&#233; de sens, opaque, un chaos h&#233;t&#233;roclite et incompr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des textes de l'&#233;poque nous donnent de l'&#234;tre humain une image pitoyable. Aux Renaissants, qui cherchaient dans l'&#226;me un reflet de la divinit&#233; et qui pensaient, comme Protagoras avant eux, que &#171; l'homme est mesure de toutes choses &#187;, ils opposent l'image d'un homme ch&#233;tif, mis&#233;rable, en proie au p&#233;ch&#233;, promis &#224; la corruption et incapable d'aucune connaissance. L'homme baroque, chez Gombauld comme chez Pascal, est un roi Lear d&#233;chu, d&#233;pouill&#233; de sa gloire et de ses titres, &#171; un bruit d'avoir &#233;t&#233; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Cette source de mort, cette homicide peste&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce p&#233;ch&#233;, dont l'enfer a le monde infect&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;M'a laiss&#233;, pour tout &#234;tre, un bruit d'avoir &#233;t&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et je suis de moi-m&#234;me une image funeste.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'auteur de l'univers, le monarque c&#233;leste&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;S'&#233;tait rendu visible en ma seule beaut&#233; ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce vieux titre d'honneur qu'autrefois j'ai port&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et que je porte encore, est tout ce qui me reste.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais c'est fait de ma gloire, et je ne suis plus rien,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'un fant&#244;me qui court apr&#232;s l'ombre d'un bien,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ou qu'un corps anim&#233; du seul vers qui le ronge ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non, je ne suis plus rien quand je veux m'&#233;prouver,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'un esprit t&#233;n&#233;breux, qui voit tout comme en songe,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et cherche incessamment ce qu'il ne peut trouver.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Jean Ogier de Gombauld (1576-1666)&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le sceau divin dont l'homme &#233;tait marqu&#233; a laiss&#233; la place au vers qui nous ronge d&#233;j&#224;, et nous entra&#238;ne vers la dissolution : l'&#234;tre humain, nagu&#232;re image de Dieu, n'est plus qu'une ombre vaine. C'est ici le p&#233;ch&#233; originel qui a rompu, au soir du premier jour de la Cr&#233;ation, l'harmonie et la proportion humaines ; Adam et ses enfants, infect&#233;s, malades, lanc&#233;s &#224; la poursuite de faux brillants trompeurs, n'ont plus que le souvenir de leur gloire pass&#233;e, qui accro&#238;t encore leur malheur. Pascal ne dira pas autre chose : l'homme est mis&#233;rable, et sa grandeur ne consistant que dans sa capacit&#233; &#224; percevoir sa mis&#232;re, elle augmente encore son malheur :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;En voyant l'aveuglement et la mis&#232;re de l'homme, en regardant l'univers muet et l'homme sans lumi&#232;re, abandonn&#233; &#224; lui-m&#234;me, et comme &#233;gar&#233; dans ce recoin de l'univers, sans savoir qui l'y a mis, ce qu'il y est venu faire, ce qu'il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance, j'entre en effroi comme un homme qu'on aurait port&#233; endormi dans une &#238;le d&#233;serte et effroyable, et qui s'&#233;veillerait sans conna&#238;tre o&#249; il est, et sans moyen d'en sortir. Et sur cela j'admire comment on n'entre point en d&#233;sespoir d'un si mis&#233;rable &#233;tat. &lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette d&#233;r&#233;liction, la plupart des &#233;crivains d&#233;votionnels recommandent de m&#233;priser la chair, la mati&#232;re et les biens terrestres, et de ne se soucier que du destin surnaturel de notre &#226;me, qui seule ne p&#233;rira pas. Aussi multiplient-ils les variations sur la formule &#233;vang&#233;lique &lt;i&gt;Memento mori&lt;/i&gt;, pr&#233;sente en particulier dans la liturgie du mercredi des Cendres : n&#233;s de la poussi&#232;re, nous retournerons en poussi&#232;re. Aussi, &#224; quoi bon s'inqui&#233;ter de notre corps, cette vaine guenille qui bient&#244;t sera ensevelie sous six pieds de terre ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Souviens-toi que tu n'es que cendre&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et qu'il te faut bien descendre&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Dans le fond d'un s&#233;pulcre noir,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O&#249; la terre te doit reprendre&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et la cendre te recevoir.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le p&#233;ril te suit &#224; la guerre,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Dessus la mer, dessus la terre ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le p&#233;ril te suit en tous lieux,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et tout ce que le monde enserre&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vit en p&#233;ril dessous les cieux.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La moindre fi&#232;vre survenue,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui dans tes veines continue&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Te viendra troubler le cerveau,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Couvrira tes yeux d'une nue&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et t'enverra dans le tombeau.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Des hommes la maudite vie&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; mille maux est asservie,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Dont le moindre est assez puissant&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pour arracher l'&#226;me et la vie&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Hors de notre corps languissant.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Puis apr&#232;s la mort endur&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De ta d&#233;pouille demeur&#233;e&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les membres seront sans chaleur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et ta face d&#233;figur&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et tes deux l&#232;vres sans couleur.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Des pr&#234;tres la triste cohorte&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Viendra chanter devant ta porte,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un drap de morts et un linceul&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Couvriront ta charogne morte,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Prisonni&#232;re dans un cercueil.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les torches luiront par la rue,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et des tiens la troupe accourue,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Couverte d'un long habit noir,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;A ton &#226;me mal secourue&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Payeront le dernier devoir.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Alors la prunelle offusqu&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La langue qui s'est tant moqu&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et ta peau cendre deviendront,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et au lieu de poudre musqu&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les vers dans ton poil se tiendront.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tout ce qui dans terre chemine&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De puanteur et de vermine,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mille crapauds, mille serpents,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Iront sur ta morte poitrine&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et dessus ton ventre rampant.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La main de ton juge &#233;quitable&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; ton offense d&#233;testable&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sa justice fera sentir,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un grand ab&#238;me &#233;pouvantable&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;S'entr'ouvrira pour t'engloutir.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ton &#226;me de nul consol&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui cependant sera vol&#233;e&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O&#249; l'on juge en dernier ressort,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Toute tremblante et d&#233;sol&#233;e&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mourra de peine apr&#232;s ta mort.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pierre Motin (1566-1612), M&#233;ditation sur le &lt;i&gt;Memento mori&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La fascination complaisante pour la mort, dans ce qu'elle a de plus concret et de plus tangible, cadavre et pourriture, est sensible dans les sonnets de Jean-Baptiste Chassignet (1571-1635) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Mortel pense quel est dessous la couverture&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D'un charnier mortuaire un cors mang&#233; de vers,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Descharn&#233;, desnerv&#233;, o&#249; les os descouvers,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Depoulpez, desnouez, delaissent leur jointure :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Icy l'une des mains tombe de pourriture,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les yeux d'autre cost&#233; destournez &#224; l'envers&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Se distillent en glaire, et les muscles divers&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Servent aux vers goulus d'ordinaire pasture :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le ventre deschir&#233; cornant de puanteur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Infecte l'air voisin de mauvaise senteur,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et le n&#233; my-rong&#233; difforme le visage ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Puis connoissant l'estat de ta fragilit&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Fonde en Dieu seulement, estimant vanit&#233;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tout ce qui ne te rend plus s&#231;avant et plus sage.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Jean-Baptiste Chassignet, &lt;i&gt;M&#233;pris de la vie et consolation contre la mort&lt;/i&gt;, 1571-1635&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'alt&#233;ration, le changement de forme hypnotisent Chassignet : le visage rendu &#171; difforme &#187;, rong&#233;, prend un aspect &#233;trange et insolite. L'odorat m&#234;me est convoqu&#233; pour participer &#224; ce spectacle fun&#232;bre. Baroque, ce texte l'est aussi par les &#233;motions violentes qu'il tente de provoquer chez le lecteur : il est domin&#233; une recherche du path&#233;tique, et vise &#224; toucher les affects et non la raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le po&#232;te ne d&#233;peint pas le squelette, propre et net, brillant et poli, mais le corps en d&#233;composition, les mati&#232;res organiques en voie de dissolution. Il s'int&#233;resse moins au squelette (&#224; &#171; l'anatomie &#187;) qu'au mouvement m&#234;me de la corruption, de la d&#233;composition, et du pourrissement progressif des chairs putr&#233;fi&#233;s, autrement dit &#224; la m&#233;tamorphose par laquelle le vivant deviendra un mont d'os blanchis. Montaigne disait &#171; je ne peins pas l'&#234;tre, je peins le passage &#187; : Chassignet, lui, d&#233;peint une transition particuli&#232;re, celle qui m&#232;ne le vif &#224; l'&#233;tat de squelette ; pour cet &#233;crivain baroque, le mouvement est &#224; ce point la loi du monde que la mort m&#234;me ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le repos ni l'immobilit&#233;. Mort et vie sont r&#233;versibles, aussi les baroques guettent-ils le cadavre sous la peau, le squelette sous la chair, le vers qui, d&#233;j&#224; pr&#233;sent en nous, a d&#233;j&#224; commenc&#233; son sinistre travail ; Gombauld &#233;crivait &#171; je ne suis plus rien [...] qu'un corps anim&#233; du seul vers qui le ronge &#187; : le ver destructeur est paradoxalement devenu principe de vie, notre seule existence est celle que nous tirons du ver qui nous d&#233;vore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='L'id&#233;e sera reprise par Paul Val&#233;ry, dans le Cimeti&#232;re marin : &#171; le ver (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le paradoxe est entier : puisque nous sommes vivants, c'est qu'il y a d&#233;j&#224; en nous, au travail, le principe qui mettra fin &#224; notre existence, elle est programm&#233;e, elle est plus que cela, elle est d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre. Pour Chassignet, vivre, c'est mourir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Isa&#239;e&lt;/i&gt;, XLV, 15&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'id&#233;e sera reprise par Paul Val&#233;ry, dans le &lt;i&gt;Cimeti&#232;re marin&lt;/i&gt; : &#171; le ver rongeur, le vers irr&#233;futable/N'est point pour vous qui dormez sous la table, il vit de vie, et ne me quitte pas ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>3.3.4. P&#233;nitence</title>
		<link>http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-3-4-Penitence</link>
		<guid isPermaLink="true">http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-3-4-Penitence</guid>
		<dc:date>2009-11-30T14:49:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Sym&#233;triquement, dans cet univers r&#233;versible o&#249; les valeurs, ambigu&#235;s et labiles, sont si promptes &#224; s'inverser, la vie peut paradoxalement &#234;tre cach&#233;e sous les apparences de la mort. Tel est le sens des innombrables Madeleine peintes durant la p&#233;riode. &lt;br class='autobr' /&gt;
Madeleine est une sainte du temps de J&#233;sus qui a, en milieu catholique, retenu l'attention de nombreux artistes et &#233;crivains : femme de mauvaises m&#339;urs, elle s'est spontan&#233;ment et brutalement convertie au christianisme ; elle a d&#233;cid&#233; alors de renoncer &#224; (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-3-Parmi-l-horreur-et-l-ombre-" rel="directory"&gt;3.3. &#171; Parmi l'horreur et l'ombre &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L128xH150/arton41-b72c8.jpg?1485238940' width='128' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sym&#233;triquement, dans cet univers r&#233;versible o&#249; les valeurs, ambigu&#235;s et labiles, sont si promptes &#224; s'inverser, la vie peut paradoxalement &#234;tre cach&#233;e sous les apparences de la mort. Tel est le sens des innombrables Madeleine peintes durant la p&#233;riode.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;
&lt;dl class='spip_document_300 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/Georges_de_La_Tour_009.jpg' title='Georges de La Tour, Madeleine' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH220/Georges_de_La_Tour_009_petit-e4b9f.jpg?1485180457' width='150' height='220' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-300 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Georges de La Tour, &lt;em&gt;Madeleine&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-300 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Metropolitan Museum of Art
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Madeleine est une sainte du temps de J&#233;sus qui a, en milieu catholique, retenu l'attention de nombreux artistes et &#233;crivains : femme de mauvaises m&#339;urs, elle s'est spontan&#233;ment et brutalement convertie au christianisme ; elle a d&#233;cid&#233; alors de renoncer &#224; ses charmes et &#224; sa vie ant&#233;rieure pour se retirer dans une grotte et faire p&#233;nitence. L&#224;, dans le secret de la cellule o&#249; elle m&#233;dite entre un cr&#226;ne, une Bible et un crucifix, elle d&#233;couvre une existence autrement profonde que celle des plaisirs empest&#233;s o&#249; elle coulait ses jours.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_302 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/crayer.jpg' title='Gaspard de Crayer (1584-1669), Sainte Madeleine renon&#231;ant aux vanit&#233;s du monde' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH194/crayer_petit-d98e6.jpg?1485180457' width='150' height='194' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-302 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Gaspard de Crayer (1584-1669), &lt;em&gt;Sainte Madeleine renon&#231;ant aux vanit&#233;s du monde&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-302 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Huile sur toile, 125x103. Valenciennes, Mus&#233;e des Beaux-Arts
