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	<title>Mani&#233;risme et baroque</title>
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		<title>Mani&#233;risme et baroque</title>
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		<title>3.2.3. Circ&#233;</title>
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		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Peintre, artistes et po&#232;tes, sensibles au changement et aux divers effets du passage du temps, ne pouvaient rester insensibles &#224; cette forme particuli&#232;re de transformation qu'est la m&#233;tamorphose. C'est la raison pour laquelle Rousset a fait de Circ&#233; un embl&#232;me du baroque : la magicienne de l'Odyss&#233;e qui changeait ses visiteurs en pourceaux. Au-del&#224; de cette figure de l'enchanteresse, on comprend le succ&#232;s rencontr&#233; &#224; cette &#233;poque par les M&#233;tamorphoses, recueil po&#233;tique compos&#233; par Ovide au d&#233;but du (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-2-Chatoiement-du-verbe-" rel="directory"&gt;3.2. Chatoiement du verbe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Peintre, artistes et po&#232;tes, sensibles au changement et aux divers effets du passage du temps, ne pouvaient rester insensibles &#224; cette forme particuli&#232;re de transformation qu'est la m&#233;tamorphose. C'est la raison pour laquelle Rousset a fait de Circ&#233; un embl&#232;me du baroque : la magicienne de l'Odyss&#233;e qui changeait ses visiteurs en pourceaux. Au-del&#224; de cette figure de l'enchanteresse, on comprend le succ&#232;s rencontr&#233; &#224; cette &#233;poque par les &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, recueil po&#233;tique compos&#233; par Ovide au d&#233;but du premier si&#232;cle, et qui relataient toutes sortes d'alt&#233;rations de formes transmises dans les l&#233;gendes de la mythologie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Daphn&#233; et Sylvie : la m&#233;tamorphose v&#233;g&#233;tale du Bernin &#224; Saint-Amant&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ovide consacre une quinzaine de vers des &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt; (livre I, vers 452-567) &#224; l l'histoire de Daphn&#233; et Apollon : poursuivie par les assiduit&#233;s du dieu, la jeune nymphe, qui avait fait v&#339;u de virginit&#233;, implore son p&#232;re, le dieu du fleuve. Celui-ci, pour complaire &#224; sa demande, la transforme en laurier.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;La pri&#232;re &#224; peine finie, une lourde torpeur saisit ses membres,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;sa poitrine d&#233;licate s'entoure d'une &#233;corce t&#233;nue,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;ses cheveux poussent en feuillage, ses bras en branches,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;des racines immobiles collent au sol son pied, nagu&#232;re si agile,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;une cime d'arbre lui sert de t&#234;te ; ne subsiste que son seul &#233;clat.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ph&#233;bus l'aime toujours et, lorsqu'il pose la main sur son tronc,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;il sent encore battre un c&#339;ur sous une nouvelle &#233;corce ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;serrant dans ses bras les branches, comme des membres,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;il couvre le bois de baisers ; mais le bois refuse les baisers.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le dieu lui dit : &#171; Eh bien, puisque tu ne peux &#234;tre mon &#233;pouse,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;au moins tu seras mon arbre ; toujours, tu serviras d'ornement,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#244; laurier, &#224; mes cheveux, &#224; mes cithares, &#224; mes carquois.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;(Ovide, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, I, v. 548-559)&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La galerie Borgh&#232;se conserve encore la statue sculpt&#233;e par le Bernin pour repr&#233;senter cette sc&#232;ne (1622-1625). Elle appartient &#224; un groupe de quatre statues command&#233;es par le cardinal Scipione Caffarelli-Borghese, et occupe toujours aujourd'hui le palais pour lequel elle fut cr&#233;&#233;e. En marbre, haute de 243 cm, elle s'impose &#224; la vue du spectateur, d&#232;s qu'il p&#233;n&#232;tre dans la pi&#232;ce o&#249; elle est conserv&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Le Bernin entreprend de repr&#233;senter ce passage fameux en recourant &#224; la sculpture, il opte pour le choix le plus difficile et manifeste ainsi sa virtuosit&#233;. Il parvient en effet &#224; imprimer &#224; sa composition une dynamique qui proc&#232;de en particulier de la construction en h&#233;lice, typiquement &#171; baroque &#187;, qu'il impose &#224; son &#339;uvre. Le mouvement est &#233;galement sugg&#233;r&#233; par les plis des v&#234;tements et les chevelures ; celle de Daphn&#233; attirait tout particuli&#232;rement Apollon d'apr&#232;s le texte d'Ovide, et on voit encore leurs ondulations voler dans le vent de la fuite. Le Bernin r&#233;ussit un vrai tour de force en donnant &#224; la pierre l'illusion de la fluidit&#233; : la sculpture est toute de courbes sinueuses, qui se retrouvent jusque dans les boucles du dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste joue pleinement des trois dimensions de la sculpture, art qui, pour cette raison, revendiquait sa sup&#233;riorit&#233; sur la peinture r&#233;duite &#224; une surface plane : le spectateur est invit&#233; lui-m&#234;me &#224; se mettre en mouvement pour percevoir l'&#339;uvre sous ses diff&#233;rents aspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne est fortement dramatis&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; l'artiste repr&#233;sente le moment exact o&#249; le dieu solaire rattrape la nymphe &#233;perdue. A la dynamique de la poursuite s'ajoute ainsi le mouvement de la m&#233;tamorphose.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'ensemble de la composition est sous le signe de l'instabilit&#233; : le contrapposto accus&#233; place le dieu en situation de d&#233;s&#233;quilibre, tandis que la jeune femme court de plus belle en cherchant &#224; &#233;chapper &#224; son emprise.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Mais cette sc&#232;ne si dynamique est d'autant plus saisissante que Le Bernin choisit l'instant pr&#233;cis de la m&#233;tamorphose, celui o&#249; Daphn&#233; va s'immobiliser pour l'&#233;ternit&#233;, se figer dans son &#233;lan qui s'inscrit aussi dans la fixit&#233; d'une p&#233;trification. Immobilis&#233;e en pleine foul&#233;e par l'artiste, elle est repr&#233;sent&#233;e &#224; la seconde exacte o&#249; elle se change en arbre : ses orteils deviennent des racines, ses jambes, jusqu'au haut des cuisses, se couvrent d'&#233;corce, tandis que sa chevelure si finement cisel&#233;e, comme le bout de ses doigts, se mue en rameaux et en feuilles.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le baroque est un art de la surprise : celle-ci est mise en sc&#232;ne dans l'&#339;uvre elle-m&#234;me, ainsi qu'on le lit dans le regard stup&#233;fait d'Apollon. L'&#233;tonnement proc&#232;de aussi du contraste entre la gr&#226;ce, la l&#233;g&#232;ret&#233; et la finesse de la jeune femme, qu'on croirait sur le point de s'&#233;lancer et de s'envoler, et la grossi&#232;ret&#233; brute du mat&#233;riau, plus min&#233;ral que v&#233;g&#233;tal, dans lequel elle est sur le point de se changer.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Telle est la sculpture con&#231;ue et taill&#233;e par un jeune prodige de vingt-quatre ans, et dans laquelle on ne tarderait pas &#224; voir &#171; le miracle de la sculpture moderne &#187; (Fran&#231;ois Raguenet, 1660-1722).