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;La &lt;i&gt;Sainte-Madeleine renon&#231;ant aux vanit&#233;s de ce monde&lt;/i&gt;, de Gaspard de Crayer, conserv&#233;e au mus&#233;e des Beaux-Arts de Valenciennes, offre une vision &#224; la fois baroque et assagie de la conversion de la sainte : le peintre, certes, a choisi le moment, spectaculaire, o&#249; Madeleine, les yeux fix&#233;s au ciel, donne un grand coup de ciseau dans sa belle chevelure, afin d'offrir &#224; Dieu le signe sinc&#232;re d'une conversion durable. Cette sc&#232;ne n'est pas d&#233;pourvue d'une certaine emphase et d'une discr&#232;te dramatisation ; par ailleurs, Madeleine n'a pas encore d&#233;pouill&#233; tous ses attraits charnels, ni m&#234;me ses &#233;toffes fastueuses ; le cr&#226;ne est bien l&#224;, mais comme un objet quai d&#233;coratif, pos&#233; n&#233;gligemment &#224; c&#244;t&#233; des bijoux qu'elle vient d'&#244;ter. C'est bien l'instant, tout baroque, de la m&#233;tamorphose spirituelle, du passage du profane au sacr&#233;, qui nous est donn&#233; &#224; voir ici.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_304 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/sirani.jpg' title='Elisabetta Sirani (Bologne, 1638-1665), Sainte Madeleine au d&#233;sert' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L160xH200/sirani_petit-3ee60.jpg?1485180457' width='160' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-304 spip_doc_titre' style='width:160px;'&gt;&lt;strong&gt;Elisabetta Sirani (Bologne, 1638-1665), &lt;em&gt;Sainte Madeleine au d&#233;sert&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-304 spip_doc_descriptif' style='width:160px;'&gt;Huile sur toile, 113,5x94,3. Besan&#231;on, Mus&#233;e des Beaux-Arts et d'Arch&#233;ologie
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Elisabetta Sirani (1638-1665) est plus ambigu&#235; : sa Marie-Madeleine &#171; donne libre cours &#224; la repr&#233;sentation d'une p&#233;cheresse... [Elle] se donne la p&#233;nitence parce qu'elle est encore p&#233;cheresse &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Alain Tapi&#233;, Les Vanit&#233;s dans la peinture.' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; V&#233;nus au cr&#226;ne, Madeleine peine &#224; abandonner sa s&#233;duction, et ses attributs pourtant bien reconnaissables ne lui &#244;tent pas ses attraits. Livr&#233;e au sommeil, celui-ci est-il le r&#233;sultat de cruelles mortifications ou d'un abandon amoureux ? L'h&#233;sitation est voulue : Madeleine est tout enti&#232;re entre les mains de son amant spirituel, le Christ ; c'est cette unit&#233; fondamentale de l'&#234;tre, corps et &#226;me, que le peintre exprime dans ce tableau de d&#233;votion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que les tableaux de vanit&#233;, les Madeleines (et singuli&#232;rement les tableaux de d&#233;votion priv&#233;e) ne sont pas toujours d&#233;pourvus d'&#233;quivoque : quel est le sens de l'insistance marqu&#233;e des artistes pour &#233;voquer les agr&#233;ments physiques de la belle convertie ? Chez Cagnacci (1601-1663), le personnage sacr&#233; de Madeleine est dessin&#233; avec les traits profanes de Cl&#233;op&#226;tre : par sa pose provocante et sa sensualit&#233; agressive, la sainte tient plut&#244;t d'une V&#233;nus offerte &#224; l'amour que d'une aust&#232;re repentie.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_269 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/guido_cagnacci_1601_1663_madeleine.jpg' title='Guido Cagnacci, Madeleine, ou All&#233;gorie du temps' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH170/guido_cagnacci_1601_1663_madeleine_petit-01cac.jpg?1485180457' width='150' height='170' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-269 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Guido Cagnacci, &lt;em&gt;Madeleine, ou All&#233;gorie du temps&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Le spectateur, tout &#224; la contemplation de la carnation parfaite et des traits r&#233;guliers, voit-il seulement le cr&#226;ne et la discipline ? Les instruments de la p&#233;nitence ne sont plus ici que des pr&#233;textes qui ne peuvent tromper quiconque : au lieu d'une chair meurtrie et mortifi&#233;e, c'est la suavit&#233; abandonn&#233;e d'un corps &#233;rotis&#233; qui est donn&#233;e &#224; voir. Le symbole de mort appelle ici une interpr&#233;tation plus &#233;picurienne que chr&#233;tienne : s'il fallait chercher dans la pr&#233;sence du cr&#226;ne une le&#231;on, elle rel&#232;verait plus sans doute du &lt;i&gt;carpe diem&lt;/i&gt; que du &lt;i&gt;memento mori&lt;/i&gt;, comme le confirme la rose et le pissenlit, symboles de fragilit&#233;. L'artiste prend de telles distances avec les codes iconographiques habituels que certains sp&#233;cialistes, comme O. Delenda, h&#233;sitent &#224; reconna&#238;tre Madeleine dans l'&#233;vanescente beaut&#233; de la jeune femme, et pr&#233;f&#232;rent y voir une simple all&#233;gorie du Temps.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='appendix' title='A. Tapi&#233;, plus mesur&#233;, estime qu'un tel tableau pourrait &#234;tre &#171; polyvalent &#187; et (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;spip&#034; summary=&#034;&#034;&gt;
&lt;caption&gt;Madeleine et Cl&#233;op&#226;tre&lt;/caption&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;dl class='spip_document_265 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/cagnacci_guido_cagnacci_death_of_cleopatra.jpg' title='Guido Cagnacci, Mort de Cl&#233;op&#226;tre' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L170xH152/guido_cagnacci_cleopatre_petit-26bfa.jpg?1485180457' width='170' height='152' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-265 spip_doc_titre' style='width:170px;'&gt;&lt;strong&gt;Guido Cagnacci, &lt;em&gt;Mort de Cl&#233;op&#226;tre&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;dl class='spip_document_267 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/cagnacci_madeleine.jpg' title='Guido Cagnacci, Madeleine' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH189/cagnacci_madeleine_petit-e7907.jpg?1485180457' width='150' height='189' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-267 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Guido Cagnacci, &lt;em&gt;Madeleine&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Les po&#232;tes ne furent pas en reste lorsqu'il s'est agi de c&#233;l&#233;brer la Madeleine : leurs vers r&#233;pondent aux innombrables tableaux du temps de la Contre-R&#233;forme. Par exemple celui-ci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Enfin la belle Dame orgueilleuse et mondaine &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Changea pour son salut et d'amant et d'amours,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ses beaux palais dor&#233;s aux sauvages s&#233;jours,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sa faute au repentir, son repos &#224; la peine, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Son miroir en un livre, et ses yeux en fontaine,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Des fol&#226;tres propos en fun&#232;bres discours,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Changeant m&#234;me d'habits en regrettant ses jours&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Jadis mal employ&#233;s &#224; chose errante et vaine. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Puis ayant en horreur sa vie et sa beaut&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;M&#233;prise le plaisir, l'air et la vanit&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les attraits de ses yeux, l'or de sa tresse blonde. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#212; bienheureux exemple ! &#244; sujet glorieux !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui nous montre ici-bas que pour gagner les Cieux&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il faut avant la mort abandonner le monde.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est tir&#233; d'un recueil d'&lt;i&gt;Oeuvres&lt;/i&gt; compos&#233; par Sim&#233;on-Guillaume de La Roque. Cet &#233;crivain, n&#233; en 1551 pr&#232;s de Clermont-en-Beauvaisis et mort en 1611, &#233;tait du parti catholique, proche Guise et de la Ligue. Comme nombre d'autres po&#232;tes de l'&#226;ge baroque, il fut au croisement des &#233;poques et des styles : h&#233;ritier de Ronsard, il fut aussi un ami de Malherbe, sur qui il exer&#231;a quelque influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Rousset donne plusieurs raisons pour expliquer l'abondance de la figure de Madeleine dans l'art et la po&#233;sie catholique du d&#233;but du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#034;Elle est, dans l'atmosph&#232;re de la Contre-R&#233;forme, le mod&#232;le de la conversion spectaculaire ; c'est V&#233;nus convertie, c'est la beaut&#233; qui, par amour, renonce &#224; sa beaut&#233; ; le parfait 'changement', le passage de la parure au d&#233;nuement ; une variante asc&#233;tique de La Belle Gueuse.
&lt;p&gt;Plusieurs explications s'offrent &#224; l'esprit :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; campagne tridentine pour revaloriser la p&#233;nitence et la confession ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Illustration d'une conversion retentissante, particuli&#232;rement favorable &#224; la repr&#233;sentation visuelle ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Contamination avec un th&#232;me de la Renaissance : la m&#233;lancolie (exemple du tableau de Domenico Fetti au Louvre)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Enfin, la conversion est la transposition spirituelle d'un ph&#233;nom&#232;ne baroque, la m&#233;tamorphose&#034; (&lt;i&gt;Anthologie&lt;/i&gt;, t. II, p. 286)
&lt;/blockquote&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;On peut ajouter une autre raison &#224; cette exaltation de ce personnage : Madeleine &#233;tait une sainte biblique, dont les Protestants ne pouvaient remettre en question l'existence ni la vertu, au contraire des nombreux saints m&#233;di&#233;vaux dont le culte reposait sur des fondements douteux.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_479 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/png/fetti.png' title='Domenico Fetti, All&#233;gorie de la m&#233;lancolie' type=&#034;image/png&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L110xH150/fetti-aa094-42398.png?1537166083' width='110' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-479 spip_doc_titre' style='width:120px;'&gt;&lt;strong&gt;Domenico Fetti, All&#233;gorie de la m&#233;lancolie&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-479 spip_doc_descriptif' style='width:120px;'&gt;1618-1623. Mus&#233;e du Louvre
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Parmi les plus innombrables &lt;i&gt;Madeleines&lt;/i&gt; de l'&#233;poque baroque, les plus c&#233;l&#232;bres sont sans doute celles que repr&#233;senta le Lorrain Georges de La Tour (1593-1652). Loin de toute emphase, cet h&#233;ritier du Caravage (1573-1610) choisit la simplicit&#233; r&#233;aliste des petites gens : il se plaisait &#224; mettre en sc&#232;ne rustiques ou artisans, dont l'existence laborieuse et ingrate est transfigur&#233;e par la lumi&#232;re qui &#233;mane de ses toiles nocturnes : une bougie, ou plut&#244;t une chandelle fumeuse, souvent invisible, rayonne sur la toile et irradie cet univers humble, r&#233;v&#233;lant ainsi la gr&#226;ce de Dieu &#224; l'&#339;uvre dans le monde, illuminant les pauvres et sublimant leur mis&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_308 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/09magdal.jpg' title='Georges de La Tour (1593-1652), Madeleine &#224; la chandelle' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH204/09magdal_petit-a4800.jpg?1485180457' width='150' height='204' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-308 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Georges de La Tour (1593-1652), &lt;em&gt;Madeleine &#224; la chandelle&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-308 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Mus&#233;e du Louvre
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;La peinture est chez La Tour une alchimie qui m&#233;tamorphose la r&#233;alit&#233; prosa&#239;que pour l'impr&#233;gner d'une s&#233;r&#233;nit&#233; religieuse et manifester qu'elles sont envelopp&#233;es par le divin, quand bien m&#234;me leur salut reste invisible aux yeux de chair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Madeleine conserv&#233;e au Louvre est caract&#233;ristique de cette mani&#232;re &#224; la fois r&#233;aliste et luministe ; le peintre ne tire pas pr&#233;texte de la conversion pour mettre en sc&#232;ne une affriolante courtisane encore v&#234;tue de ses riches atours : la sainte, ici, est une humble Lorraine, qui n'a pas &#224; rompre bruyamment avec le clinquant de son pass&#233; ; elle n'arrache pas violemment son collier, ni ne regarde le ciel d'un air effar&#233; : au contraire, les yeux fix&#233;s sur la lumi&#232;re chiche, elle m&#233;dite dans une s&#233;r&#233;nit&#233; immobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Madeleine au d&#233;sert de Philippe de Champaigne, peintre proche de Port-Royal (1602-1674), participe de la m&#234;me esth&#233;tique du refus de trop accorder au sensible : les mains ramen&#233;es sur la poitrine, les yeux tourn&#233;s vers le ciel, le corps marqu&#233; par l'asc&#233;tisme et le je&#251;ne, Marie-Madeleine a perdu les s&#233;ductions charnelles de bien des Madeleines &#171; baroques &#187; : les cheveux, loin de poss&#233;der une quelconque puissance &#233;rotique ou sensuelle, ont une fonction de couverture et servent surtout &#224; cacher le corps. Le d&#233;cor &#233;touffant, le petit nombre d'objets, ainsi que l'emploi des couleurs froides, contribuent aussi &#224; rendre sensible l'aust&#233;rit&#233; pieuse de la vie de Marie-Madeleine au d&#233;sert. Une extase sans affectation, une convertie sereine, telle est l'impression que d&#233;gage ce portrait r&#233;alis&#233; pour Port-Royal.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_310 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/champaigne_madeleine_rennes.jpg' title='Philippe de Champaigne (1602-1674), Madeleine p&#233;nitente' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH199/champaigne_madeleine_rennes_petit-a332c.jpg?1485180457' width='150' height='199' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-310 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Philippe de Champaigne (1602-1674), &lt;em&gt;Madeleine p&#233;nitente&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-310 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Mus&#233;e de Rennes
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Chez Champaigne comme chez La Tour, l'expression recueillie, comme le refus du pathos, renvoient &#224; un autre baroque que celui d'inspiration &#171; bernino-borromonienne &#187;, mais dont on on trouve bien des &#233;quivalents dans la po&#233;sie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Au pied d'un crucifix, une t&#234;te de mort,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ou de morte plut&#244;t, lui d&#233;clare son sort,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Y voyant sur son front, ces paroles &#233;crites,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'avec elle, lecteur, il faut que tu m&#233;dites :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#034;Dans le trou de mes yeux, et sur ce cr&#226;ne ras,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vois comme je suis morte, et comme tu mourras,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'avais eu, comme toi, la chevelure blonde,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les brillants de mes yeux ravissaient tout le monde,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Maintenant je ne suis que ce que tu peux voir,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sers-toi doncques de moi, comme de ton miroir.&#034;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sur ce portrait sans masque, o&#249; tout lui peut para&#238;tre,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Elle voit ce qu'elle est, et ce qu'elle doit &#234;tre,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et regardant toujours ce t&#234;t de tr&#233;pass&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Elle voit le futur dans ce pr&#233;sent pass&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pierre de Saint-Louis, &lt;i&gt;La Madeleine au d&#233;sert&lt;/i&gt;, Lyon, 1668, livre II (extrait).&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb3-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Alain Tapi&#233;, &lt;i&gt;Les Vanit&#233;s dans la peinture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Tapi&#233;, plus mesur&#233;, estime qu'un tel tableau pourrait &#234;tre &#171; polyvalent &#187; et repr&#233;senter &#224; la fois une all&#233;gorie profane et une peinture sacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>3.3.2. Fleuves de Babylone</title>
		<link>http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-3-2-Fleuves-de-Babylone</link>
		<guid isPermaLink="true">http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-3-2-Fleuves-de-Babylone</guid>
		<dc:date>2009-11-30T14:34:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'inqui&#233;tude baroque cristallise autour de quelques images et quelques th&#232;mes privil&#233;gi&#233;s car ressentis comme violemment anxiog&#232;nes. L'un des plus r&#233;pandus est celui du fleuve qui s'&#233;coule. Le vieux motif h&#233;raclit&#233;en est d&#233;clin&#233; avec une sombre d&#233;lectation &#224; la fois par les &#233;crivains profanes et sacr&#233;s : l'inconstance amoureuse ou le sentiment de perte et de d&#233;reliction conduisent les auteurs &#224; m&#233;diter sur les fleuves aux eaux lourdes et sombres, s'&#233;coulant lentement vers l'ab&#238;me. Philippe Sellier &#233;voque, &#224; (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-3-Parmi-l-horreur-et-l-ombre-" rel="directory"&gt;3.3. &#171; Parmi l'horreur et l'ombre &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH111/arton40-c5e03.jpg?1485238940' width='150' height='111' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'inqui&#233;tude baroque cristallise autour de quelques images et quelques th&#232;mes privil&#233;gi&#233;s car ressentis comme violemment anxiog&#232;nes. L'un des plus r&#233;pandus est celui du fleuve qui s'&#233;coule. Le vieux motif h&#233;raclit&#233;en est d&#233;clin&#233; avec une sombre d&#233;lectation &#224; la fois par les &#233;crivains profanes et sacr&#233;s : l'inconstance amoureuse ou le sentiment de perte et de d&#233;reliction conduisent les auteurs &#224; m&#233;diter sur les fleuves aux eaux lourdes et sombres, s'&#233;coulant lentement vers l'ab&#238;me. Philippe Sellier &#233;voque, &#224; propos de Pascal, la &#171; fluidit&#233; nocturne du monde &#187; : la formule, saisissante, convient &#224; bien des auteurs de la p&#233;riode, frapp&#233;s de stupeur m&#233;lancolique face &#224; cette course au n&#233;ant qu'est l'existence humaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3.3.2.1. Lignon, fleuve sinistre&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire_0'&gt;3.3.2.1. Lignon, fleuve (...)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Commentaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire_1'&gt;Commentaire&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3.3.2.2. Super flumina Babylonis&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire_2'&gt;3.3.2.2. Super flumina (...)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3.3.2.1. Lignon, fleuve sinistre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;L'Astr&#233;e&lt;/i&gt;, l'un des exemples plus achev&#233;s du roman baroque en France, Hylas, champion de l'inconstance &#171; blanche &#187; et jubilatoire, s'oppose &#224; Diane, berg&#232;re hant&#233;e par la m&#233;lancolie, l'inconstance et la fuite du temps. Lorsqu'elle s'imagine abandonn&#233;e par Silvandre, le fleuve Lignon cesse de lui appara&#238;tre comme le fleuve aux eaux claires, symbole heureux de la pastorale, pour nourrir une m&#233;ditation morose, toute impr&#233;gn&#233;e des r&#233;flexions de Montaigne sur l'impermanence de l'&#234;tre. Le th&#232;me du branle universel, de la loi inexorable du devenir et de la discontinuit&#233; du moi sont en effet, ici, tout &#224; la fois baroques et montaigniens.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Le mal de la berg&#232;re &#233;tait trop violent, pour lui donner un si long repos. Il y avait d&#233;j&#224; longtemps qu'elle s'&#233;tait lev&#233;e, et qu'apr&#232;s avoir mis ordre &#224; son petit m&#233;nage, elle &#233;tait sortie avec son troupeau, et sans autre compagnie que celle de ses pens&#233;es. De fortune, elle s'en alla sur le m&#234;me endroit du rivage de Lignon, o&#249; l'accident de C&#233;ladon &#233;tait advenu, lorsque la jalousie de la berg&#232;re Astr&#233;e le contraignit de se jeter dans le profond de l'eau. Apr&#232;s s'y &#234;tre donc assise, et que sans dire mot elle eut longuement tenu l'&#339;il sur le courant de la rivi&#232;re, sans faire autre action qui donn&#226;t connaissance de vie, que celle de respirer, enfin, revenant comme d'une profonde l&#233;thargie, et jetant un grand soupir : &#171; Ainsi, dit-elle, vont courant dans le sein de l'oubli toutes les choses mortelles ! &#187; Et l&#224;, s'&#233;tant tue quelque temps, apr&#232;s elle reprenait ainsi : &#171; &#212; que celui-l&#224; &#233;tait bien v&#233;ritable, qui disait que jamais une m&#234;me personne ne passa deux fois une m&#234;me rivi&#232;re ! Puisque non seulement depuis que je suis sur ce rivage, l'eau que je vois couler n'est pas la m&#234;me qui coulait quand j'y suis arriv&#233;e, mais, h&#233;las ! ni moi-m&#234;me, je ne suis pas la m&#234;me Diane que j'&#233;tais, quand je suis venue ici !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Celui &#171; qui disait que jamais une m&#234;me personne ne passa deux fois une m&#234;me (...)' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le temps, par une puissance &#224; laquelle personne ne peut r&#233;sister, va poussant et chassant toutes choses devant lui ; et le soleil m&#234;me, qui est celui qui mesure le temps, suivant le branle universel de tout ce qui est en l'univers, est chass&#233; par le temps, et n'est plus au m&#234;me point auquel il &#233;tait quand j'ai commenc&#233; de parler. Et qu'est-ce donc, &#244; Diane, continuait-elle, en relevant un peu la voix, qu'est-ce donc, puisque tout change et rechange, qui te semble tant extraordinaire en une chose tant ordinaire ? Si c'est une loi g&#233;n&#233;rale en tout ce que la nature a produit, n'es-tu pas injuste de la trouver mauvaise en une personne particuli&#232;re ? Tu es bien d&#233;raisonnable de l'observer toi-m&#234;me, et ne vouloir qu'un autre en fasse autant ! Et &#224; ce mot, demeurant quelque temps sans parler, elle reprenait apr&#232;s de cette sorte : dis-tu pas que ce n'est pas toi qui changes, mais que ce sont toutes les autres choses qui changent envers toi, et que tu es la m&#234;me que jadis tu soulais &#234;tre ? Ah ! Flatteuse de toi-m&#234;me, ressouviens-toi quelle tu &#233;tais, devant que le pauvre Filandre t'e&#251;t vue, quelle tu devins par sa recherche, et quelle tu v&#233;cus apr&#232;s sa d&#233;plorable perte ! Consid&#232;re ton humeur, quand Silvandre, ou plut&#244;t quand ce trompeur commen&#231;a si malheureusement &#224; te regarder, quelle tu t'es rendue par sa dissimul&#233;e affection, et quelle tu te trouves maintenant par la connaissance de sa trahison ! Et avoue par force que si les autres, comme on dit, changent d'humeur et de complexion de sept en sept ans, les ann&#233;es en toi sont chang&#233;es, non seulement en des mois, mais en des heures, voire m&#234;me en des moments. &#187;
Ce fut bien cette pens&#233;e qui la toucha vivement, car n'ayant jamais eu cette opinion, et connaissant toutefois qu'elle &#233;tait tr&#232;s v&#233;ritable, elle demeura ravie de tant d'&#233;tonnement, qu'elle ne put de longtemps prof&#233;rer une seule parole. Enfin, comme sortant d'un profond sommeil, elle reprit de cette sorte : &#171; Que tu n'es pas chang&#233;e ! Disait-elle, comme par admiration. Ah ! Diane, tu l'es de telle sorte, que presque, quand je te consid&#232;re de pr&#232;s, je ne te reconnais plus, ne trouvant rien en toi de cette premi&#232;re Diane, que tu soulais &#234;tre, que le seul nom de Diane. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-2' class='spip_note' rel='appendix' title='L'Astr&#233;e, IV, 1, &#233;dition Vaganay, p. 46-47.' id='nh4-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Commentaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre champ&#234;tre du Forez, o&#249; se d&#233;roule l'action de &lt;i&gt;L'Astr&#233;e&lt;/i&gt;, la berg&#232;re Diane, qui se croit trahie par Silvandre, m&#233;dite en contemplant les eaux du Lignon. Mais ce passage, plus qu'une analyse d&#233;licate et raffin&#233;e du d&#233;pit amoureux par une berg&#232;re de pastorale, est une r&#233;flexion philosophique sur le monde et la vie : Diane d&#233;couvre en effet, &#224; l'occasion de ce retour sur elle-m&#234;me, que le monde est tout entier plac&#233; sous le signe de l'universelle inconstance. Aussi cette page d'amour pr&#233;cieux, qui ne devait constituer qu'une analyse du sentiment amoureux, laisse-t-elle place &#224; un monologue dialogu&#233;, tout teint&#233; de nostalgie m&#233;lancolique, sur le cours irr&#233;sistible du temps, sur le mouvement et l'immobilit&#233;, sur la vie et la mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'amour est le point de d&#233;part et pour ainsi dire le pr&#233;texte de cette m&#233;ditation. Diane est en proie &#224; une crise de m&#233;lancolie &#233;rotique, et se trouve saisie dans la posture caract&#233;ristique o&#249; l'on se pla&#238;t &#224; peindre ceux qui souffrent de ce mal : solitaire, retir&#233;e au fond d'un bois, &#171; assise &#187;, en proie &#224; de noires pens&#233;es, elle est assez lucide pour attribuer l'origine de son &#233;tat &#224; une transformation de son &#171; humeur &#187; et de sa &#171; complexion &#187;, termes emprunt&#233;s au vocabulaire m&#233;dical. Incapable d'agir, elle demeure dans un &#233;tat d'apathie propre au m&#233;lancolique. La tonalit&#233; de ce texte est, ainsi qu'il convient &#224; une telle page, celle de l'&#233;l&#233;gie plaintive, comme l'attestent la multiplication des soupirs exclamatifs (&#171; h&#233;las ! &#187;, &#171; ah ! &#187;), les invocations solennelles (&#171; &#244; que celui-l&#224;... &#187;), ainsi que les sonorit&#233;s douces d'une prose po&#233;tique qui se pla&#238;t &#224; mimer le d&#233;sarroi du c&#339;ur : les bilabiales (&#171; mais h&#233;las ! ni moi-m&#234;me je ne suis pas la m&#234;me &#187; ; &#171; non seulement en des mois, mais en des heures, et m&#234;me en des moments &#187;) tendent &#224; assourdir le ton de cette &#233;l&#233;gie. L'intense po&#233;sie de ce texte provient enfin de l'effet incantatoire provoqu&#233; par les rythmes, les r&#233;p&#233;titions et les &#233;chos sonores (&#171; change et rechange &#187;, &#171; extraordinaire &#187;/ &#171; ordinaire &#187;). L'allusion &#224; H&#233;raclite renforce aussi cette atmosph&#232;re &#233;l&#233;giaque, puisqu'on consid&#233;rait alors que ce philosophe avait, durant sa vie, vers&#233; des pleurs sur le sort des hommes en proie aux vanit&#233;s du monde ; mais la citation reste discr&#232;te, et le pr&#233;socratique n'est pas nomm&#233; : rien ne troublerait davantage le climat feutr&#233; de cette page qu'une &#233;rudition lourde et mal venue, surtout dans la bouche d'une berg&#232;re aussi &#233;loign&#233;e que possible de la figure de la femme savante. Cet effet de sourdine qui caract&#233;rise le texte se retrouve &#233;galement dans les reproches de Diane &#224; Silvandre : s'ils sont clairement exprim&#233;s (&#171; dissimul&#233;e affection &#187;, &#171; trahison &#187;) ils ne sont pas adress&#233;s sur le mode v&#233;h&#233;ment d'un d&#233;sir de vengeance, mais sur celui du regret : elle renonce m&#234;me &#224; accuser Silvandre et attribue son inconstance &#224; une loi naturelle in&#233;vitable dont Silvandre appara&#238;t davantage comme victime que comme coupable.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'infid&#233;lit&#233; du berger n'est en fait con&#231;u par Diane que comme un cas particulier d'une loi g&#233;n&#233;rale soulign&#233;e par le balancement &#171; particuli&#232;re &#187;/&#171; universel &#187; : le monde entier est soumis au r&#232;gne d'un principe irr&#233;pressible, celui du mouvement ; les verbes qui renvoient &#224; cette mobilit&#233; abondent dans le texte et cr&#233;ent sa dynamique (&#171; couler &#187;, &#171; changer &#187;, &#171; pousser &#187;, &#171; chasser &#187;, &#171; suivre &#187;) ; les substantifs eux-m&#234;mes d&#233;signent cette course in&#233;luctable : &#171; branle &#187;, &#171; plus au m&#234;me point &#187;. Ce sentiment d'instabilit&#233; est rendu gr&#226;ce &#224; des proc&#233;d&#233;s d'insistance, comme la d&#233;rivation sur le verbe &#171; couler &#187; (&#171; couler &#187; et &#171; coulait &#187;). Le verbe changer b&#233;n&#233;ficie quant &#224; lui &#224; la fois d'un effet de d&#233;rivation (&#171; change &#187;, &#171; changes &#187;, &#171; changent &#187;, &#171; chang&#233;es &#187;) et de polyptote (&#171; change &#187;, &#171; rechange &#187;) ; mais on trouve aussi des formes &#224; la fois plus frustes et plus brutales de r&#233;p&#233;tition, comme celle du mot &#171; courant &#187;. Ce principe de mouvement angoisse Diane, car elle constate que la marche rapide du monde entra&#238;ne toutes choses vers la destruction : cette loi de la mobilit&#233; est un destin qui p&#232;se sur toutes les cr&#233;atures et les m&#232;ne &#224; la mort ou plut&#244;t, gr&#226;ce &#224; la douceur d'un euph&#233;misme qui ajoute au climat d&#233;licat du texte, &#224; l'&#171; oubli &#187;. L'inconstance g&#233;n&#233;rale est de plus soumise &#224; un vertigineux effet d'acc&#233;l&#233;ration, comme le souligne la gradation &#171; ans &#187;, &#171; mois &#187;, &#171; heures &#187;, &#171; moments &#187;. Reprenant &#224; son compte le sentiment d'H&#233;raclite, mais aussi de Montaigne, Diane regrette moins la transformation des choses que leur disparition. La &#171; d&#233;plorable perte &#187; qu'elle a subie au moment de la mort h&#233;ro&#239;que de son amant Filandre n'&#233;tait qu'un cas particulier d'une d&#233;perdition qui conduit toutes les cr&#233;atures vers ce m&#234;me sort.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le spectacle des eaux courantes du Lignon qui lui inspire cette pens&#233;e : la rivi&#232;re lui semble une all&#233;gorie du sort de tout l'univers tendu vers sa ruine. Le fleuve appara&#238;t ainsi comme une m&#233;taphore du temps, lui-m&#234;me aussi irr&#233;sistible que le courant aquatique (&#171; rien ne peut [lui] r&#233;sister &#187;) ; mais la m&#233;taphore elle-m&#234;me est instable et ne tarde pas &#224; se m&#233;tamorphoser &#224; son tour, comme si la rh&#233;torique du texte mettait en sc&#232;ne ou subissait cette implacable loi de transformation : l'image conventionnelle du temps qui court comme un fleuve c&#232;de bient&#244;t la place &#224; celle du chasseur &#224; la poursuite du gibier (&#171; poussant &#187;, &#171; chassant &#187;, &#171; chasser &#187;). Cette d&#233;liquescence des &#234;tres et des objets est exprim&#233;e par une formule (&#171; branle universel &#187;) dont l'intertexte montaignien est &#233;vident : l'expression rappelle en effet la fameuse &#171; branloire p&#233;renne &#187; (c'est-&#224;-dire balan&#231;oire perp&#233;tuelle) des Essais (III, 2), image par laquelle Montaigne d&#233;crivait l'oscillation permanente &#224; laquelle l'univers est soumis. L'exemple du soleil sert &#224; la fois &#224; donner &#224; cette alt&#233;ration g&#233;n&#233;rale une dimension cosmique (l'astre du jour, r&#233;put&#233; incorruptible par la science d'alors, est pourtant lui aussi soumis &#224; cette divinit&#233; terrible), et aussi &#224; mettre en abyme cette fuite in&#233;vitable, puisque ce qui sert &#224; mesurer le temps est lui aussi sous sa d&#233;pendance ; enfin, r&#233;pondant &#224; l'all&#233;gorie du fleuve, l'antith&#232;se de l'eau et du feu sert &#224; montrer l'universalit&#233; de cette d&#233;perdition des choses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Poursuivant sa r&#233;flexion, Diane constate que ce n'est pas seulement Silvandre et le monde autour d'elle qui sont emport&#233;s par la loi du branle universel : elle-m&#234;me ne vaut pas mieux. Elle croyait que son c&#339;ur serait le point fixe &#224; partir duquel elle pourrait contempler autour d'elle un monde qui se pr&#233;cipite vers son propre engloutissement, mais elle va d&#233;couvrir qu'elle-m&#234;me est entra&#238;n&#233;e &#224; son tour dans cette noyade g&#233;n&#233;rale. Le &#171; rivage &#187; depuis lequel elle regarde couler le fleuve ne sera pas aussi paisible que celui o&#249; se tenait Lucr&#232;ce : cette rive, qui figure sa propre subjectivit&#233;, s'effondre elle aussi et est emport&#233;e &#224; son tour.&lt;br class='autobr' /&gt;