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en &#224; la po&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc-Antoine Girard, sieur de Saint-Amant, naquit &#224; Quevilly, pr&#232;s de Rouen, en septembre 1594, et mourut &#224; Paris en d&#233;cembre 1661. Po&#232;te, auteur de caprices, de vers lyriques, satiriques, burlesque ou encore religieux, il aimait &#224; peindre la solitude, la pluie ou encore la bonne ch&#232;re, comme le melon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il cultivait un personnage de d&#233;bauch&#233; qu'il ne fut sans doute pas vraiment. Il a fait partie de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise d&#232;s sa naissance, en 1634. Courtisan, soldat, diplomate, il fut grand voyageur : guerres et missions diverses l'entra&#238;n&#232;rent en Italie, en Angleterre, ou encore en Pologne. Il &#233;tait &#224; Paris lorsque la Fronde &#233;clata. Mais il resta toujours attach&#233; &#224; Rouen, o&#249; il se retira &#224; la fin de sa vie. Il ne surv&#233;cut point &#224; l'av&#232;nement d'un go&#251;t classique, et fut &#224; la fin du si&#232;cle l'une des t&#234;tes de Turc de Boileau. Il tomba ensuite dans l'oubli jusqu'&#224; ce que Th&#233;ophile Gautier lui consacre un chapitre dans &lt;i&gt;Les Grotesques&lt;/i&gt; en 1844. La vogue de la litt&#233;rature baroque le r&#233;habilita pleinement depuis le milieu du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Un ouvrage important lui a &#233;t&#233; consacr&#233; en 2002 par Guillaume Peureux : &lt;i&gt;Le Rendez-vous des enfans sans soucy : la po&#233;tique de Saint-Amant&lt;/i&gt;, Paris, Champion, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;M&#233;tamorphose de Lyrian et de Sylvie&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233;e par Saint-Amant &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque que la sculpture du Bernin (1629). Le po&#232;me raconte l'histoire de Lyrian, amoureux de Sylvie. Celle-ci s'obstine &#224; le repousser, si bien qu'Apollon et Pan d&#233;cident de venger les maux du malheureux amant, et infligent une double m&#233;tamorphose aux malheureux :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;L'effet suit la menace, on la voit transform&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Cette ingrate beaut&#233;, si vainement aim&#233;e :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Chacun de ses cheveux se h&#233;risse en rameau,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et de superbe nymphe, elle devient ormeau .&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et son corps s'attachant &#224; l'arbre qu'il contemple&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Se change en mille bras tournoyants &#224; l'entour,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Donc il acquit le nom de symbole d'amour :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Bref ce fid&#232;le amant n'est plus qu'un beau lierre,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui sur la tige aim&#233;e, en s'&#233;levant de terre,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Cherche en sa passion qu'il t&#226;che d'apaiser,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La place o&#249; fut la bouche afin de la baiser.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Chaque feuille est un c&#339;ur qui montre en sa verdure&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Comme il l'avait requis, que son amiti&#233; dure ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La preuve s'en confirme en ses embrassements,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et tout se perd en lui hormis les sentiments :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Car on dirait &#224; voir ses branches enlac&#233;es&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Que se ressouvenant de ses peines pass&#233;es&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et voulant conserver son bien pr&#233;sent aussi,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De peur qu'il ne s'&#233;chappe, il l'environne aussi.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;(Marc-Antoine Girard de Saint-Amant, 1594-1661. Po&#232;me publi&#233; en 1629 dans les &lt;i&gt;&#338;uvres du sieur de Saint-Amant&lt;/i&gt;, Paris, Fran&#231;ois Pomeray et Thomas Quinet).&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; baroquisme &#187; de Saint-Amant, tel que Rousset a cherch&#233; &#224; le d&#233;finir en litt&#233;rature, &#233;clate tout particuli&#232;rement dans cette pi&#232;ce en vers. Il est peu probable que le po&#232;te fran&#231;ais ait pu conna&#238;tre l'oeuvre de l'artiste italien, pour des questions de chronologie (son d&#233;part pour Rome date de 1633).&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;Malgr&#233; tout, c'est bien une inspiration commune qui unit la sculpture et le po&#232;me, tous deux issus du m&#234;me passage des &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt; d'Ovide &#8212; Saint-Amant renvoie par une p&#233;riphrase &#224; &#171; Celui qui pour Daphn&#233; se vit en m&#234;me peine &#187; que Lyrian.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Saint-Amant aussi nous donne &#224; voir l'instant exact de la transformation, ainsi que l'atteste l'usage du pr&#233;sent et du verbe devenir. Le v&#233;g&#233;tal lui-m&#234;me para&#238;t dou&#233; de mobilit&#233; et de rapidit&#233; : nous voyons ainsi le lierre &#171; s'&#233;lever &#187; vivement de terre.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; On retrouve la m&#234;me opposition entre la beaut&#233; majestueuse et hautaine de la nymphe et le v&#233;g&#233;tal insipide d&#233;pourvu de qualificatif (&#171; superbe nymphe &#187; / &#171; ormeau &#187;).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; On y lit aussi la structure tournoyante, sinon ici h&#233;lico&#239;dale, qu'on admirait dans la statue berninesque : le lierre tournoie, embrasse, enlace. Le po&#232;me comme la sculpture sont marqu&#233;s par les courbes et les sinuosit&#233;s, les m&#233;andres, les volutes et les spirales. Plus exactement, cette composition est elle-m&#234;me soumise au go&#251;t baroque du contraste entre la &#171; tige &#187; rectiligne de l'orme et le tournoiement du lierre.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le po&#232;me trahit aussi un go&#251;t pour la m&#233;taphore, figure par excellence de la m&#233;tamorphose, mais aussi du masque et de l'analogie ch&#232;re &#224; la pens&#233;e ancienne : la forme du lierre, qui ressemble &#224; un c&#339;ur, r&#233;v&#232;le la fid&#233;lit&#233; amoureuse de Lyrian, selon les principes d'une pens&#233;e post-renaissante qui persiste &#224; chercher des significations dans les similitudes. L'apparence du lierre r&#233;v&#232;le ici la v&#233;rit&#233; des sentiments.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le baroque aime les figures &#233;tonnantes, irr&#233;guli&#232;res, et dont la monstruosit&#233; parfois ne contredit pas la beaut&#233; : c'est bien en (beaux ?) monstres que se convertissent les amants au cours de leurs transformations, comme le montre le verbe &#171; h&#233;risse &#187; ; quant &#224; Lyrian, il devient au cours de son changement de forme un monstre h&#233;catonchire, &#171; aux mille bras &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;D'un baroquisme &#224; l'autre, la le&#231;on est diff&#233;rente, non en raison de la sp&#233;cificit&#233; de chaque art, mais plut&#244;t en raison de l'intention qui y pr&#233;side et de la la le&#231;on qui s'en d&#233;gage. Le po&#232;me de Saint-Amant se donne pour but, en narrant cette fable, d'inciter sa ma&#238;tresse &#224; c&#233;der &#224; ses avances pour lui &#233;viter d'encourir le m&#234;me ch&#226;timent qu'&#224; sa devanci&#232;re. Contrairement &#224; Daphn&#233;, Sylvie n'est pas sauv&#233;e des poursuites de son soupirant qui l'immobilise et l'emprisonne &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;. Bien au contraire, la m&#233;tamorphose permet &#224; la passion de Lyrian de s'assouvir pour l'&#233;ternit&#233; : la belle et son amoureux, bien que transform&#233;s en apparence, conservent leurs sens et leurs &#171; sentiments &#187; ; Sylvie est contrainte de se laisser &#171; enlacer &#187; et &#171; embrasser &#187; &#8212; poss&#233;der pour toujours : tels sont la peine et le ch&#226;timent de ses froideurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>3.2.1. D'un baroque litt&#233;raire ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