La science du d&#233;but du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle consid&#232;re encore que l'&#234;tre humain et le monde sont analogiques l'un &#224; l'autre : l'individu est un monde en miniature, et l'univers tout entier n'est qu'un grand corps ; l'homme et le cosmos sont con&#231;us de la m&#234;me mani&#232;re. Aussi est-il tout naturel que le c&#339;ur de Diane soit soumis aux m&#234;mes bouleversements que le cours du soleil ou celui du fleuve. Le traitement de la fuite du temps ne se limite pas au constat d&#233;sabus&#233; et au fond banal que tout ici-bas va inexorablement vers son an&#233;antissement, et que Diane est elle aussi condamn&#233;e &#224; conna&#238;tre la vieillesse et la mort : ce n'est pas &#224; une nouvelle variation sur le th&#232;me du &#171; Quand vous serez bien veille&#8230; &#187; ronsardien qu'est conduite la berg&#232;re, ni &#224; une anticipation de sa d&#233;cr&#233;pitude. Diane constate en fait, avec une vive surprise (&#171; ravie, &#233;tonnement &#187;), que l'effet d&#233;vastateur du temps sur l'&#226;me est &#224; la fois plus discret et plus insidieux que ne le laissait croire le lieu commun cher &#224; Ronsard : le temps est ici infiniment redoutable car il brise la continuit&#233; du &#171; moi &#187; et fragmente la subjectivit&#233;. Ce n'est pas la vieillesse &#224; venir que craint l'h&#233;ro&#239;ne, mais l'impossibilit&#233; de se saisir dans la dur&#233;e ; elle a le sentiment de changer &#171; en des moments &#187;, et d&#233;couvre la modification qui s'op&#232;re en elle &#224; son insu : &#171; je ne suis pas la m&#234;me Diane que j'&#233;tais quand je suis venue ici &#187;. Le temps d&#233;compose l'identit&#233;, et, en transformant d'instant en instant les &#234;tres, rend impossible leur installation dans une quelconque continuit&#233; temporelle. La puissance m&#233;tamorphosante du temps s'exerce donc aussi sur les c&#339;urs, telle est la d&#233;couverte surprenante et effrayante de Diane sur le rivage : &#171; Ce fut bien cette pens&#233;e &#187; (et non la perte pr&#233;sum&#233;e de Silvandre) &#171; qui la toucha vivement. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le topos ronsardien de la fuite du temps faisait du souvenir le lieu d'une remembrance gr&#226;ce &#224; laquelle le moi parvenait &#224; se ressaisir, et sur lequel le cours des choses n'avait pas de prise : H&#233;l&#232;ne pouvait, toute d&#233;cr&#233;pite pr&#232;s de sa chandelle, trouver une consolation et comme une preuve de son existence pass&#233;e en se rappelant que Ronsard l'avait c&#233;l&#233;br&#233;e lorsqu'elle &#233;tait belle ; les griffes du temps n'avaient pas de prise sur sa m&#233;moire, ce noyau indestructible de la vie int&#233;rieure. Ici, en revanche, le souvenir auquel Diane s'exhorte (&#171; ressouviens-toi &#187;) ne sert qu'&#224; accuser son changement : la berg&#232;re en effet, &#224; travers un r&#233;cit r&#233;trospectif, tente de se retrouver dans son pass&#233; (&#171; consid&#232;re &#187;) ; mais l'analyse du fond de son c&#339;ur ne tend qu'&#224; exacerber la diff&#233;rence qui oppose le moi pr&#233;sent &#224; celui d'autrefois, comme le souligne une forte antith&#232;se doubl&#233;e d'un parall&#233;lisme (&#171; quelle tu t'es rendue&#8230; quelle tu te trouves maintenant &#187;). Le verbe &#171; souloir &#187;, r&#233;p&#233;t&#233; &#224; plusieurs reprises et qui signifie &#171; avoir l'habitude de &#187; (il vient du latin soleo), renvoie bien &#224; cette impossibilit&#233; de demeurer loyal &#224; soi-m&#234;me. Tout le travail de la m&#233;moire auquel se livre Diane a pour seul r&#233;sultat de faire ressortir ces dissimilitudes de soi &#224; soi : Diane ne se &#171; reconna&#238;(t) plus, ne trouvant plus rien en [elle] de cette premi&#232;re Diane &#187;. L'effet de surprise provoqu&#233; par cette d&#233;couverte est soulign&#233; par une antiphrase ironique qu'elle s'adresse &#224; elle-m&#234;me : &#171; Que tu n'es pas chang&#233;e &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#226;ce au pouvoir cruel du souvenir, Diane prend ainsi conscience &#8211; bien avant Rimbaud &#8211; que &#171; je est un autre &#187; : aussi le monologue int&#233;rieur se transforme-t-il rapidement en dol&#233;ances dont le souvenir du moi d'antan accable la Diane pr&#233;sente. Elle n'adresse pas de longues plaintes &#224; Silvandre, comme on s'y attendrait, mais elle se r&#233;pand en reproches contre elle-m&#234;me : c'est elle qui est l'infid&#232;le, et sa faute a &#233;t&#233; de croire en la possibilit&#233; de sa propre constance. Son moi scind&#233; et incoh&#233;rent devient alors le th&#233;&#226;tre d'une &#171; dispute &#187; ou d'un duel qu'elle livre contre elle-m&#234;me : elle s'interroge (&#171; dis-tu pas&#8230; ? &#187;), elle s'exhorte (&#171; consid&#232;re &#187;), elle s'arrache de douloureux aveux (&#171; avoue &#187;). Il ne s'agit pas d'une confession qui lui apporterait une consolation, mais d'un r&#233;quisitoire qui multiplie les griefs et ajoute l'accusation de mensonge &#224; celle de trahison ; non contente d'&#234;tre victime, comme toute cr&#233;ature, d'une inconstance qui, apr&#232;s tout, est la &#171; loi &#187; du monde, elle a cru en effet &#224; tort pouvoir s'exempter de l'&#233;dit g&#233;n&#233;ral et rester fid&#232;le &#224; ce qu'elle &#233;tait : l'artifice rh&#233;torique d'un chiasme cens&#233; servir &#224; pr&#233;server l'int&#233;grit&#233; de sa subjectivit&#233; (&#171; ce n'est pas toi qui changes / mais ce sont toutes les autres choses qui changent envers toi &#187;) s'av&#232;re un leurre de plus (&#171; flatteuse de toi-m&#234;me &#187;) : Diane d&#233;couvre qu'elle s'est abus&#233;e et qu'elle aussi est emport&#233;e par le courant. La forme du monologue dialogu&#233;, qui dramatise le texte et conf&#232;re une dynamique &#224; cette analyse minutieuse de la psych&#233;, exprime le d&#233;sarroi existentiel et la scission que Diane exp&#233;rimente dans son &#226;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel est le fil t&#233;nu qui peut encore, dans cette d&#233;r&#233;liction du moi, assurer malgr&#233; tout une forme de continuit&#233; et garantir sinon une quelconque constance, mais du moins une apparence de persistance dans l'&#234;tre ? Le nom seul permet de maintenir, de fa&#231;on d&#233;risoire, l'illusion d'un moi vid&#233; de tout contenu. &#192; la fin du texte, Diane n'est plus rien que le souffle d'une voix d&#233;sincarn&#233;e, &#171; flatus vocis &#187;, l'&#233;cho d'un son qui se perd, comme le souligne la r&#233;p&#233;tition du vain mot qui sert &#224; la d&#233;signer, et dans lequel pourtant r&#233;side toute l'illusion de son existence. Contrairement &#224; Proust, qui parviendra, gr&#226;ce &#224; la magie du nom et de la litt&#233;rature, &#224; faire surgir le monde englouti de son pass&#233;, Diane constate l'inanit&#233; d'un langage purement nominal, bulle venteuse et creuse d&#233;pourvue d'&#233;paisseur. L'incantation po&#233;tique dont le texte est charg&#233; ne suffira pas &#224; ressusciter la Diane d'autrefois : les mots ne sont dou&#233;s d'aucune vertu magique ; l'effet de &#171; sorcellerie &#233;vocatoire &#187; que les po&#232;tes, de Ronsard &#224; Baudelaire, pr&#234;tent &#224; la langue litt&#233;raire, n'est qu'une chim&#232;re de plus : Diane restera ce nom fantomatique &#233;gar&#233; sur les bords d'un Lignon chang&#233; en Styx, et ne retrouvera pas le temps perdu ; elle ne pourra qu'observer dans l'onde coulante le reflet illusoire de son &#234;tre, presque irr&#233;el &#224; force d'inconsistance. Le souvenir n'est plus, comme chez Ronsard, le proc&#233;d&#233; alchimique capable de sublimer et d'id&#233;aliser le pass&#233;, car celui-ci est irr&#233;parablement entra&#238;n&#233; dans un fleuve d'oubli (&#171; courant dans le sein de l'oubli &#187;) ; le Lignon cesse ainsi d'&#234;tre le symbole de l'&#226;ge d'or et la composante n&#233;cessaire du locus amoenus pastoral : il devient, en une m&#233;taphore sinistre, ce L&#233;th&#233; fabuleux dont les eaux vertes et inqui&#233;tantes charrient aux enfers les souvenirs des hommes et &#244;tent aux d&#233;funts la m&#233;moire de leur existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette faillite, qui est non seulement celle d'une ontologie tranquille, mais aussi celle du langage et de la litt&#233;rature, explique le ton fun&#232;bre qui r&#232;gne dans le texte : Diane semble comme morte (&#171; sans faire autre action qui donn&#226;t connaissance de vie &#187;), tombe en catalepsie (&#171; l&#233;thargie &#187;, &#171; profond sommeil &#187;), et ses r&#233;flexions sont fr&#233;quemment interrompues par de longs silences (&#171; demeurant quelque temps sans parler &#187;). La plainte d'amour tourne ainsi au questionnement m&#233;taphysique &#8211; qu'est-ce que vivre et mourir ? L'existence appara&#238;t &#224; la berg&#232;re comme une suite ininterrompue et inaper&#231;ue de morts et une juxtaposition de &#171; moi &#187; constamment changeants, et tous diff&#233;rents les uns des autres. Diane est ainsi insensiblement men&#233;e &#224; une m&#233;ditation d'ordre philosophique sur l'&#234;tre et le temps, comme le montrent l'emploi d'un vocabulaire abstrait (&#171; toutes les choses &#187;), la tendance &#224; la g&#233;n&#233;ralisation (&#171; tout ce qui est dans l'univers &#187;, &#171; universel &#187;, &#171; loi g&#233;n&#233;rale &#187;), et l'inscription de cette r&#233;flexion dans une longue tradition remontant aux pr&#233;socratiques : Diane se livre &#224; une recherche de la v&#233;rit&#233;, comme l'attestent les mots &#171; v&#233;ritable &#187;, &#171; opinion &#187;, &#171; connaissance &#187;. Assise et immobile, examinant son image dans le fleuve et n'y trouvant que le cr&#226;ne des Vanit&#233;s baroques (&#171; les choses mortelles &#187;), cette Diane impassible en vient &#224; ressembler aux Madeleines de La Tour qui, le regard perdu au fond d'un miroir, ne s'y mirent que pour y qu&#233;rir un t&#233;moignage de la vanitas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette qu&#234;te m&#233;taphysique n'a rien pourtant de la s&#233;cheresse d'un trait&#233; : le cours des phrases et de son raisonnement suit des d&#233;tours complexes et des circonvolutions baroques, comme si cette &#233;criture pr&#233;cieuse tentait de mimer les m&#233;andres du fleuve et rebondissait sans cesse : elle &#171; reprenait &#187;, &#171; &#224; ce mot &#187;, elle &#171; reprit &#187;. Sa pens&#233;e ne suit pas une progression logique, mais proc&#232;de par association d'id&#233;es qui surgissent et donnent au texte un aspect sinueux ; la composition du passage est ainsi musicale et en rien g&#233;om&#233;trique : la prise de conscience de son propre changement, &#233;bauch&#233;e au d&#233;but du texte (&#171; je ne suis pas la m&#234;me Diane &#187;), est reprise et pour ainsi dire r&#233;orchestr&#233;e &#224; la fin du passage (&#171; je ne te reconnais plus &#187;). Chez Diane, la qu&#234;te du temps perdu se solde par un &#233;chec : l'affleurement des souvenirs provoque en elle l'&#233;trange sensation de sa propre d&#233;loyaut&#233;, qui lui semble bien plus grave que la trahison suppos&#233;e de Silvandre, car c'est en fait l'irr&#233;m&#233;diable dissolution de son identit&#233; et la d&#233;sagr&#233;gation progressive de son &#234;tre, emport&#233;s dans le fil tragique du devenir, que lui r&#233;v&#232;le cette contemplation pensive des eaux tranquilles du fleuve for&#233;zien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Diane se trompe : Silvandre, mod&#232;le du parfait amant, aime sa berg&#232;re d'un amour plus pur encore, si c'est possible, que celui de C&#233;ladon pour Astr&#233;e, et les deux h&#233;ros finiront par se r&#233;concilier et s'&#233;pouser. Mais la fin heureuse de l'histoire n'&#244;tera rien &#224; la profondeur des r&#233;flexions sur l'&#234;tre et le temps ici &#233;labor&#233;es. L'amour, si positif et valoris&#233; dans &lt;i&gt;L'Astr&#233;e&lt;/i&gt;, sert de point de d&#233;part &#224; une m&#233;ditation m&#233;taphysique qui d&#233;bouche sur une prise de conscience par Diane de sa propre inconstance, au cours d'une r&#233;flexion m&#233;lancolique qui rel&#232;ve de ce que Jean Rousset nomme &#171; l'inconstance noire &#187; : Diane constate avec effroi la versatilit&#233; des choses et son incapacit&#233; &#224; fixer l'insaisissable. Si Hylas s'enchante de l'inconstance, s'en grise et s'y plonge avec d&#233;lices, le m&#234;me constat de la mutabilit&#233; universelle conduit Diane &#224; une conclusion toute contraire : aux yeux de la berg&#232;re, tout se perd dans les tourbillons d'un fleuve qui coule tragiquement vers l'oubli. L'Arcadie gauloise d&#233;crite dans L'Astr&#233;e comporte ainsi une face noire, et un tel texte nous rappelle que la divinit&#233; de l'&#226;ge d'or n'est autre que Saturne, le dieu du temps qui d&#233;vore ses enfants. Recherche d&#233;sesp&#233;r&#233;e du temps perdu, le r&#233;cit en vient ici &#224; se colorer de nuances sombres : la s&#233;r&#233;nit&#233; pastorale c&#232;de la place &#224; une &#233;vocation du monde d&#233;senchant&#233;e et dont le pessimisme n'est pas loin d'annoncer celui de Pascal &#8211; le Lignon, comme les sinistres fleuves de Babylone, coule, et tombe, et entra&#238;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Pens&#233;es, fr. S. 748.' id='nh4-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3.3.2.2. &lt;i&gt;Super flumina Babylonis&lt;/i&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Chez les &#233;crivains religieux, la paraphrase du psaume 136 est un des lieux d'&#233;lection de cette pens&#233;e de l'&#233;coulement sombre du monde. Les H&#233;breux, en exil &#224; Babylone, m&#233;ditent devant les fleuves &#233;trangers et songent &#224; leur patrie perdue, et chantant des cantiques de leur pays :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Au bord des fleuves de Babylone&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;nous &#233;tions assis et nous pleurions,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;nous souvenant de Sion ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;aux peupliers d'alentour&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;nous avions pendu nos harpes.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et c'est l&#224; qu'ils nous demand&#232;rent,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;nos ge&#244;liers, des cantiques,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;nos ravisseurs, de la joie :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#171; Chantez-nous, disaient-ils,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;un cantique de Sion. [...] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-4' class='spip_note' rel='appendix' title='Traduction de la Bible de J&#233;rusalem' id='nh4-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les paraphrastes des psaumes p&#233;nitentiaux ont comment&#233; avec une sourde complaisance ces strophes, ainsi le po&#232;te Jean de La Cepp&#232;de ; plus connu pour ses Th&#233;or&#232;mes sur la Passion du Christ, il fut aussi auteur de paraphrases. Celle-ci figure, en une langue volonairement affect&#233;e, la souffrance nostalgique du peuple juif captif, pleurant d'hyperboliques torrents de larmes, au point d'inonder le sable de la rive :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Bannis de l'air natal, quand le joug Tyrannique&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Nous traina sur les bords du flot Babylonique &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Souspirans estonn&#233;s en ces barbares lieux[19],&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ton image, &#244; Sion, roulant par nos pens&#233;es&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Rengregeoit[20] les regrets de nos joyes pass&#233;es,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et d&#233;trempoit le sable aux torrens de nos yeux.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Nos luths pendoient muets aux saules du rivage&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quand ceux, qui triomphoient de nostre dur servage&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ennuyez[21], offensez de nos tristes fa&#231;ons,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Commandent que chacun son courage ranime :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Entonnez (disoient-ils) les Hymnes de Solyme&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et nous resjo&#252;issez de vos belles chansons.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La plus c&#233;l&#232;bre des variations sur le psaume 136 est celle compos&#233;e par Pascal (1623-1662) dans les &lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;. Ce recueil posthume de fragments est avant tout le brouillon d'une d&#233;fense de la religion chr&#233;tienne attaqu&#233;e par le courant libertin, mais les Pens&#233;es n'ont jamais la s&#233;cheresse abstraite d'un trait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Les fleuves de Babylone coulent, el tombent et &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;entra&#238;nent.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#212; sainte Sion, o&#249; tout est stable et o&#249; rien ne &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;tombe ! &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il faut s'asseoir sur les fleuves, non sous ou dedans, mais dessus ; et non debout, mais assis : pour &#234;tre humble, &#233;tant assis, et en s&#251;ret&#233;, &#233;tant dessus. Mais nous serons debout dans les porches de Hi&#233;rusalem. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'on voie si ce plaisir est stable ou coulant : s'il passe, c'est un fleuve de Babylone.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivain visionnaire, Pascal ancre son apologie dans un paysage &#233;trange et inqui&#233;tant. Au fil des fragments, nous voyons surgir un d&#233;cor hallucin&#233; et mena&#231;ant, m&#233;lange d'eau et de boue s'&#233;coulant &#224; l'infini dans une nuit &#233;ternelle : sans aucun doute, Pascal est l'auteur des plus saisissantes et des plus troublantes &#233;vocations de l'inconstance noire. L'inconstance, pour Pascal, s'explique par le p&#233;ch&#233;. La Chute d'Adam chass&#233; du Paradis nous a s&#233;par&#233;s de Dieu, qui repr&#233;sente la Permanence, l'&#201;ternit&#233; et le repos. En p&#233;chant, Adam est tomb&#233; dans le monde des cr&#233;atures p&#233;rissables, et est lui-m&#234;me devenu un roseau fragile, en proie &#224; la maladie et la mort : &#224; son immortalit&#233; originelle succ&#232;de ainsi une inconstance fonci&#232;re : il s'est soumis au cycle infernal de la g&#233;n&#233;ration et de la corruption. Cette perspective est platonicienne : l'homme a&lt;br class='autobr' /&gt;