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&lt;p&gt;Dans son emploi savant, le baroque, est ainsi une notion d'abord artistique. Utilis&#233; de longue date par les sp&#233;cialistes des arts plastiques, ce concept de l'histoire de l'art &#233;tait &#224; peu pr&#232;s ignor&#233; par les litt&#233;raires jusqu'&#224; ce que quelques savants, dans les ann&#233;es 1930-1940, n'aient l'id&#233;e de l'appliquer aux oeuvres de la fin du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et du d&#233;but du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Jean Rousset, en 1953, syst&#233;matisera cette tentative dans son ma&#238;tre-ouvrage sur le sujet : Circ&#233; et le paon. La litt&#233;rature de l'&#226;ge baroque en (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-2-Chatoiement-du-verbe-" rel="directory"&gt;3.2. Chatoiement du verbe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans son emploi savant, le baroque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='comme le mani&#233;risme avec lequel il a partie li&#233;e, et malgr&#233; le silence de Jean (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est ainsi une notion d'abord artistique. Utilis&#233; de longue date par les sp&#233;cialistes des arts plastiques, ce concept de l'histoire de l'art &#233;tait &#224; peu pr&#232;s ignor&#233; par les litt&#233;raires jusqu'&#224; ce que quelques savants, dans les ann&#233;es 1930-1940, n'aient l'id&#233;e de l'appliquer aux oeuvres de la fin du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et du d&#233;but du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Jean Rousset, en 1953, syst&#233;matisera cette tentative dans son ma&#238;tre-ouvrage sur le sujet : Circ&#233; et le paon. La litt&#233;rature de l'&#226;ge baroque en France}&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nul doute que l'ouvrage de Jean Rousset intitul&#233; &lt;i&gt;Circ&#233; et le paon. La litt&#233;rature de l'&#226;ge baroque en France&lt;/i&gt;, paru en 1953, ne fut un &#171; livre d&#233;cisif &#187;, pour reprendre l'expression utilis&#233;e par Pierre Charpentrat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Le Mirage baroque, Editions de minuit, 1967' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne fut pourtant pas tout &#224; fait le premier &#224; tenter cette transposition, ou du moins cette application du terme &#171; baroque &#187; &#224; la litt&#233;rature. Un num&#233;ro entier de la &lt;i&gt;Revue des Sciences humaines &lt;/i&gt; avait en effet &#233;t&#233; consacr&#233; &#224; cette notion d&#232;s 1949&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='L'importance de ce num&#233;ro pour la d&#233;finition et l'usage de la cat&#233;gorie de (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Y figurait un floril&#232;ge de pi&#232;ces po&#233;tiques d&#233;sign&#233;es comme &#171; baroques &#187; r&#233;uni par Albert-Marie Schmidt, qui publiera quelques ann&#233;es plus tard (en 1959) une anthologie plus cons&#233;quente. Le baroque po&#233;tique succ&#232;de, explique-t-il, au &#171; classicisme ronsardien &#187;, comme le baroque picturale et artistique succ&#232;de au classicisme de la Renaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce m&#234;me num&#233;ro, Raymond Leb&#232;gue (1895-1984), consacre un article &#224; un po&#232;me de Malherbe intitul&#233; &#171; Larmes de Saint-Pierre &#187;, et d&#233;sign&#233; d&#232;s le titre comme &#171; po&#232;me baroque &#187;. Il avait d&#232;s 1937 fugitivement qualifi&#233; de &#171; baroques &#187; les trag&#233;dies fran&#231;aises du premier XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et consacr&#233; une &#233;tude au th&#233;&#226;tre baroque en France en 1942. Le baroque lui paraissait pouvoir fournir un outil &#233;pist&#233;mologique propre &#224; red&#233;couvrir toute une production th&#233;&#226;trale oubli&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Il y a beaucoup d'&#339;uvres auxquelles l'&#233;tiquette classique ne convient nullement ; actuellement elles sont moins c&#233;l&#232;bres que celles-l&#224;, mais il est tout &#224; fait inexact et injuste d'appeler leurs auteurs des dissidents, des attard&#233;s, des &#233;gar&#233;s et je me demande pourquoi nous ne leur donnons pas le nom de roman baroque, de po&#233;sie baroque, de th&#233;&#226;tre baroque.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il d&#233;finir cette notion de baroque litt&#233;rature, t&#226;che &#224; laquelle s'emploie Raymond Leb&#232;gue dans cet essai :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Est baroque le go&#251;t de la libert&#233; en litt&#233;rature : le d&#233;dain des r&#232;gles, de la mesure, des biens&#233;ances, de la s&#233;paration des genres. Est baroque ce qui est irrationnel : les jeux intellectuels d'o&#249; sont absentes la logique et la raison, le go&#251;t des charmes de la nature, celui du myst&#232;re et du surnaturel, et enfin l'&#233;lan &#233;motif et passionnel. Il existe une liaison entre ces diff&#233;rents caract&#232;res ; ils se sont d&#233;velopp&#233;s dans notre th&#233;&#226;tre &#224; la m&#234;me &#233;poque, qui est la fin du xvie si&#232;cle ; ils disparaissent apr&#232;s 1635-1640.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; De la Renaissance au classicisme : le th&#233;&#226;tre baroque en France &#187;, in (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le baroque appara&#238;t ainsi d&#233;fini, et born&#233; chronologiquement, appara&#238;t propre &#224; pouvoir remplacer le concept fort pauvre de &#171; pr&#233;classique &#187; : &#171; notre litt&#233;rature &#8216;pr&#233;classique' &#187; contient selon lui &#171; de nombreux &#233;l&#233;ments baroques &#187;. Ses caract&#233;ristiques sont la puissance des affects, la d&#233;mission de la raison, un sentiment de la nature et un sens pour ainsi dire du fantastique ou du moins du merveilleux. Le caract&#232;re anti-classique est fermement explicit&#233;, &#224; travers l'hostilit&#233; aux r&#232;gles et aux biens&#233;ances pr&#234;t&#233;e aux auteurs baroques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans ce volume de la RSH de 1949, on trouve un article de litt&#233;rature compar&#233;e sign&#233; par Alan Boase, qui compare les &#171; po&#232;tes anglais et fran&#231;ais de l'&#233;poque baroque &#187;. Boase, sp&#233;cialiste de Jean de Sponde qu'il a red&#233;couvert &#224; partir de 1930, le consid&#232;re comme repr&#233;sentatif du &#171; baroque litt&#233;raire &#187;, ainsi qu'il s'en explique dans une &#171; Etude sur les po&#233;sies de Jean de Sponde &#187; parue en 1939 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Modernisme ou irr&#233;gularit&#233;, concettisme ornemental, cr&#233;ation d'un sentiment d'&#233;tonnement ou d'admiration, ces trois traits, d&#232;s qu'on les retrouve ensemble, ne suffisent-ils pas &#224; caract&#233;riser le baroque litt&#233;raire ?&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Loin de s'enfermer dans une approche formaliste, Boase consid&#232;re comme avant lui Benedetto Croce (mais avec un oeil plus favorable) que le baroque est le caract&#232;re d'une &#233;poque, d'une &#171; conception historique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Le baroque est sans doute une id&#233;e de style. [&#8230;] Mais il est &#233;galement, selon une acception plus limit&#233;e et par l&#224; plus utile, une conception historique, reli&#233;e &#224; quelques grands &#233;v&#233;nements de l'histoire europ&#233;enne comme, par exemple, la Contre-r&#233;forme et la constitution des absolutismes royaux ou princiers avec leur vie de cour et toute l'organisation sociale et artistique qu'ils ont entra&#238;n&#233;e. Notion d&#233;sormais aussi indispensable (me semble-t-il) &#224; l'historien des lettres qu'elle l'est devenue &#224; l'historien des arts. [...] On doit sans doute consid&#233;rer Donne et ses disciples comme des po&#232;tes baroques &#8211; c'est &#224; dire po&#232;tes de l'&#233;poque baroque.[...]