quitt&#233; le monde stable de la v&#233;rit&#233; pour plonger dans un univers d'illusions et de fantasmagories qu'on peut l&#233;gitimement appeler baroque. Exil&#233; de son vrai lieu o&#249; il connaissait le repos, l'&#234;tre humain est ainsi soumis &#224; la versatilit&#233; universelle. Cette angoisse traverse tout les texte des &lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'&#233;coulement. c'est une chose terrible de sentir s'&#233;couler tout ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on poss&#232;de &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-5' class='spip_note' rel='appendix' title='fr. 626 &#233;dition Sellier.' id='nh4-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette br&#232;ve notation est r&#233;orchestr&#233;e dans les deux paraphrases du psaume 136 sur &#171; les fleuves de Babylone &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-6' class='spip_note' rel='appendix' title='fr. 460 et 748' id='nh4-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut noter, dans ce court po&#232;me, la belle triade &#171; coule, et tombent, et entra&#238;nent &#187;, mais aussi, &#171; passe, coulant &#187;. Le fragment des deux infinis reprend magistralement cette hantise de la fuite&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;ternelle des choses :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Quelque terme o&#249; nous pensions nous attacher et nous affermir,
il branle et nous quitte. Et si nous le suivons, il &#233;chappe &#224; nos
prises, il glisse et fuit d'une fuite &#233;ternelle. Rien ne s'arr&#234;te pour
nous&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-7' class='spip_note' rel='appendix' title='fr. 230' id='nh4-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait imaginer plus riche concentration de termes et de tournures&lt;br class='autobr' /&gt;
destin&#233;es &#224; communiquer au destinataire libertin cette peur panique de voir&lt;br class='autobr' /&gt;
les choses se dissiper en fum&#233;e, ou plut&#244;t se liqu&#233;fier sous les yeux de qui&lt;br class='autobr' /&gt;
les regarde. Ses rivi&#232;res coulantes ne sont pas, comme dans l'imaginaire&lt;br class='autobr' /&gt;
pastoral et dans le st&#233;r&#233;otype du &lt;i&gt;locus amoenus&lt;/i&gt;, des eaux bienfaisantes : ce&lt;br class='autobr' /&gt;
sont des &#171; fleuves de feu &#187; parcourant des &#171; terres mal&#233;diction &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-8' class='spip_note' rel='appendix' title='fr. 460' id='nh4-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
vision fantastique et inqui&#233;tante qui fait de la terre un enfer fluide, o&#249; les&lt;br class='autobr' /&gt;
damn&#233;s n'auraient pas m&#234;me la derni&#232;re consolation de sentir sous leurs&lt;br class='autobr' /&gt;
pieds un point d'&#233;quilibre et de fixit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette terre maudite o&#249; se d&#233;roule notre existence n'est pas, on l'imagine, une heureuse campagne bucolique : c'est un monde fangeux, un vaste mar&#233;cage fait de sables mouvants mena&#231;ant &#224; chaque instant de nous &#171; engloutir &#187;. Dans ce monde fluent et limoneux, l'homme n'a pas plus de solidit&#233; ni de valeur que la boue qu'il a sous les pieds : Isa&#239;e compare l'homme &#224; de l'herbe : &lt;i&gt;Omnis caro foenum, et claritas hominis ut flos foeni&lt;/i&gt;, (Is. 40, 6) ; chez Pascal, cette herbe biblique se m&#233;tamorphose tout naturellement en un roseau,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme il convient &#224; l'&#234;tre humain &#233;voluant dans un univers mar&#233;cageux : &#171; l'homme n'est qu'un roseau &#187; poussant sur les bords d'un marais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paysages f&#233;tides entra&#238;nent tout naturellement un imaginaire morbide et palud&#233;en : comment ces tourbi&#232;res malsaines ne provoqueraient-elles pas toutes sortes d'infections ? Comment cette atmosph&#232;re de pestilence ne d&#233;boucherait-elle pas sur la description d'&#233;tats morbides ? Comme nous l'avons expliqu&#233; dans un pr&#233;c&#233;dent chapitre de ce cours, l'homme est atteint, depuis la Chute, d'un mal mortel, le p&#233;ch&#233;, qui le ronge et le gangr&#232;ne. D'o&#249; ces images de corruption, de pourriture et de putr&#233;faction qui servent &#224; le d&#233;crire : &#171; que le coeur de l'homme est creux et plein d'ordure ! &#187; (fr. 171). Le&lt;br class='autobr' /&gt;
coeur est une citerne suintante (&#171; &#8230;la citerne d'o&#249; vous &#234;tes tir&#233;s &#187;, fr. 718) ; l'homme est un &#171; cloaque d'incertitude et d'erreur &#187; (fr. 164), un &#171; ver de terre &#187; (fr. 164) rampant dans la vase : on peut ais&#233;ment multiplier les r&#233;f&#233;rences et voir ainsi se dessiner un paysage d'eaux impures qui constitue aussi bien le monde o&#249; nous vivons que notre propre coeur sans fonds. Comme Job, l'homme est un malade, plein &#171; d'abc&#232;s &#187;, en proie &#224; des &#171; fi&#232;vres &#187; (fr. 587), et incurable sans la gr&#226;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces marais o&#249; nous tra&#238;nons sans espoir sont d'autant plus inqui&#233;tants que Pascal se les repr&#233;sente plong&#233;s dans la nuit : roseaux pensants, nous passons notre vie pr&#232;s de fleuves en feu, et dans une obscurit&#233; silencieuse. Pour punition de nos crimes, nous errons dans des bourbiers nocturnes, &#171; &#233;gar&#233;s, avec inqui&#233;tude et sans succ&#232;s, dans des t&#233;n&#232;bres imp&#233;n&#233;trables &#187; (fr. 19), perdus sans espoir de trouver le chemin. Paraphrasant Isa&#239;e, Pascal &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Nous avons attendu la lumi&#232;re et nous ne trouvons que les t&#233;n&#232;bres. Nous avons esp&#233;r&#233; la clart&#233; et nous marchons dans l'obscurit&#233;. Nous avons t&#226;t&#233; contre la muraille comme des aveugles, nous avons heurt&#233; en plein midi, comme au milieu d'une nuit, et comme des morts en des lieux t&#233;n&#233;breux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-9' class='spip_note' rel='appendix' title='fr. 735 ; cf. Is. 59, 9-11.' id='nh4-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sans lumi&#232;re ni pilote, l'homme est abandonn&#233; dans ce paysage d&#233;sol&#233; : &#171; l'homme [est] sans lumi&#232;re abandonn&#233; &#224; lui-m&#234;me et comme &#233;gar&#233; &#187; (fr. 229). Il ne lui reste qu'&#224; tenter voguer sur ces marais, au milieu de fleuves embras&#233;s, sans le moindre falot capable de le guider : &#171; Nous voguons sur un milieu vaste, toujours incertains et flottants, pouss&#233;s d'un bout vers l'autre &#187; (fr. 230). L'image dont se sert Pascal pour figurer cet homme impuissant et livr&#233; &#224; lui-m&#234;me n'est pas celle du labyrinthe, mais celle du grand espace vide et silencieux : &#171; l'univers &#187; est &#171; muet &#187; (229), et &#171; le silence &#233;ternel des espaces infinis &#187; est effrayant (232). Ces images de l'abandon, omnipr&#233;sentes&lt;br class='autobr' /&gt;
chez l'apologiste, sont une cons&#233;quence de la th&#233;ologie augustinienne&lt;br class='autobr' /&gt;
du &#171; double d&#233;laissement &#187; &#233;voqu&#233; dans un chapitre pr&#233;c&#233;dent : Dieu a pris acte de la d&#233;sob&#233;issance d'Adam et l'a abandonn&#233; &#224; son tour ; mais l'humanit&#233; sans Dieu, en qui toutes les facult&#233;s se sont &#233;teintes, n'est plus qu'une masse de perdition qui vagabonde sans but dans un monde absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi l'angoisse des espaces vides, que les psychanalystes nomment agoraphobie, qui caract&#233;rise le rapport &#224; l'espace dans les &lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;, soit que Pascal ressente cette phobie (&#171; Pascal avait son gouffre &#187;, &#233;crivait Baudelaire dans les &lt;i&gt;Fleurs du mal&lt;/i&gt;), soit, plus vraisemblablement, qu'il cherche &#224; la susciter chez son destinataire libertin : &#171; notre raison est toujours d&#233;&#231;ue par l'inconstance des apparences : rien ne peut fixer le fini entre les deux infinis qui&lt;br class='autobr' /&gt;
l'enferment et le fuient &#187; (230). Mais, dans un mouvement de renversement surprenant, l'espace ind&#233;fini et sans limites rassurantes devient un &#171; cachot &#187; o&#249; l'homme est enferm&#233; (230), comme &#233;cras&#233; par le poids de cet univers sans limites qui l'accable ; d'o&#249; les termes d'enfermement et la m&#233;taphore de la prison, r&#233;currents dans les Pens&#233;es : l'agoraphobie d&#233;bouche ainsi paradoxalement et simultan&#233;ment sur une impression de claustrophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des hommes victimes d'un mal myst&#233;rieux, roseaux perdus dans une fange malsaine, plong&#233;s en une nuit sans fin &#233;clair&#233;e seulement par le reflet de rivi&#232;res en flammes, tel est le d&#233;cor atroce et &#233;pouvantable dans lequel se d&#233;roule le fil de la pens&#233;e pascalienne. Philippe Sellier &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;[Pascal n'emprunte &#224; Augustin] que ses images les plus lugubres : les lourdes eaux du fleuve, o&#249; se m&#234;lent fantastiquement de sulfureuses lueurs et de glauques t&#233;n&#232;bres, et dont le cours est bord&#233; de fr&#234;les cr&#233;atures qui rouleront bient&#244;t dans cette boue fumante. Tout cela dans un silence oppressant !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-10' class='spip_note' rel='appendix' title='Pascal et saint Augustin, op.cit., p. 25.' id='nh4-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb4-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Celui &#171; qui disait que jamais une m&#234;me personne ne passa deux fois une m&#234;me rivi&#232;re &#187;, c'est le philosophe grec pr&#233;socratique H&#233;raclite, penseur du devenir et de l'inconstance. Mais en fait, les r&#233;flexions de Diane d&#233;marquent un essai de Montaigne (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, III, 2, &#171; Du repentir &#187;), o&#249; l'essayiste d&#233;veloppe des id&#233;es tr&#232;s proches : &#171; Je ne peins pas l'&#234;tre, je peins le passage : non un passage d'&#226;ge en autre, ou comme dit le peuple, de sept en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-2' class='spip_note' title='Notes 4-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Astr&#233;e&lt;/i&gt;, IV, 1, &#233;dition Vaganay, p. 46-47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-3' class='spip_note' title='Notes 4-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pens&#233;es, fr. S. 748.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-4' class='spip_note' title='Notes 4-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Traduction de la &lt;i&gt;Bible de J&#233;rusalem&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-5' class='spip_note' title='Notes 4-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;fr. 626 &#233;dition Sellier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-6' class='spip_note' title='Notes 4-6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;fr. 460 et 748&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-7' class='spip_note' title='Notes 4-7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;fr. 230&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-8' class='spip_note' title='Notes 4-8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;fr. 460&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-9' class='spip_note' title='Notes 4-9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;fr. 735 ; cf. Is. 59, 9-11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-10' class='spip_note' title='Notes 4-10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pascal et saint Augustin&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Extraits de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tony Gheeraert, &lt;i&gt;Saturne aux deux visages&lt;/i&gt;, Rouen, PURH, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tony Gheeraert, &lt;i&gt;&#192; la recherche du Dieu cach&#233; : introduction aux&lt;/i&gt; Pens&#233;es &lt;i&gt;de Pascal&lt;/i&gt;, Biblioth&#232;que &#233;lectronique de Port-Royal, 2007.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>3.3.1. Inconstance noire</title>
		<link>http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-3-1-Inconstance-noire</link>
		<guid isPermaLink="true">http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-3-1-Inconstance-noire</guid>
		<dc:date>2009-11-30T09:57:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Jean Rousset s'est tr&#232;s vite aper&#231;u que le mod&#232;le d'un baroque euphorique &#171; bernino-borrominien &#187;, triomphant et optimiste, n'&#233;tait pas la seule fa&#231;on de vivre le sentiment d'universelle mobilit&#233;. Aux joyeuses spirales, aux miroitements de l'eau vive, aux papillons et aux arcs-en-ciel s'opposent des images plus anxiog&#232;nes du mouvement, qui trahissent la terreur sourde que provoque le sentiment d'inconstance. Dans son Anthologie de 1961, Rousset oppose &#224; l'&#171; inconstance blanche &#187;, qu'il avait privil&#233;gi&#233;e (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-3-Parmi-l-horreur-et-l-ombre-" rel="directory"&gt;3.3. &#171; Parmi l'horreur et l'ombre &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH147/arton39-4bd8b.jpg?1485238940' width='150' height='147' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jean Rousset s'est tr&#232;s vite aper&#231;u que le mod&#232;le d'un baroque euphorique &#171; bernino-borrominien &#187;, triomphant et optimiste, n'&#233;tait pas la seule fa&#231;on de vivre le sentiment d'universelle mobilit&#233;. Aux joyeuses spirales, aux miroitements de l'eau vive, aux papillons et aux arcs-en-ciel s'opposent des images plus anxiog&#232;nes du mouvement, qui trahissent la terreur sourde que provoque le sentiment d'inconstance. Dans son &lt;i&gt;Anthologie&lt;/i&gt; de 1961, Rousset oppose &#224; l'&#171; inconstance blanche &#187;, qu'il avait privil&#233;gi&#233;e dans son ma&#238;tre ouvrage, une &#171; inconstance noire &#187; dont les embl&#232;mes, plus sinistres, sont les bulles, les ombres et les cr&#226;nes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&#171; Ceux qui prennent sur l'homme le point de vue de Dieu, le point de vue de l'Essence et de la Permanence, regardent sa versatilit&#233; avec une stupeur inqui&#232;te, ils y reconnaissent le signe du p&#233;ch&#233;, de l'absence douloureuse de Dieu &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Jean Rousset, Anthologie, 1961.' id='nh5-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Certains esprits, loin de s'&#233;tourdir comme Hylas de la volatilit&#233; des chose et des &#234;tres, souffrent de l'instabilit&#233; universelle ; ce triomphe absolu du devenir, ils l'envisagent sous le signe de la perte et de la destruction ; ils &#233;prouvent l'inconstance sur le mode tragique : elle est pour eux dissolution, promesse de corruption et de d&#233;cr&#233;pitude, et anticipation de la mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
l'angoisse : &#171; D'o&#249; tant de fragilit&#233; ? D'o&#249; tant d'inconstance ? &#187; demande en g&#233;missant Jean de Sponde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-2' class='spip_note' rel='appendix' title='M&#233;ditation sur le psaume L' id='nh5-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chez Saint-Amant, peu suspect de bigoterie, le po&#232;te de la &lt;i&gt;Solitude&lt;/i&gt;, en proie &#224; la m&#233;lancolie, d&#233;crit son go&#251;t morbide pour la nuit, les cimeti&#232;res, les vestiges de palais d&#233;molis, les cr&#233;atures du diable, en un mot les paysages fun&#232;bres et nocturnes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Que j'aime &#224; voir la d&#233;cadence&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De ces vieux ch&#226;teaux ruin&#233;s,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Contre qui les ans mutin&#233;s&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ont d&#233;ploy&#233; leur insolence !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les sorciers y font leur sabbat ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les d&#233;mons follets y retirent,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui d'un malicieux &#233;bat&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Trompent nos sens et nous martyrent ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L&#224; se nichent en mille trous&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les couleuvres et les hiboux.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'orfraie, avec ses cris fun&#232;bres,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mortels augures des destins,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Fait rire et danser les lutins&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Dans ces lieux remplis de t&#233;n&#232;bres.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sous un chevron de bois maudit&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Y branle le squelette horrible&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D'un pauvre amant qui se pendit&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pour une berg&#232;re insensible,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui d'un seul regard de piti&#233;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ne daigna voir son amiti&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aussi le Ciel, juge &#233;quitable,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui maintient les lois en vigueur,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pronon&#231;a contre sa rigueur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Une sentence &#233;pouvantable :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Autour de ces vieux ossemens&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Son ombre, aux peines condamn&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Lamente en longs g&#233;missements&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sa malheureuse destin&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ayant, pour cro&#238;tre son effroi,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Toujours son crime devant soi.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L&#224; se trouvent sur quelques marbres&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Des devises du temps pass&#233; ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ici l'&#226;ge a presque effac&#233;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Des chiffres taill&#233;s sur les arbres ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le plancher du lieu le plus haut&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Est tomb&#233; jusque dans la cave,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Que la limace et le crapaud&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Souillent de venin et de bave ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le lierre y cro&#238;t au foyer,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; l'ombrage d'un grand noyer.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Marc-Antoine Girard de Saint-Amant (1594-1661), &lt;i&gt;La Solitude&lt;/i&gt;, 1617 (extrait)&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-Amant r&#233;orchestre, sur le mode parodique et plaisant, tous les th&#232;mes caract&#233;ristiques de la m&#233;lancolie. Le ton de plaisanterie et l'emploi du vers burlesque (l'octosyllabe) masquent une inqui&#233;tude et un tourment r&#233;el : le temps qui passe est destructeur, le mal est &#224; l'&#339;uvre et tarvaille &#224; ronger l'univers. Les d&#233;combres de ses monuments d&#233;vast&#233;s n'ont que peu &#224; voir avec les nobles vestiges romains qui hantaient les &lt;i&gt;Antiquit&#233;s&lt;/i&gt; de Du Bellay : l'humeur noire suscite des visions, peuplant les chauchemars du po&#232;te de formes inqui&#233;tantes et surnaturelles ; la m&#233;ditation sereine sur la fuite du temps laisse ici la place &#224; une terreur plus tourment&#233;e, que le pittoresque r&#233;alisme r&#233;v&#232;le tout en cherchant &#224; la conjurer.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_316 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/teniers_tabagie.jpg' title='David Teniers (1610-1690), Tabagie' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH174/teniers_tabagie_petit-0a630.jpg?1485205393' width='150' height='174' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-316 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;David Teniers (1610-1690), &lt;em&gt;Tabagie&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-316 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;(d&#233;tail)
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Tous les symboles de fragilit&#233;, de mobilit&#233;, d'alt&#233;ration et de m&#233;tamorphose sont r&#233;quisitionn&#233;s par ces po&#232;tes de la fugacit&#233;. La bulle, la fleur &#233;ph&#233;m&#232;re et l'ombre sont pour eux des embl&#232;mes de la vie humaine, fugace et pr&#233;caire, passag&#232;re et incertaine. Dans l'image du feu, leur pr&#233;dilection va &#224; la flamme : vive, brillante, toujours diff&#233;rente de ce qu'elle &#233;tait l'instant d'avant, et menac&#233;e de dispara&#238;tre quand son combustible sera &#233;puis&#233;. La fum&#233;e les s&#233;duit &#233;galement, qui se disperse sans laisser aucune trace de son existence p&#233;rissable, et m&#233;taphorise ainsi la funeste mobilit&#233; des &#234;tres et des choses. Le m&#234;me Saint-Amant m&#233;dite en fumant la pipe :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Assis sur un fagot, une pipe &#224; la main,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tristement accoud&#233; contre une chemin&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les yeux fix&#233;s vers terre, et l'&#226;me mutin&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je songe aux cruaut&#233;s de mon sort inhumain.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'espoir qui me remet du jour au lendemain,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Essaye &#224; gagner temps sur ma peine obstin&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et me venant promettre une autre destin&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Me fait monter plus haut qu'un Empereur Romain.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais &#224; peine cette herbe est-elle mise en cendre,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'en mon premier &#233;tat il me convient descendre,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et passer mes ennuis &#224; redire souvent :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non, je ne trouve point beaucoup de diff&#233;rence&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De prendre du tabac &#224; vivre d'esp&#233;rance,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Car l'un n'est que fum&#233;e, et l'autre n'est que vent.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le sonnet part d'un th&#232;me fr&#233;quent dans la peinture de genre du premier XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : celui de la &#171; tabagie &#187;. La fum&#233;e, en peinture comme en litt&#233;rature, appara&#238;t &#224; Rousset comme un th&#232;me &#233;minemment baroque, figurant la fugacit&#233;, l'&#233;ph&#233;m&#232;re, la mobilit&#233;, l'impossibilit&#233; &#224; fixer une forme. Mais ici, l'&#233;vanescence de la fum&#233;e consterne le po&#232;te, dont le texte est plac&#233; sous le signe de la m&#233;lancolie : la posture du po&#232;te ob&#233;it &#224; l'iconographie traditionnelle de la figure pench&#233;e, et sa disposition, teint&#233;e de tristesse et inclinant au d&#233;sespoir, est caract&#233;ristique des troubles caus&#233;s par l'humeur noire. L'accent moderne de la pi&#232;ce provient de la substance qui d&#233;clenche la m&#233;ditation : le tabac, dont le po&#232;te, sous l'emprise de ses sombres pens&#233;es, assimile la fum&#233;e &#224; la vanit&#233; de &#171; l'esp&#233;rance &#187;. La pose m&#233;lancolique incite le po&#232;te &#224; la contemplation et &#224; la comparaison : la pipe sert ici de m&#233;taphore pour penser la futilit&#233; des chim&#232;res forg&#233;es vainement par l'imagination afin d'&#233;chapper au sort d&#233;plorable. Baudelaire, grand lecteur des po&#232;tes baroques, se souviendra-t-il de Saint-Amant en pr&#234;tant &#224; la pipe le pouvoir d'enchanter la douleur du po&#232;te ? &#171; Quand il est combl&#233; de douleur, Je fume comme la chaumine... &#187;. Chez le po&#232;te des Fleurs du mal&lt;/i&gt; comme chez le po&#232;te baroque, le tabac qui br&#251;le est associ&#233; au spleen m&#233;lancolique capable de dissoudre le monde : &#171; C'est l'Ennui ! - l'&#339;il charg&#233; d'un pleur involontaire, / Il r&#234;ve d'&#233;chafauds en fumant son houka. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de l'espoir &#224; l'esp&#233;rance autorise-t-il une lecture libertine du po&#232;me ? Comme d'autres pi&#232;ces de Saint-Amant, le badinage pourrait bien dissimuler une contestation iconoclaste de la foi chr&#233;tienne, invisible sous l'empilage des r&#233;f&#233;rences m&#233;lancoliques aussi rassurantes que traditionnelles. La mise en question de l'esp&#233;rance, la seconde vertu th&#233;ologale, passe inaper&#231;ue, ou, au pire, est mise au compte de la m&#233;lancolie religieuse du po&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les po&#232;tes religieux usent d'images semblables. Ils multiplient avec complaisance les verres qui se brisent, les torrents de boue, les tourbillons, pour d&#233;noncer la fragilit&#233; et la caducit&#233; des &#234;tres et des choses.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_320 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/renard_verre_brise.jpg' title=' ' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH229/renard_verre_brise_petit-61739.jpg?1485205393' width='150' height='229' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-320 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Cherchant &#224; d&#233;finir l'&#234;tre humain, Auvray ne trouve que des m&#233;taphores sinistres d'&#233;coulement et de perte, images elles-m&#234;mes instables, qui se d&#233;font au moment m&#234;me o&#249; elles s'&#233;noncent, tant il est difficile de cerner l'&#234;tre insaisissable, et toujours en mouvement vers la destruction : vapeur, fleur, torrent, songe et ombre, aucune de ces comparaisons n'est ad&#233;quate, le seul n&#233;ant (&#171; rien &#187;) convient &#224; cet &#234;tre ch&#233;tif et vid&#233; de toute substance solide et durable.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Helas ! qu'est ce de l'homme orgeilleux et mutin,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce n'est qu'une vapeur qu'un petit vent emporte,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vapeur, non une fleur qui &#233;close au matin,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vieillit sur le midy, puis au soir elle est morte.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Une fleur, mais plustost un torrent mene-bruit&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui rencontre bien tost le gouffre o&#249; il se plonge :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Torrent non, c'est plustost le songe d'une nuict,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un songe ! non vrayement, mais c'est l'ombre d'un songe.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Encor l'ombre demeure un moment arrest&#233; ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'homme n'arreste rien en sa course legere,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le songe quelquefois predit la v&#233;rit&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Nostre vie est tousjours trompeuse et mensongere.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Maint torrent s'entretient en son rapide cours,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;On ne void point tarir la source de son onde,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais un homme estant mort, il est mort pour tousjours&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et ne marche jamais sur le plancher du monde.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bien que morte est la fleur la plante ne l'est pas,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;En une autre saison d'autres fleurs elle engendre :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais l'homme ayant franchy le sueil de son trespas,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les fleurs qu'il nous produit sont les vers et la cendre.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aussi tost que du vent le bourasque est pass&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La vapeur se rejoint estroitement serr&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais quand la pasle mort son dard nous a lanc&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Nostre ame est pour long-temps de son corps separee.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'est-ce de l'homme donc qui tant est estim&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce n'est rien puis que rien si leger ne nous semble,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ou si c'est quelque chose il sera bien nomm&#233;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vapeur, fleur, torrent, songe, ombre, et rien tout ensemble ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Jean Auvray (ca. 1580-ca. 1630)&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;dl class='spip_document_318 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/serodine_fumeur_amsterdam_rijks.jpg' title='Giovanni Serodine (1600-1630), Le fumeur' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH103/serodine_fumeur_amsterdam_rijks_petit-f3c54.jpg?1485205393' width='150' height='103' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-318 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Giovanni Serodine (1600-1630), &lt;em&gt;Le fumeur&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-318 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;(d&#233;tail). Amsterdam, Rijksmuseum
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb5-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-1' class='spip_note' title='Notes 5-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean Rousset, &lt;i&gt;Anthologie&lt;/i&gt;, 1961.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-2' class='spip_note' title='Notes 5-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M&#233;ditation sur le psaume L&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>3.3.5. Poursuite de vent</title>
		<link>http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-3-5-Poursuite-de-vent</link>
		<guid isPermaLink="true">http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-3-5-Poursuite-de-vent</guid>