&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Antoine Adam propose, pour terminer le volume de la RSH, un article sur &#171; baroque et pr&#233;ciosit&#233; &#187; o&#249; il insiste sur la n&#233;cessit&#233; de ne pas r&#233;duire le baroquisme &#224; l'usage mi&#232;vre et aff&#233;t&#233; de la langue chez les Pr&#233;cieuses. Il avait d&#233;j&#224; employ&#233; le terme de &#171; baroque &#187; dans sa th&#232;se de 1935, en particulier &#224; propos de Malherbe, dont il soulignait la modernit&#233;, alors qu'il &#233;tait plut&#244;t tenu jusque l&#224; comme le p&#232;re du classicisme (&#171; Enfin Malherbe vint &#187;, s'&#233;criera Boileau en 1674 dans l'&lt;i&gt;Art po&#233;tique&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans le m&#234;me num&#233;ro de la &lt;i&gt;Revue des Sciences humaines&lt;/i&gt;, Marcel Raymond (1897-1981), professeur &#224; Gen&#232;ve, consid&#232;re aussi la question du baroque litt&#233;raire, pour noter avec regret que &#171; la France a manqu&#233; le temps du grand art du baroque. Alors qu'il triomphait ailleurs, il n'a pu s'y r&#233;aliser pleinement. &#187; Il rattache Agrippa d'Aubign&#233; &#224; ce courant, dans une &#233;tude parue en 1942 dans une collection intitul&#233;e &lt;i&gt;G&#233;nies de la France&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;En revanche, la forme de cette po&#233;sie, et tout ce qu'elle enferme en elle, s'&#233;claire par l'id&#233;e du baroque qui grandit &#233;trangement, depuis vingt ou trente ann&#233;es, dans la pens&#233;e des historiens de l'art et des esth&#233;ticiens.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;finit, d&#232;s cette date, l'esth&#233;tique baroque comme une po&#233;tique de l'exc&#232;s, de l'instabilit&#233;, et de &#171; l'ins&#233;curit&#233; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Po&#233;sie tourment&#233;e, path&#233;tique, avec des surcharges, des &#233;lans interrompus par de vers graves, d'une pens&#233;e m&#251;rie, d'une noblesse toute espagnole. Po&#233;sie tragique nourrie d'angoisse ou d'extase. L'imagination chauff&#233;e &#224; blanc prolonge l'instabilit&#233; naturelle au po&#232;te et engendre, par la vertu des contrastes et des pointes, une continuelle d&#233;mesure. (p. 78)&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il poursuivra dans cette voie d'une possible transposition &#224; la litt&#233;rature de la cat&#233;gorie artistique, en particulier dans un essai intitul&#233; &#171; Du baroquisme en litt&#233;rature en France aux XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles &#187; : il y proposera un &#171; transfert &#187; de la notion des arts plastiques aux arts de l'&#233;crit. Ces formes d'art se rejoignent sous le r&#233;gime d'une semblable expressivit&#233;, manifest&#233;e en litt&#233;rature par le recours &#224; une rh&#233;torique voyante, faite d'hyperboles, d'antith&#232;ses, de m&#233;taphores, d'ellipses ou de p&#233;riphrases. Ces premiers r&#233;sultats lui paraissaient propres &#224; poursuivre les recherches :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;J'ai essay&#233; de passer de l'esth&#233;tique des beaux-arts &#224; celle de la litt&#233;rature et de sugg&#233;rer des r&#233;sultats auxquels pouvait conduire l'&#233;tude des formes du baroque. Mais cette esquisse est absolument insuffisante.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est Jean Rousset qui donnera suite &#224; cette proposition et s'engagera dans la voie d'une confrontation syst&#233;matique des arts plastiques et de la litt&#233;rature, envisag&#233;s sous l'angle d'un m&#234;me baroquisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, avant m&#234;me qu'il ait pris la plume, la plupart des grands questionnements que posera l'utilisation de &#171; l'&#233;tiquette &#187; baroque ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pos&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; recourir &#224; la cat&#233;gorie de baroque, construite en Allemagne, permet de d&#233;cloisonner la litt&#233;rature fran&#231;aise en l'int&#233;grant &#224; un massif europ&#233;en. Contrairement au &#171; classicisme &#187; si &#233;troitement national, le baroque est une notion r&#233;pandue &#224; travers tout le vieux monde et une partie du Nouveau.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le baroque correspond-il &#224; un moment d&#233;termin&#233; de l'histoire, ou est-il une postulation &#233;ternelle de l'esprit humain ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; la transposition d'une cat&#233;gorie picturale &#224; une cat&#233;gorie litt&#233;raire ne se r&#233;duit-elle pas &#224; des analogies pauvres ou des m&#233;taphores risqu&#233;es ? Selon quelle aune, quelle commune mesure, une technique plastique ou picturale peut-elle correspondre &#224; une technique litt&#233;raire ? Ces parall&#232;les hasardeux ne risquent-ils pas d'appauvrir l'analyse formelle plut&#244;t que de l'enrichir, en la r&#233;duisant &#224; un trop petit d&#233;nominateur commun (le mouvement, la fluidit&#233;, l'illusion, etc.) ? N'en restera-t-on pas &#224; des analogies faciles &#224; tr&#232;s faible pouvoir heuristique, inutile au fond &#224; la compr&#233;hension des oeuvres ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; faut-il penser, et comment le faire, un &#171; esprit du temps &#187; qui expliquerait qu'une m&#234;me &#171; vision du monde &#187; traverse les diff&#233;rents types de production artistique et litt&#233;raire &#224; une &#233;poque donn&#233;e ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces questions avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pos&#233;es et trait&#233;es lorsque survint le &#171; ma&#238;tre pilote en Baroquie &#187;, comme l'appela son coll&#232;gue Marcel Raymond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; &#224; Gen&#232;ve en 1910, Jean Rousset &#233;tudie les lettres sous la direction d'Albert Thibaudet puis de Marcel Raymond. Il devient bient&#244;t professeur &#224; l'universit&#233; de G&#233;n&#232;ve. L'ouvrage &lt;i&gt;Circ&#233; et le paon&lt;/i&gt; est issu de sa th&#232;se de doctorat ; ce livre connut d'embl&#233;e une immense fortune. Nous verrons en d&#233;tail dans les pages suivantes les quatre crit&#232;res (inconstance, mobilit&#233;, changement, pr&#233;dominance du d&#233;cor) qui permettent &#224; Rousset de proposer la transposition d'une cat&#233;gorie plastique au domaine, a priori h&#233;t&#233;rog&#232;ne, de la litt&#233;rature. Cette th&#232;se sera compl&#233;t&#233;e en 1961 par un floril&#232;ge des po&#232;mes baroques organis&#233; de fa&#231;on th&#233;matique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='appendix' title='Jean Rousset, Anthologie de la po&#233;sie baroque fran&#231;aise, Paris, Armand Colin, (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en 1968 par un recueil d'essais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='appendix' title='L'Int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur : essais sur la po&#233;sie et le th&#233;&#226;tre au XVIIe si&#232;cle, (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;comme le mani&#233;risme avec lequel il a partie li&#233;e, et malgr&#233; le silence de Jean Rousset sur cette cat&#233;gorie&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Mirage baroque&lt;/i&gt;, Editions de minuit, 1967&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'importance de ce num&#233;ro pour la d&#233;finition et l'usage de la cat&#233;gorie de baroque en litt&#233;rature a &#233;t&#233; mise en &#233;vidence par Guy Catusse dans &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/dossiersgrihl/5060&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;cet article publi&#233; par le Grihl&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; De la Renaissance au classicisme : le th&#233;&#226;tre baroque en France &#187;, in &lt;i&gt;Biblioth&#232;que d'Humanisme et Renaissance&lt;/i&gt;, t. 2, 1942, p. 161-184&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jean Rousset, &lt;i&gt;Anthologie de la po&#233;sie baroque fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Paris, Armand Colin, 1961, 2 tomes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur : essais sur la po&#233;sie et le th&#233;&#226;tre au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt;, Paris, Jos&#233; Corti, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>3.2.5. Para&#238;tre, parure, parade</title>
		<link>http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-2-3-Paraitre-parure-parade</link>
		<guid isPermaLink="true">http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-2-3-Paraitre-parure-parade</guid>
		<dc:date>2009-11-12T12:02:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'homme baroque est labile, fuyant, incertain d'exister dans un monde lui-m&#234;me devenu inconsistant et incompr&#233;hensible. Dans cet univers flottant, en perp&#233;tuel m&#233;tamorphose, soumis &#224; un devenir que n'arr&#234;te aucune fixit&#233;, l'homme n'est lui-m&#234;me pas autre chose que la succession de ses diverses apparences. Faute d'&#234;tre s&#251;r de poss&#233;der une existence en-dehors de ce qu'il donne &#224; voir, l'individu du premier XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle cultivera le para&#238;tre jusqu'&#224; l'ostentation : la permanence du masque dissimule sous sa fixit&#233; (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-2-Chatoiement-du-verbe-" rel="directory"&gt;3.2. Chatoiement du verbe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'homme baroque est labile, fuyant, incertain d'exister dans un monde lui-m&#234;me devenu inconsistant et incompr&#233;hensible. Dans cet univers flottant, en perp&#233;tuel m&#233;tamorphose, soumis &#224; un devenir que n'arr&#234;te aucune fixit&#233;, l'homme n'est lui-m&#234;me pas autre chose que la succession de ses diverses apparences. Faute d'&#234;tre s&#251;r de poss&#233;der une existence en-dehors de ce qu'il donne &#224; voir, l'individu du premier XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle cultivera le para&#238;tre jusqu'&#224; l'ostentation : la permanence du masque dissimule sous sa fixit&#233; factice la mobilit&#233; &#224; l'infinie du visage. Aussi l'&#233;poque est-elle celle des v&#234;tements luxueux, des d&#233;penses somptuaires, de la grande vie et des f&#234;tes. L'homme baroque, c'est le po&#232;te aristocrate John Suckling qui, en 1639, dans l'Angleterre de Charles I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; habille ses troupes d'uniformes &#233;carlates et de chapeaux &#224; plume ; c'est aussi le h&#233;ros corn&#233;lien, soucieux de sa &#171; gloire &#187;, c'est-&#224;-dire de l'image id&#233;alis&#233;e qu'il veut renvoyer aux autres et &#224; lui-m&#234;me. C'est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Rousset a choisi l'embl&#232;me du paon pour illustrer cette attitude ostentatoire dont il fait un trait baroque par excellence : l'apparat, l'&#233;clat, le c&#233;r&#233;monial et le faste seront d'autant plus valoris&#233;s qu'ils servent &#224; compenser par une splendeur ext&#233;rieure le d&#233;ficit d'existence, le d&#233;faut d'&#234;tre, le manque &#224; &#234;tre. Les baroques m&#233;ditent sur les masques, car ils ne sont plus s&#251;rs d'avoir un visage. Ils soup&#231;onnent tout visage d'&#234;tre un masque, et que, une fois &#244;t&#233;s les fards et les maquillages, il ne reste que le vide&#8230; La beaut&#233; de la femme, si trompeuse et s&#233;duisante, n'est-elle pas le plus bel exemple de ces brillants ornements qui cachent mal la charogne du cadavre ? Pierre de Saint-Louis met en garde les &#171; muguets &#187; contre la tentation de la passion amoureuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La beaut&#233; du corps est superficielle, et de plus elle est passag&#232;re ; elle trompe les jeunes gens en leur voilant le d&#233;p&#233;rissement prochain de la chair.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>3.2.2. Transposition</title>
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		<dc:date>2009-11-10T10:50:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



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&lt;p&gt;Jean Rousset, au cours d'un voyage &#224; Rome, a &#233;t&#233; &#233;merveill&#233; par sa rencontre avec la splendeur du baroque romain, triomphal et conqu&#233;rant. Il a cru discerner, dans cette esth&#233;tique, le moyen de r&#233;&#233;valuer une litt&#233;rature mal-aim&#233;e et qui lui tenait &#224; c&#339;ur, celle des ann&#233;es 1580-1640, dont les histoires litt&#233;raires ne savaient que faire, et qu'elles rangeaient le plus souvent selon des cat&#233;gories peu satisfaisantes (attard&#233;s, irr&#233;guliers, pr&#233;-classiques). Jean Rousset s'est demand&#233; si la notion de baroque, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-2-Chatoiement-du-verbe-" rel="directory"&gt;3.2. Chatoiement du verbe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jean Rousset, au cours d'un voyage &#224; Rome, a &#233;t&#233; &#233;merveill&#233; par sa rencontre avec la splendeur du baroque romain, triomphal et conqu&#233;rant. Il a cru discerner, dans cette esth&#233;tique, le moyen de r&#233;&#233;valuer une litt&#233;rature mal-aim&#233;e et qui lui tenait &#224; c&#339;ur, celle des ann&#233;es 1580-1640, dont les histoires litt&#233;raires ne savaient que faire, et qu'elles rangeaient le plus souvent selon des cat&#233;gories peu satisfaisantes (attard&#233;s, irr&#233;guliers, pr&#233;-classiques). Jean Rousset s'est demand&#233; si la notion de baroque, intelligemment reprise du monde des beaux-arts et appliqu&#233;e &#224; la litt&#233;rature, ne pouvait servir &#224; manifester l'unit&#233;, la coh&#233;rence et la qualit&#233; d'une production selon lui injustement d&#233;cri&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jean Rousset, cherchant &#224; &#171; confronter &#187; arts plastiques et litt&#233;rature, &#233;labora une s&#233;rie de crit&#232;res, issus de l'observation, et qui permettent selon lui de rendre compte &#224; la fois des productions artisitiques et litt&#233;raires. Il commence par reformuler les cinq cat&#233;gories de W&#246;lfflin, qu'il r&#233;duit &#224; quatre crit&#232;res. Cette r&#233;&#233;criture, tout en respectant la pens&#233;e du critique suisse, est &#233;labor&#233;e dans la perspective d'une application du concept de baroque &#224; la litt&#233;rature, application &#224; laquelle W&#246;lfflin n'avait pas song&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; L'instabilit&#233; d'un &#233;quilibre en voie de se d&#233;faire pour se refaire, de surfaces qui se gonflent ou qui se rompent &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; La mobilit&#233; d'&#339;uvres en mouvement qui exigent du spectateur qu'il se mette lui-m&#234;me en mouvement et multiplie les points de vue (vision multiple) &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; La m&#233;tamorphose, ou plus pr&#233;cis&#233;ment, l'unit&#233; mouvante d'un ensemble multiforme en voie de m&#233;tamorphose. &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; La domination du d&#233;cor, c'est-&#224;-dire la soumission de la fonction au d&#233;cor, la substitution &#224; la structure d'un r&#233;seau d'apparences fuyantes, d'un jeu d'illusions. &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;A partir de cette reformulation, Rousset d&#233;gage plusieurs crit&#232;res, d'ordre th&#233;matique cette fois, permettant d'identifier un baroque litt&#233;raire :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Circ&#233; et Prot&#233;e, dieux des m&#233;tamorphoses, sont choisis comme embl&#232;mes du baroque et symbolisent &#171; l'univers en mouvement &#187; et &#171; le monde renvers&#233; &#187; ; des images r&#233;currentes se trouvent mobilis&#233;es pour sugg&#233;rer ce tourbillonnement perp&#233;tuel : la bulle et la balle, l'eau, la flamme, les nuages et le vent.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'instabilit&#233; constitutive du baroque plastique trouve son &#233;quivalent dans l'inconstance, &#171; la feinte sentimentale, le c&#339;ur aux multiples masques &#187; ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le go&#251;t du para&#238;tre, la pr&#233;pond&#233;rance du d&#233;cor se traduit dans le domaine des lettres par la profusion des d&#233;guisements, et le triomphe du th&#233;&#226;tre, art par excellence du trompe-l'&#339;il et de l'illusion. L'ostentation, trait d&#233;finitoire du baroque, est symbolis&#233;e selon Rousset par le paon aux mille plumes iris&#233;es. La parade et la parure, les masques et les d&#233;guisements surcompensent la crise identitaire et le doute ontologique.