		<dc:date>2009-11-25T13:48:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Vers 1600, alors que l'angoisse de la mort atteint un point de paroxysme, na&#238;t le genre de la vanit&#233; picturale appel&#233; &#224; conna&#238;tre, pendant tout le premier XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, une fortune consid&#233;rable. Aux vanit&#233;s en peinture font &#233;cho d'innombrables m&#233;ditations litt&#233;raires sur ce m&#234;me th&#232;me d'origine chr&#233;tienne : les d&#233;lices du monde passent, les joies sont &#233;ph&#233;m&#232;res : richesses, gloire, plaisir, tout ce qui luit sous le soleil s'ab&#238;mera dans la mort. Cette le&#231;on terrible, qui vient de l'Eccl&#233;siaste, les baroques (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-3-Parmi-l-horreur-et-l-ombre-" rel="directory"&gt;3.3. &#171; Parmi l'horreur et l'ombre &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH116/arton38-f42ab.jpg?1485446402' width='150' height='116' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vers 1600, alors que l'angoisse de la mort atteint un point de paroxysme, na&#238;t le genre de la vanit&#233; picturale appel&#233; &#224; conna&#238;tre, pendant tout le premier XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, une fortune consid&#233;rable. Aux vanit&#233;s en peinture font &#233;cho d'innombrables m&#233;ditations litt&#233;raires sur ce m&#234;me th&#232;me d'origine chr&#233;tienne : les d&#233;lices du monde passent, les joies sont &#233;ph&#233;m&#232;res : richesses, gloire, plaisir, tout ce qui luit sous le soleil s'ab&#238;mera dans la mort. Cette le&#231;on terrible, qui vient de l'Eccl&#233;siaste, les baroques religieux vont la reprendre et la commenter inlassablement, stigmatisant les vanit&#233;s du monde pour l'opposer &#224; la seule valeur stable et &#233;ternelle, celle de Dieu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3.3.5.1. Vanitas&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire_0'&gt;3.3.5.1. Vanitas&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3.3.5.2. Sic transit gloria mundi&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire_1'&gt;3.3.5.2. Sic transit gloria&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3.3.5.3. &#171; Curiosit&#233; n'est que vanit&#233; &#187;&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire_2'&gt;3.3.5.3. &#171; Curiosit&#233; n'est (...)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3.3.5.4. Vanit&#233; de la vanit&#233;&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire_3'&gt;3.3.5.4. Vanit&#233; de la vanit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3.3.5.1. &lt;i&gt;Vanitas&lt;/i&gt; &lt;/h3&gt; &lt;dl class='spip_document_282 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/claesz-2.jpg' title='Pieter Claesz (1598-1661), Nature morte &#224; la vanit&#233;' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH140/claesz_petit-0207d.jpg?1485185391' width='150' height='140' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-282 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Pieter Claesz (1598-1661), &lt;em&gt;Nature morte &#224; la vanit&#233;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-282 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Nature morte de vanit&#233;. Huile sur toile, 39,5x56cm. La Haye, Mauritshuis.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Pierer Claesz (Steinfurth, Westphalie ca 1597-98 - Haarlem 1661) fut un ma&#238;tre de ces toiles &#224; la fois d&#233;votionnels et d&#233;corative, qui naquirent dans la Hollande calviniste, avant de se r&#233;pandre dans toute l'Europe. Install&#233; &#224; Haarlem, Claesz r&#233;alisa, &#224; partir de 1617 de nombreuses natures mortes, repr&#233;sentant souvent une table servie, fr&#233;quemment orn&#233;e d'images d'orf&#232;vrerie finement cisel&#233;es : de tels objets permettaient tout &#224; la fois d'exprimer la virtuosit&#233; technique du peintre, et la solidarit&#233; des diff&#233;rentes corporations. Mais si ces toiles refl&#233;taient le d&#233;veloppement de la richesse des Pays-Bas, le th&#232;me g&#233;n&#233;ral de la vanit&#233; renvoient aux pr&#233;occupations du clerg&#233; protestant devant cette accumulation de biens terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vanit&#233; en peinture rel&#232;ve de la cat&#233;gorie de la nature morte : sous sa forme canonique, elle repr&#233;sente, p&#234;le-m&#234;le, des symboles du pouvoir (sceptres, couronnes), du savoir (instruments scientifiques, livres), de la richesse ou des plaisirs (nourriture, luths, carte &#224; jouer, fleurs, bijoux), dont la s&#233;duction contraste avec la hideur d'un cr&#226;ne ou d'un sablier, embl&#232;mes du temps qui passe et de la mort que viendront heurter toutes les joies terrestres. &#192; travers la multitude des &#339;uvres, le message est toujours le m&#234;me : ces tableaux invitent le spectateur &#224; se d&#233;fier des plaisirs de ce monde car ils ne sont que des divertissements, au sens pascalien, qui nous d&#233;tournent de la seule r&#233;alit&#233; durable et incontestable, et qui est le tr&#233;pas. &#192; travers sa contemplation de fleurs, de livres ouverts ou de globes c&#233;lestes, le spectateur est invit&#233; &#224; se souvenir qu'il est mortel et que, comme l'en avertissent les &#201;vangiles, sa vie s'ach&#232;vera bient&#244;t dans la cendre du tombeau : &lt;i&gt;memento mori&lt;/i&gt;. Celui qui contemple ces toiles est convi&#233; &#224; faire retour sur lui-m&#234;me, et &#224; r&#233;fl&#233;chir au sens qu'il souhaite donner &#224; sa br&#232;ve existence, qui passera comme un r&#234;ve ; dans ce monde instable o&#249; tout peut toujours se renverser, les hommes conscience aigu&#235; que la f&#234;te peut &#224; tout moment basculer dans le drame, que la mort est toujours cach&#233;e dans la vie, que la r&#233;jouissance peut &#224; tout moment se maculer de sang : jeux, musiques, festins, amours, emport&#233;s dans le tourbillon du temps, se confondront dans le m&#234;me n&#233;ant o&#249; nous les rejoindrons nous-m&#234;mes. Les moments perdus &#224; jouir des plaisirs futiles de l'ici-bas, nous &#233;cartent d'une m&#233;ditation profonde sur sa destin&#233;e surnaturelle, &#224; l'aune de laquelle il devrait mesurer la valeur de sa vie, et qui devrait commander chaque seconde de la vie qui lui est conc&#233;d&#233;e. Richesses, plaisirs, devront c&#233;der devant l'in&#233;vitable triomphe de la mort, aussi convient-il de songer au salut surnaturel de notre &#226;me, telle est la le&#231;on chr&#233;tienne de ces tableaux de Vanit&#233;s, dont on trouve l'&#233;quivalent exact dans la po&#233;sie du temps. Mais si la le&#231;on chr&#233;tienne affich&#233;e pr&#233;tend rassurer (de discr&#232;tes images d'&#233;ternit&#233;, comme la couronne de laurier qui ceint souvent le cr&#226;ne, semblent promettre au d&#233;vot la vie &#233;ternelle), l'&#233;vidence lisse du squelette d&#233;range, intrigue et inqui&#232;te, et laisse sans r&#233;ponse vraiment claire la question du salut que toute la toile invite pourtant &#224; poser.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_277 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/simon_renard_1613_14_1677_vanite_instruments.jpg' title='Simon Renard (1613/14-1677), Vanit&#233; aux instruments de musique' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L200xH240/simon_renard_1613_14_1677_vanite_instruments_petit-432a1.jpg?1485185391' width='200' height='240' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-277 spip_doc_titre' style='width:200px;'&gt;&lt;strong&gt;Simon Renard (1613/14-1677), &lt;em&gt;Vanit&#233; aux instruments de musique&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-277 spip_doc_descriptif' style='width:200px;'&gt;Huile sur toile, 52x44. Mus&#233;e des Beaux-Arts de Marseille.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Simon Renard de Saint-Andr&#233; (1613/14-1677), portraitiste &#224; qui l'on attribue, depuis quelques d&#233;cennies, plusieurs vanit&#233;s de premier ordre, met en garde contre les charmes de la musique en ce qu'elle &#233;veille les passions, et principalement la dangereuse passion d'amour : la partition, en effet, porte le titre &#171; Allemande &#187;, danse en couple et donc promesse d'&#233;mois charnels ; quant au coquillage, il est traditionnellement associ&#233; &#224; V&#233;nus et comporte un symbolisme sexuel. L'avertissement, ironiquement sugg&#233;r&#233; par un cr&#226;ne ricanant, est limplide : danseurs, musiciens et amoureux, tout entiers livr&#233;s aux plaisirs passagers et n&#233;gligents du temps qui passe et de la vie qui, &#224; peine commenc&#233;e, d&#233;j&#224; s'ach&#232;ve (le sablier est presque vide, et la chandelle est presque us&#233;e), ont oubli&#233; la mort qui guette. La couronne de lauriers, embl&#232;me d'&#233;ternit&#233;, vient rappeler, trop tard, qu'il aurait fallu song&#233; plus t&#244;t au vrai sens de la vie, au lieu de s'&#233;tourdir dans des plaisirs futiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus c&#233;l&#232;bre vanit&#233; de ce peintre est celle conserv&#233;e au mus&#233;e de Lyon. Variation sur le motif embl&#233;matique &lt;i&gt;Homo bulla&lt;/i&gt;, la toile insiste sur la fragilit&#233; de l'existence : verre cass&#233;, bulle, partitions en &#233;quilibre instable viennent renforcer l'effet produit par le cr&#226;ne en soulignant la proximit&#233; de la mort &#224; venir.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_275 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/vanite_Simon_Renard_de_Saint-Andre_-_Vanitas_lyon.jpg' title='Simon Renard de Saint-Andr&#233; (1613/14-1677), Vanit&#233;' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH215/vanite_Simon_Renard_de_Saint-Andre_-_Vanitas_lyon_petit-799d1.jpg?1485185391' width='150' height='215' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-275 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Simon Renard de Saint-Andr&#233; (1613/14-1677), &lt;em&gt;Vanit&#233;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-275 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Mus&#233;e des Beaux-Arts, Lyon.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Il est frappant que, plut&#244;t que de repr&#233;senter des mets app&#233;tissants, le peintre a choisi de reproduire un &#233;loge de la table par Balthazar Cosson : cette mise &#224; distance ne fait qu'ajouter &#224; la d&#233;nonciation de la gourmandise celle, plus subtile, de la vaine gloire poursuivie par les &#233;crivains : le texte de Cosson porte litt&#233;ralement le sceau de la Faucheuse ; la gloire des artistes, la qu&#234;te de la renomm&#233;e sont aussi vains que les plaisirs profanes qu'ils c&#233;l&#232;brent &#224; tort. Par ailleurs, ce sont une fois de plus les plaisirs &#233;rotiques que le peintre met discr&#232;tement en cause : la partition de musique, qui reproduit un morceau de Lassus sur un po&#232;me d'amour de Ronsard, vient confirmer les connotations &#233;grillardes traditionnelle du verre bris&#233; et des fl&#251;tes, et laisse peu de doute sur l'intention du peintre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'un cr&#226;ne spectaculaire, les peintres pr&#233;f&#232;rent parfois sugg&#233;rer plus discr&#232;tement la pr&#233;carit&#233; des biens terrestres et le travail de la mort sous l'opulence de la vie : ce tableau de Claesz, conserv&#233; au mus&#233;e de Saint-&#201;tienne, figure une table richement servie, o&#249; s'accumulent les signes de richesse et d'opulence : argenterie finement cisel&#233;e, verres en cristal, lourde nappe et mets app&#233;tissant sont repr&#233;sent&#233;s avec une science consomm&#233;e et une qualit&#233; technique impeccable.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_314 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/willem_claesz_nature_morte_saint_etienne.jpg' title='Willem Claesz Hena, Nature morte' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH119/willem_claesz_nature_morte_saint_etienne_petit-c66c2.jpg?1485185391' width='150' height='119' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-314 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Willem Claesz Hena, &lt;em&gt;Nature morte&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-314 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Huile sur bois. 59x75. Saint-Etienne, Mus&#233;e d'art moderne La Terrasse
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Cette riche desserte n'est pourtant pas fig&#233;e : elle raconte une histoire ; &#233;vitant tout emphase spectaculaire, et gr&#226;ce &#224; la seule force de la suggestion, cette toile nous laisse entendre qu'une &#171; catastrophe a eu lieu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6-1' class='spip_note' rel='appendix' title='A. Tapi&#233;, op. cit., p. 304' id='nh6-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : assiettes en &#233;quilibre, coupe renvers&#233;e, nappe chiffonn&#233;e, fruit &#224; moiti&#233; pel&#233; nous donnent &#224; voir la suspension du temps qui a suivi quelque d&#233;sastre. Des symboles savamment dispos&#233;s nous en sugg&#232;rent la nature tragique : l'&#233;corce de citron a moiti&#233; d&#233;coup&#233;e du fruit suffit, par son enroulement en spirale, &#224; &#233;voquer le passage du temps le caract&#232;re transitoire de l'existence. La pelure du fruit exotique fiat &#233;cho au ressort de la montre pos&#233;e &#224; c&#244;t&#233; de lui, et &#233;claire le sens du tableau : les plaisirs des sens, les richesses opulentes sont frapp&#233;s au sceau de la caducit&#233; et de la fugacit&#233;. La sc&#232;ne, d&#233;sert&#233;, figure la d&#233;possession absolue qu'entra&#238;ne la mort : fortune, biens, plaisirs, autant de joies &#233;ph&#233;m&#232;res qu'emportera le temps qui passe, et au moment o&#249; l'on s'y attend le moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus s&#233;v&#232;re, baroque dans ses intentions mais classique par la sobri&#233;t&#233; de sa forme, et &#171; jans&#233;niste &#187; par son refus de c&#233;der quoi que ce soit aux s&#233;ductions sensibles, la &lt;i&gt;Vanit&#233;&lt;/i&gt; de Philippe de Champaigne est r&#233;v&#233;latrice de la spiritualit&#233; &#224; la fois originale et traditionnelle de Port-Royal, abbaye dont il &#233;tait proche.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_279 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/champaigne_vanite.jpg' title='Philippe de Champaigne (1602-1674), Vanit&#233;' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L200xH148/champaigne_vanite_petit-2d957.jpg?1485185391' width='200' height='148' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-279 spip_doc_titre' style='width:200px;'&gt;&lt;strong&gt;Philippe de Champaigne (1602-1674), &lt;em&gt;Vanit&#233;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-279 spip_doc_descriptif' style='width:200px;'&gt;Le Mans, Mus&#233;e de Tess&#233;.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;On retrouve chez lui, en effet, le cr&#226;ne, figure embl&#233;matique de la mort, ainsi que le vase &#224; la tulipe et le sablier qui symbolisent la fuite du temps ou le d&#233;p&#233;rissement des biens terrestres. Mais ces objets ne sont pas repr&#233;sent&#233;s sur le mode du bric-&#224;-brac h&#233;t&#233;roclite et joyeux qu'affectionnent les peintres de vanit&#233;. Rien ici n'est propre &#224; all&#233;cher les sens et &#224; d&#233;tourner le spectateur de la m&#233;ditation sur la mort qui compose le sujet du po&#232;me : les trois objets, isol&#233;s, pos&#233;s sur une table d'autel, apparaissent sur un fond sombre qui souligne leur &#233;vidence terrible et l'in&#233;luctable destin de chaque &#234;tre humain. Dans cette image aust&#232;re et qui se donne d'embl&#233;e comme d'inspiration religieuse, l'homme se trouve confront&#233; &#224; la brutalit&#233; d'un &lt;i&gt;memento mori&lt;/i&gt; sans les adoucissements, les &#233;dulcorations ou les s&#233;ductions habituelles &#224; ce genre de peinture. Rien ne d&#233;tourne d'une contemplation qui confine &#224; la pri&#232;re : on ne saurait mieux souligner combien le peintre refuse toutes les all&#233;chantes s&#233;ductions du monde, qui ne sont qu'autant de &#171; divertissements &#187; qui ne servent qu'&#224; nous faire oublier notre vraie condition mortelle. Cette peinture au chromatisme sobre et d'o&#249; s'est retir&#233; tout charme pictural fonctionne comme une invitation &#224; faire l'exp&#233;rience totale du d&#233;pouillement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors m&#234;me que le dispositif iconographique est encore balbutiant, les po&#232;tes composent des pi&#232;ces qui sont comme la contrepartie exacte de semblables toiles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Mais si faut-il mourir ! et la vie orgueilleuse,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui brave de la mort, sentira ses fureurs ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les Soleils haleront ces journalieres fleurs,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et le temps crevera ceste ampoule venteuse.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce beau flambeau qui lance une flamme fumeuse,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sur le verd de la cire esteindra ses ardeurs ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'huile de ce Tableau ternira ses couleurs,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et ses flots se rompront &#224; la rive escumeuse.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'ay veu ces clairs esclairs passer devant mes yeux,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et le tonnerre encor qui gronde dans les Cieux.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ou d'une ou d'autre part esclatera l'orage.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'ay veu fondre la neige, et ces torrens tarir,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ces lyons rugissans, je les ay veus sans rage.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vivez, hommes, vivez, mais si faut-il mourir.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce po&#232;me de Sponde (1557-1595) ne se contente pas de d&#233;velopper une le&#231;on morale qui pourrait servir de commentaire &#224; la vanit&#233; de Renard de Saint-Andr&#233;, elle se pr&#233;sente explicitement, en vertu de la maxime horatienne &lt;i&gt;ut pictura poesis&lt;/i&gt;, comme une Vanit&#233; picturale, variation sur le th&#232;me de &#171; l'homo bulla &#187; (&#171; ampoule venteuse &#187;). On y retrouve en effet la splendeur et la gr&#226;ces des volupt&#233;s sensibles (fleurs, flambeaux, tableaux somptueusement color&#233;s) confront&#233;s &#224; l'in&#233;luctabilit&#233; du temps qui passe : la bougie consum&#233;e, le cours du soleil, la neige qui fond sont autant de preuves de la fuite du temps et de l'&#233;coulement universel, aussi le lecteur est-il invit&#233; &#224; vivre en pr&#233;parant sa mort. La mise en abyme du tableau invite n&#233;cessairement &#224; la mise en parall&#232;le de la po&#233;sie avec le genre des vanit&#233;s en peinture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guy du Faur, seigneur de Pibrac (1529-1584) a consacr&#233; &#224; la vanit&#233; une longue s&#233;rie de quatrains moraux amers consacr&#233;s &#224; la peinture de la vanit&#233; : Les &lt;i&gt;Quatrains du seigneur de Pybrac&lt;/i&gt;, dont la premi&#232;re &#233;dition, qui compte cinquante sonnets, date de 1574 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;poesis&gt;Tout passe, et tout s'en va, rien ferme ne demeure,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps qui fauche tout lui-m&#234;me se d&#233;truit,&lt;br class='autobr' /&gt;