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La mort en spectacle, les d&#233;cors fun&#233;raires transforment le tr&#233;pas lui-m&#234;me en existence domin&#233;e par le mouvement.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Il faudrait encore ajouter &#224; ces crit&#232;res le souci de surprendre et de stup&#233;fier.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Fort de cette construction, il reste &#224; Rousset &#224; montrer comment bien des &#339;uvres litt&#233;raires des ann&#233;es 1670-1640 sont propres &#224; &#171; r&#233;agir aux crit&#232;res du baroque &#187; ainsi d&#233;finis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Circ&#233; et le paon, op.cit., p. 183' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour ce faire, il montre l'importance, dans la litt&#233;rature de l'&#233;poque, d'une s&#233;rie de th&#232;mes qu'&#233;claire le rapprochement avec la plastique baroque : le go&#251;t pour les m&#233;tamorphoses, l'inconstance, l'illusion, le spectacle de la mort, enfin une topique particuli&#232;re de la fuite du temps, avec l'emploi d'images sp&#233;cifiques comme la balle, les nuages, ou le vent. C'est ce regard th&#233;matique qui justifie selon lui la transposition aux ouvrages &#233;crits des d&#233;finitions invent&#233;es pour les seuls arts plastiques : &#171; Les th&#232;mes fondamentaux de l'architecture et de la peinture baroques sont &#233;galement ceux qui alimentent tout un ensemble d'&#339;uvres litt&#233;raires contemporaines ; entre les mythes, les mobiles et les moyens d'expression des unes et des autres, le parall&#233;lisme est &#233;vident &#187; &#233;crit Rousset&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Ibid.' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il en prend plusieurs exemples, ainsi celui du go&#251;t des baroques pour &#171; l'ostentation et la montre, valeurs d&#233;coratives qui transposent la domination du d&#233;cor sur la structure &#187; : la mise en sc&#232;ne de soi, symbolis&#233;e par la figure du paon, et sensible par exemple dans les conseils que prodiguent les manuels de civilit&#233;, proc&#232;de de la m&#234;me d&#233;marche que celle des plasticiens qui donne le primat aux fa&#231;ades et au d&#233;cor sur la structure des b&#226;timents. Il conclut : &#171; Voil&#224; donc une &#233;quivalence du baroque hors des Beaux-Arts. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Ibid., p. 228' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette &#171; prolif&#233;ration du d&#233;cor aux d&#233;pens de la structure &#187; correspond &#224; l'emploi de m&#233;taphores recherch&#233;es comme celle des &#171; violons ail&#233;s &#187; - m&#233;taphore double - d&#233;signant les abeilles ou, selon les cas, les oiseaux, et qu'on retrouve partout &#224; l'&#233;poque, chez Marino, Gongora ou Saint-Amant, ou encore Gabriel Du Bois Hus (1599-1655) : aum&#244;nier de Louis XIII, il composa &lt;i&gt;La Nuit des nuits&lt;/i&gt; en 1641, po&#232;me dans lequel il c&#233;l&#232;bre la naissance du Christ lors de la nuit de No&#235;l. Ce sujet est en fait l'occasion de peindre les merveilles de la Cr&#233;ation, par exemple des oiseaux :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Et vous, oiseaux, luths anim&#233;s,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vivants concerts qui me charmez,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Chantres naturels des villages,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aimables fugitifs, &#226;mes de nos buissons,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#194;mes de nos rivages,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Venez l'entretenir de vos belles chansons. [...]&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Volantes voix, troupes ail&#233;es,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Artisans des fredons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='appendix' title='vocalise recherch&#233;e, gazouillis' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;lices de nos champs,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;H&#244;tes de nos vall&#233;es,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Venir b&#233;nir le Dieu qui fa&#231;onne vos chants.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Gabriel Du Bois-Hus, La Nuit des nuits, texte annot&#233; et pr&#233;sent&#233; par Annarosa (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Le r&#233;f&#233;rent dispara&#238;t sous la figure, comme la structure du b&#226;timent romain dispara&#238;t sous la prolif&#233;ration du d&#233;cor de la fa&#231;ade ; dans les deux cas, celui du fronton orn&#233; comme celui de la m&#233;taphore recherch&#233;e, la fonction est &#233;touff&#233;e par le d&#233;cor ; que l'image soit elle-m&#234;me mobile ajoute encore &#224; la dimension baroque de la figure.&lt;br class='autobr' /&gt;
De telles analyses enrichissent &#224; coup s&#251;r notre approche des textes. Les principes de Rousset &#233;clairent des po&#232;mes sur lesquels la critique, avant lui, manquait d'accroche, et qui ont acquis une certaine notori&#233;t&#233;, via les manuels, depuis &lt;i&gt;Circ&#233; et le paon&lt;/i&gt;, comme ce sonnet &#171; A Philis &#187; de Marbeuf, d&#233;sormais pr&#233;sent dans toutes les anthologies et auquel le recours au baroque a seul pu donner ses lettres de noblesse :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;A Philis&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et l'amour et la mer ont l'amer pour partage,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et la mer est am&#232;re, et l'amour est amer,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'on s'ab&#238;me en l'amour aussi bien qu'en la mer,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Celui qui craint les eaux qu'il demeure au rivage,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'il ne se laisse pas par l'amour enflammer,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La m&#232;re de l'amour eut la mer pour berceau,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le feu sort de l'amour, sa m&#232;re sort de l'eau,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Si l'eau pouvait &#233;teindre un brasier amoureux,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ton amour qui me br&#251;le est si fort douloureux,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;que j'eusse &#233;teint ton feu de la mer de mes larmes.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;(Pierre de Marbeuf, 1596-1650)&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Marbeuf &#233;tait un po&#232;te normand, n&#233; &#224; Sahurs en Seine-Maritime, dont il &#233;tait seigneur. Il fit ses &#233;tudes &#224; La Fl&#232;che, o&#249; il c&#244;toya Ren&#233; Descartes. Il se fit conna&#238;tre comme &#233;crivain en participant au grand concours de po&#233;sie de Rouen, les Palinods. Il fr&#233;quenta par la suite le cercle malherbien de Marolles et participa &#224; un renouveau de la po&#233;sie, comme l'a not&#233; &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/docAsPDF/annor_0570-1600_1982_hos_14_1_3873.pdf&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Henri Lafay&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='appendix' title='Lafay Henri. Pierre de Marbeuf et la nouvelle po&#233;sie de 1620. In : Cahier (...)' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme La Fontaine, il fut ma&#238;tre des eaux et for&#234;ts, profession qui l'amena &#224; entretenir un rapport &#233;troit avec la nature, sans qu'il faille n&#233;cessairement conclure &#224; une influence litt&#233;raire entra&#238;n&#233;e par ce m&#233;tier. Il s'illustra dans la po&#233;sie religieuse et, comme ici, galante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on peut consid&#233;rer comme &#171; baroque &#187;, c'est la place du signifiant dans ce po&#232;me : la fa&#231;on dont le premier quatrain s'engendre par le jeu des figures et des sons, et non selon des raisons structurelles, correspond &#224; cette faveur accord&#233;e au d&#233;cor dans l'architecture &#8220;borromino-berninienne&#8221;, de m&#234;me que le caract&#232;re fil&#233; de la m&#233;taphore qui gouverne l'ensemble du texte. La th&#233;matique aquatique, par sa fluidit&#233;, rappelle la souplesse et les courbes torses des colonnades romaines ; de m&#234;me que, comme l'&#233;crivait Philippe Beaussant, &#171; une colonne torse affecte de nier sa raison d'&#234;tre, qui est de soutenir une architecture &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-7' class='spip_note' rel='appendix' title='Philippe Beaussant, Passages, de la Renaissance au baroque, p. (...)' id='nh2-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de m&#234;me l'encha&#238;nement des sons l'emporte sur le processus de signification ; l'effet de chute (la pointe) renvoie au souci de surprendre qui caract&#233;risait aussi les arts plastiques au temps du concile de Trente. De m&#234;me, on retrouve dans ce texte cette &#233;quivalence entre le mat&#233;riel et le spirituel, le psychique et le physique (l'amour et la mer, qui partagent la m&#234;me qualit&#233;, prise au propre ou au figur&#233;), dont on avait vu en &#233;tudiant l'extase de sainte Th&#233;r&#232;se qu'elle constituait un trait essentiel du baroque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait multiplier les exemples, en montrant que la tendance &#224; la dissolution des formes, attest&#233;e en architecture, se retrouve dans les innombrables m&#233;tamorphoses et les exemples d'inconstance ; le mouvement se retrouve dans la th&#233;matique de la vanit&#233; et de la fuite du temps, comme nous aurons l'occasion de le voir plus au long dans les pages ult&#233;rieures de ce site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Rousset prolonge le travail th&#233;orique que repr&#233;sente &lt;i&gt;Circ&#233; et le paon&lt;/i&gt; par une &lt;i&gt;Anthologie&lt;/i&gt; class&#233;e selon les principaux motifs jug&#233;s sp&#233;cifiques de l'&#226;ge baroque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-8' class='spip_note' rel='appendix' title='Anthologie de la po&#233;sie baroque fran&#231;aise, Jos&#233; Corti, 2 vol., (...)' id='nh2-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce floril&#232;ge est class&#233; par th&#232;mes qui reprennent les cat&#233;gories employ&#233;es dans l'ouvrage de 1953. Il appara&#238;t en effet &#224; Rousset que po&#232;tes et &#233;crivains affectionnent un certain nombre de sujets dans lesquels ils voient un lien avec une certaine mentalit&#233; baroque qui s'exprime aussi en architecture :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; La flamme et la bulle. La vie fugitive et le monde en mouvement &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La neige, le nuage, l'arc-en-ciel, lucioles et oiseaux&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; L'eau en mouvement &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Le d&#233;guisement &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Le songe et l'illusion &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Le spectacle de la mort &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; M&#233;tamorphoses &#187;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; L'inconstance blanche &#187; et &#171; l'inconstance noire &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tudierons en d&#233;tail dans les pages suivantes quelques-uns de ces th&#232;mes, mais il convient d&#232;s &#224; pr&#233;sent d'en saisir la d&#233;marche : l'approche th&#233;matique met en lumi&#232;re des points d'int&#233;r&#234;t communs aux artistes, aux peintres et aux po&#232;tes. Ainsi, l'&#233;poque raffola des spectacles pyrotechniques. C'est tout l'esprit &#171; baroque &#187; qui se trouve cristallis&#233; dans cette passion d'une &#233;poque pour les feux d'artifice : l'illusion, le go&#251;t de la surprise, le prestige des illusions, le contraste de la lumi&#232;re et des t&#233;n&#232;bres, l'&#233;clat surprenant, la bri&#232;vet&#233; et l'&#233;ph&#233;m&#232;re. Bien des tableaux et des gravures nous conservent le souvenir de f&#234;tes somptueuses &#233;clair&#233;es par d'&#233;blouissantes fus&#233;es qui laissaient les spectateurs stup&#233;faits. En France, le premier spectacle pyrotechnique est offert sur la Place royale (aujourd'hui place des Vosges) en 1615, pour le mariage de Louis XIII et d'Anne d'Autriche. Plus tard dans le si&#232;cle, de fastueux feux d'artifice seront donn&#233;s &#224; Versailles. Celui du 9 mai 1664, pr&#233;sent&#233; &#224; l'occasion des &#171; Plaisirs de l'Ile enchant&#233;e &#187; restera dans les m&#233;moires. De m&#234;me encore, quatre ans plus tard, le 18 juin 1668 lors du &#171; Grand divertissement &#187;, puis les 28 juillet et 18 aout 1674, lors du &#171; Divertissement de Versailles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;crivains ne furent pas en reste pour nous d&#233;crire ces joyeuses festivit&#233;s. Ainsi Gabriel Du Bois Hus, d&#233;j&#224; mentionn&#233;, laissa une description surprenante d'un pareil &#233;v&#233;nement dans sa &lt;i&gt;Nuit des Nuits&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Un escadron d'astres nouveaux&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Faits d'artificieux flambeaux&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Consomme les nuages sombres.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tous les jours et les nuits sont &#233;galement clairs.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et pour br&#251;ler les ombres&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les &#233;toiles de l'art allument tous les airs.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les jours les plus d&#233;licieux&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Que les matins tirent des yeux&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De tant de riantes Aurores&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;N'ont point de beaux rayons qui ne paraissent noirs&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au prix des m&#233;t&#233;ores &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Que l'art fait &#233;clater sur la face des soirs.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'art l'emporte sur la nature, et l'artiste se fait d&#233;miurge et rival de Dieu, cr&#233;ateur d'&#233;toiles, comme l'&#201;ternel lors de la Cr&#233;ation. L'&#339;uvre pyrotechnique concurrence le &#171; fiat lux &#187; originel et d&#233;vore les ombres qui se retrouvent comme br&#251;l&#233;es (&#171; consomme &#187;) en un embrasement universel. Le feu d'artifice surpasse l'&#339;uvre divine et toutes les curiosit&#233;s de la nature (&#171; m&#233;t&#233;ore &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le feu, fluide et mobile, brillant, ostentatoire avait de quoi s&#233;duire les baroques. Mais l'eau partage bien des points communs avec l'&#233;l&#233;ment qui lui est le plus antith&#233;tique. Elle incarne &#233;galement la mobilit&#233;, le changement de toutes choses, l'impermanence de l'&#234;tre. Les innombrables fontaines &#233;difi&#233;es au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; Rome illustrent ce go&#251;t des baroques pour les eaux en mouvement et miroitantes. Nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; les r&#233;alisations du Bernin sur la place Navone, o&#249;, sous son ciseau, la fluidit&#233; dynamique de la pierre semble r&#233;pondre au ruissellement des jets d'eau et des cascades. Jean Rousset note que l'&#233;l&#233;ment liquide, cher aux sculpteurs et aux architectes, ne l'est pas moins aux peintres ni aux &#233;crivains. Ceux-ci se complaisent &#224; &#233;voquer l'&#233;coulement des torrents, le chatoiement iris&#233; de la pluie, l'opalescence des cataractes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges de Scud&#233;ry (1601-1667) fut romancier, dramaturge, critique, membre de l'Acad&#233;mie Fran&#231;aise, c&#233;l&#232;bre en particulier pour avoir anim&#233; la querelle du &lt;i&gt;Cid&lt;/i&gt;. Il a aussi compos&#233; plusieurs sonnets sur la source de la Sorgue, &#224; Vaucluse, haut lieu litt&#233;raire depuis qu'y s&#233;journa P&#233;tarque.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Je rencontrai une vall&#233;e tr&#232;s &#233;troite mais solitaire et agr&#233;able, nomm&#233; Vaucluse, &#224; quelques milles d'Avignon, o&#249; la reine de toutes les fontaines, la Sorgue, prend sa source. S&#233;duit par l'agr&#233;ment du lieu, j'y transportai mes livres et ma personne. &#187; (P&#233;trarque, &lt;i&gt;&#201;p&#238;tre &#224; la Post&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;)