La nuit chasse le jour, le jour chasse la nuit :&lt;br class='autobr' /&gt;
Les saisons, les saisons, et l'heure chasse l'heure [...]&lt;/poesie&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1642, au moment de conclure son recueil de dizains intitul&#233; &lt;i&gt;Stances sur diverses v&#233;rit&#233;s chr&#233;tiennes&lt;/i&gt;, c'est encore sur la vanit&#233; du monde que le po&#232;te et solitaire Arnauld d'Andilly choisit d'insister :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Comme l'&#233;mail pompeux de cette fleur superbe&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Que l'aurore au matin arrose de ses pleurs,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et que l'astre du jour peint de mille couleurs,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au soir languit et meurt dedans le sein de l'herbe ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Comme d'un cours rapide un torrent furieux&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;S'enfle, roule, s'enfuit, et ne laisse &#224; nos yeux&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Que les tristes effets de l'orgueil de son onde ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Comme un moment voit na&#238;tre et mourir un &#233;clair,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ainsi la vanit&#233; de la gloire du monde&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#201;clate, se fait craindre, et dispara&#238;t en l'air.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3.3.5.2. &lt;i&gt;Sic transit gloria mundi&lt;/i&gt; &lt;/h3&gt; &lt;dl class='spip_document_287 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/vincent_laurensz_de_vinne_1629_1702_vanite_couronne.jpg' title='Vincent Laurensz de Vinne (1629-1702), Vanit&#233; couronn&#233;e' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH204/vincent_laurensz_de_vinne_1629_1702_vanite_couronne_petit-d6c2f.jpg?1485185391' width='150' height='204' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-287 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Vincent Laurensz de Vinne (1629-1702), &lt;em&gt;Vanit&#233; couronn&#233;e&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;La &lt;i&gt;Vanit&#233; avec une couronne royale&lt;/i&gt;, de Vincent Laurensz van de Vinne (1629-1702), met au premier plan un portrait du d&#233;funt roi d'Angleterre, et fonde ainsi sa d&#233;monstration de la vanit&#233; du pouvoir sur l'actualit&#233; : le sort de Charles I&lt;em&gt;er&lt;/em&gt;, qui finit sa vie sur l'&#233;chafaud, en 1649, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; vaincu au cours d'une guerre civile, illustre en effet la cruaut&#233; de la Fortune et les revers qui guettent ceux l&#224; m&#234;me qu'elle semble favoriser le plus ; la colonne qu'on devine au fond de la composition ne retiendra pas la pyramide d'objets qui menacent de glisser, et qui sont autant d'attributs rappelant &#171; l'inutilit&#233; et la fin rapide des honneurs et des plaisirs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6-2' class='spip_note' rel='appendix' title='P. de Mirimonde, 1962, p. 183' id='nh6-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : le casques, les armes, le globe terrestre ici donn&#233; comme symbole d'ambition, le parchemin officiel descell&#233;, qui dicte le destin des hommes, les panaches dont aimaient &#224; s'affubler les Cavaliers royalistes, autant de signes d'un pouvoir nagu&#232;re tout-puissant et sur le point de s'&#233;vanouir : la devise &#171; denckt op tent &#187; (&#171; pense &#224; la mort &#187;), invite &#224; la fois &#224; m&#233;diter sur le sort du monarque, et sur la disparition qui attend chacun. L'&#233;motion cr&#233;&#233;e par la mort de Charles, si elle avait &#233;t&#233; ressentie vivement dans tout l'Europe, l'&#233;tait encore davantage en Hollande, o&#249; de nombreux partisans du roi avaient trouv&#233; refuge. Un tableau comme celui-ci illustre aussi l'antique locution chr&#233;tienne &#171; Sic transit gloria mundi &#187;, &#171; Ainsi passe la gloire du monde &#187;, que la g&#233;n&#233;ration baroque a inlassablement comment&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#233;l&#232;bre tableau de Franz Hals (1580/83-1666), qui montre un fringant aristocrate tenant un cr&#226;ne, laisse de m&#234;me entendre que l'insolence vigueur de sa jeunesse se terminera comme toute chose en ce bas monde.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_284 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/Frans_Hals_Youth_with_skull.jpg' title='Franz Hals, Jeune homme au cr&#226;ne' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH170/Frans_Hals_Youth_with_skull_petit-f5226.jpg?1485185391' width='150' height='170' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-284 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Franz Hals, &lt;em&gt;Jeune homme au cr&#226;ne&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-284 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Ce tableau est parfois improprement appel&#233; &lt;em&gt;Hamlet&lt;/em&gt;.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;S'il on a tort d'intituler cette toile Hamlet, il n'en est pas moins vrai qu'on a souvent rapproch&#233; cette peinture de la sc&#232;ne des fossoyeurs d'&lt;i&gt;Hamlet&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;UN FOSSOYEUR, chantant
Une pioche et une b&#234;che, une b&#234;che !
Et un linceul pour drap,
Puis, h&#233;las ! un trou &#224; faire dans la boue,
C'est tout ce qu'il faut pour un tel h&#244;te !
(Il fait sauter un autre cr&#226;ne.)
&lt;p&gt;HAMLET&lt;br class='autobr' /&gt;
En voici un autre ! Qui sait Si ce n'est pas le cr&#226;ne d'un homme de loi ? O&#249; sont donc maintenant ses distinctions, ses subtilit&#233;s, ses arguties, ses clauses, ses passe-droits ? Pourquoi souffre-t-il que ce grossier manant lui cogne la t&#234;te avec sa sale pelle, et ne lui intente-t-il pas une action pour voie de fait ? Humph ! ce gaillard-l&#224; pouvait &#234;tre en son temps un grand acqu&#233;reur de terres, avec ses hypoth&#232;ques, ses reconnaissances, ses amendes, ses doubles garanties, ses recouvrements. Est-ce donc pour lui l'amende de ses amendes et le recouvrement de ses recouvrements que d'avoir sa belle caboche pleine de belle boue ? Est-ce que toutes ses acquisitions, ses garanties, toutes doubles qu'elles sont, ne lui garantiront rien de plus qu'une place longue et large comme deux grimoires ? C'est &#224; peine si ses seuls titres de propri&#233;t&#233; tiendraient dans ce coffre ; faut-il que le propri&#233;taire lui-m&#234;me n'en ait pas davantage ? Ha !&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UN FOSSOYEUR Tenez ! voici un cr&#226;ne : ce cr&#226;ne-l&#224; a &#233;t&#233; en terre vingt-trois ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HAMLET A qui &#233;tait-il ? [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UN FOSSOYEUR Ce m&#234;me cr&#226;ne, monsieur, &#233;tait le cr&#226;ne de Yorick, le bouffon du roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HAMLET H&#233;las ! pauvre Yorick !... Je l'ai connu, Horatio ! C'&#233;tait un gar&#231;on d'une verve infinie, d'une fantaisie exquise ; il m'a port&#233; sur son dos mille fois. Et maintenant quelle horreur il cause &#224; mon imagination ! Le c&#339;ur m'en l&#232;ve. Ici pendaient ces l&#232;vres que j'ai bais&#233;es, je ne sais combien de fois. O&#249; sont vos plaisanteries maintenant ? vos escapades ? vos chansons ? et ces &#233;clairs de gaiet&#233; qui faisaient rugir la table de rires ? Quoi ! plus un mot &#224; pr&#233;sent pour vous moquer de votre propre grimace ? plus de l&#232;vres ?... Allez maintenant trouver madame dans sa chambre, et dites-lui qu'elle a beau se mettre un pouce de fard, il faudra qu'elle en vienne &#224; cette figure-l&#224; ! Faites-la bien rire avec &#231;a...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tous les crit&#232;res d&#233;finitoires de la vanit&#233; sont mentionn&#233;s dans ces tirades : l'homme de loi, entour&#233; de symboles de pouvoirs et de richesse, avare et v&#233;tilleux, s'abrite en vain derri&#232;re ses papiers et ses contrats : le financier comme le savetier sont livr&#233;s au au d&#233;nuement et &#224; mort qui nivelle tout ; dans la tombe, priv&#233; d'avoirs et de titres, il sera r&#233;duit &#224; l'&#233;tat &#171; d'anatomie s&#232;che &#187; ; quant au bouffon comique, qui se chargeait d'all&#233;ger le poids de l'existence et de faire oublier que les rois aussi sont mortels, son cr&#226;ne ne ricane plus que d'un rictus fun&#232;bre. C'est cette le&#231;on de la vanit&#233; des plaisirs qu'Hamlet souhaiterait porter &#224; sa m&#232;re, &#224; laquelle il reproche de s'abandonner, dans le lit de Claudius, &#224; des plaisirs d&#233;prav&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3.3.5.3. &#171; Curiosit&#233; n'est que vanit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Pascal, Pens&#233;es' id='nh6-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La nature morte aux livres, elle, met en garde contre un autre type de vanit&#233;, plus pernicieux car le danger qu'elle comporte est moins directement d&#233;celable : la vanit&#233; des sciences. L'app&#233;tit de savoir, la soif encyclop&#233;dique de tout conna&#238;tre, la boulimie de connaissances n'est que la fa&#231;ade acceptable du grand p&#233;ch&#233; de curiosit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_273 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/jan_davidsz_de_heem_1606_1684_vanite.jpg' title='Jan Davidsz de Heem (1606-1684), Vanit&#233;' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH111/jan_davidsz_de_heem_1606_1684_vanite_petit-8647f.jpg?1485185391' width='150' height='111' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-273 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Jan Davidsz de Heem (1606-1684), &lt;em&gt;Vanit&#233;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;&#192; quoi bon perdre son temps &#224; percer les myst&#232;res de la nature ? &#192; quoi bon se perdre dans les phrases creuses des livres savants ? Qu'importe de laisser &#224; la post&#233;rit&#233; les traces &#233;crites de ses observations ou de ses d&#233;couvertes oiseuses ? Toutes ces fausses sciences ne servent qu'&#224; enfler les pr&#233;tentions des intellectuels, et &#224; nourrir leur inutile orgueil. Leurs connaissances, aussi futiles qu'in&#233;puisables, ne leur seront d'aucune utilit&#233; le jour o&#249; la Faucheuse les emportera, r&#233;duisant en poudre leur creuse ambition de conna&#238;tre et leur soif inextinguible d'immortalit&#233;. Dan la &lt;i&gt;Vanit&#233;&lt;/i&gt; de Jan Davidsz de Heem (1606-1684), conserv&#233;e au mus&#233;e de Caen, un cr&#226;ne couronne, de fa&#231;on d&#233;risoire, un amas instable de livres ; la f&#233;brilit&#233; du lecteur avide de savoir et de gloire est rendue sensible par les manuscrits frip&#233;s, feuilles froiss&#233;es, les vieilles reliures ab&#238;m&#233;es : le temps n'&#233;pargne pas plus le papier que les hommes, et renverra bient&#244;t &#224; la cendre les inutiles &lt;i&gt;nota bene&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=18#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3.3.5.4. Vanit&#233; de la vanit&#233;&lt;/h3&gt; &lt;dl class='spip_document_312 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/Claesz_Anthony_private_Bouquet_flowers.jpg' title='Anthony Claesz, Bouquet de fleurs' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH190/Claesz_Anthony_private_Bouquet_flowers_petit-41a40.jpg?1485185391' width='150' height='190' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-312 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Anthony Claesz, &lt;em&gt;Bouquet de fleurs&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-312 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Huile sur bois. 104x80.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; p&#233;dagogique de rendre sensibles, pour mieux les d&#233;noncer, les ivresses de chair ou les attraits du savoir conduisent aboutissent parfois &#224; de troublantes contradictions : la dimension didactique r&#233;siste-t-elle au plaisir de peintre, et &#224; la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;senter les condamnables agr&#233;ments terrestres comme attrayants ? L'artiste, trop habile, ou peignant les d&#233;lices du monde avec trop de complaisance, ne risque-t-il pas de perdre de vue le didactisme au profit de la pure &#233;vocation de plaisirs condamnables ? De telles ambigu&#239;t&#233;s sont consubstantielles au genre de la vanit&#233;, et &#233;clatent tout particuli&#232;rement dans ce bouquet de fleurs d'Anthony Claesz (1592-1635) ; le sens symbolique est ici &#233;vident : les tulipes tr&#232;s co&#251;teuses, faisaient l'objet de sp&#233;culation et d'une passion collectionneuse pendant tout le premier tiers du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;. Produites par des techniques d'hybridation tr&#232;s modernes qui leur conf&#232;rent ces couleurs et ces formes diverses, ellles sont des symboles de la vanit&#233;, de la d&#233;pense inutile et des charmes aussi pr&#233;cieux qu'&#233;ph&#233;m&#232;res ; les coquillages aux formes &#233;tranges renvoient aussi &#224; la futilit&#233; orgueilleuse des collectionneurs, avides de r&#233;unir dans leur cabinet des cr&#233;atures aussi inattendues qu'inutiles. Mais ici, le message tend &#224; dispara&#238;tre, et la toile &#224; acqu&#233;rir une autonomie ind&#233;pendante de la signification morale ou religieuse : la perfection mim&#233;tique, l'attention naturaliste au d&#233;tail se suffisent &#224; eux-m&#234;mes ; le contenu m&#233;taphysique dispara&#238;t au profit de la fid&#233;lit&#233; virtuose de l'artiste. &lt;i&gt;Vanitas vanitatum&lt;/i&gt; : tout est vanit&#233;, jusqu'&#224; la vanit&#233; elle-m&#234;me. Tel est le paradoxe bien mis en &#233;vidence par Karine Lanini : la qualit&#233; esth&#233;tique, en elle-m&#234;me futile, est contradictoire avec l'universalit&#233; du message selon lequel rien n'&#233;chappe au n&#233;ant, mais elle est utile pour la transmission de ce message, car il faut bien que le spectateur s'arr&#234;te &#224; regarder le tableau ou &#224; lire le texte pour nourrir sa m&#233;ditation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb6-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6-1' class='spip_note' title='Notes 6-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Tapi&#233;, op. cit., p. 304&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6-2' class='spip_note' title='Notes 6-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. de Mirimonde, 1962, p. 183&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6-3' class='spip_note' title='Notes 6-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pascal, &lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>