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Scud&#233;ry rench&#233;rit dans sa 'Description de la fameuse fontaine de Vaucluse&#034; : l'on voit des tourbillons d'eau jaillir, s'&#233;lancer, retomber, comme sur les fontaines de pierre romaines :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;I&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les vents, m&#234;me les vents, qu'on entend respirer, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et parmi ces rochers, et parmi ces ombrages, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Eux qui me font aimer ces aimables rivages, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ont appris de P&#233;trarque &#224; si bien soupirer.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les flots, m&#234;me les flots, qu'on entend murmurer &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Avec tant de douceur, dans des lieux si sauvages, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Imitent une voix qui charmait les courages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-9' class='spip_note' rel='appendix' title='c&#339;urs' id='nh2-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et parlent d'un objet qu'on lui vit adorer.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au lieu m&#234;me o&#249; je suis, mille innocents oiseaux &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Nous redisent encor, pr&#232;s de ces claires eaux, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce que Laure disait &#224; son amant fid&#232;le :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ici tout n'est que flamme ; ici tout n'est qu'amour ; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tout nous parle de lui ; tout nous entretient d'elle ; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et leur ombre erre encor en ce charmant s&#233;jour.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;II&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mille, et mille bouillons, l'un sur l'autre pouss&#233;s, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tombent en tournoyant au fond de la vall&#233;e ; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et l'on ne peut trop voir la beaut&#233; signal&#233;e &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Des torrents &#233;ternels, par les Nymphes vers&#233;s. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mille, et mille surgeons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-10' class='spip_note' rel='appendix' title='Litt&#233;r. : sources ; ici jets d'eau, &#233;claboussures' id='nh2-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et fiers, et courrouc&#233;s &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Font voir de la col&#232;re &#224; leur beaut&#233; m&#234;l&#233;e ; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ils s'&#233;lancent en l'air, de leur source gel&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-11' class='spip_note' rel='appendix' title='C'est-&#224;-dire : le rocher' id='nh2-11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et retombent apr&#232;s, l'un sur l'autre entass&#233;s. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ici l'eau para&#238;t verte, ici grosse d'&#233;cume, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Elle imite la neige, ou le Cygne en sa plume ; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ici comme le Ciel, elle est toute d'azur ; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ici le vert, le blanc, et le bleu se confondent ; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ici les bois sont peints dans un cristal si pur ; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ici l'onde murmure, et les rochers r&#233;pondent.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On reconna&#238;t, dans la description de la source torrentueuse du second sonnet, une s&#233;rie de traits qui rappellent les luxueux bassins des cit&#233; italiennes.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Le mouvement :
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; il peut &#234;tre descendant spiral&#233; : &#171; tombent en tournoyant &#187;, qui fait songer aux colonnes torsad&#233;es ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ou rectiligne et ascensionnel (&#171; s'&#233;lancent en l'air &#187;). Le contraste entre mobilit&#233; et immobilit&#233; (&#171; source gel&#233;e &#187;) tend &#224; dramatiser l'essor aquatique ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La pr&#233;dominance du d&#233;cor : les remous (&#171; grosses d'&#233;cume &#187;) &#233;voquent les renflements ornementaux des fa&#231;ades romaines ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La m&#233;tamorphose surprenante et inattendue, op&#233;r&#233;e par une succession de m&#233;taphores qui s'organisent selon un r&#233;seau l&#226;che ;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; l'eau, sous l'effet de l'&#233;cume, appara&#238;t comme de la neige, toute aussi mobile et provisoire que l'eau dont elle est faite ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ses teintes se transforment sous l'effet d'irisations multicolores ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ou en cristal, r&#233;put&#233; pour sa transparence, et qui a en m&#234;me temps pour effet de figer le mouvement, comme le fait le ciseau du sculpteur ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; ou en cygne : l'animal, homonyme de &#171; signe &#187; est volontiers choisi par les po&#232;tes pour symboliser la cr&#233;ation po&#233;tique ou le po&#232;te lui-m&#234;me, comme le montrera plus tard le c&#233;l&#232;bre sonnet de Mallarm&#233;. C'est la blancheur qui appelle ici successivement l'image de la neige et celle de l'oiseau.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le fantastique : l'eau est vivante, personnifi&#233;e, pourvue d'&#233;motion (fiert&#233;, col&#232;re). Elle est aussi dou&#233;e de parole, ainsi que la nature qui l'entoure (&#171; les rochers r&#233;pondent &#187;)l. La fontaine ainsi parlante est par l&#224; aussi li&#233;e &#224; l'inspiration po&#233;tique qu'elle transmit &#224; P&#233;trarque, puis au po&#232;te de ce sonnet. Comme l'artiste, son &#339;uvre est une mim&#232;sis (&#171; imite &#187;)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Cette fontaine magique nous trompe et ce spectacle n'est au fond qu'une illusion des sens : elle nous &#171; para&#238;t &#187; multicolore. Les sculptures &#233;ph&#233;m&#232;res et color&#233;es ne sont qu'une apparence trompeuse o&#249; l'eau nous semble ce qu'elle n'est pas.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'amplification : les hyperboles, les parall&#233;lismes d'un quatrain &#224; l'autre tendent &#224; magnifier la source de Sorgue et trahit le m&#234;me go&#251;t pour le grandiose que celui manifest&#233; par les artistes romains de l'&#226;ge baroque.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode, le style de Rousset, d'une &#233;l&#233;gante beaut&#233;, comme c'est souvent le cas chez les membres de l'&#233;cole de Gen&#232;ve, s&#233;duisirent nombre d'&#233;tudiants et chercheurs qui se plong&#232;rent, &#233;quip&#233;s des nouveaux outils que leur donnait Rousset, dans la lecture et l'&#233;tude d'&#339;uvres oubli&#233;es, jamais r&#233;&#233;dit&#233;es pour la plupart depuis le XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. C'est aussi l'&#233;poque o&#249;, gr&#226;ce l&#224; encore aux instruments d'optique fournis par le critique genevois, on red&#233;couvre le th&#233;&#226;tre de l'&#233;poque : non seulement des auteurs m&#233;pris&#233;s comme Rotrou, mais toute une partie du r&#233;pertoire corn&#233;lien, injustement r&#233;duit jusque l&#224; &#224; quelques pi&#232;ces des ann&#233;es 1640 : c'est gr&#226;ce aux travaux sur le baroque que des pi&#232;ces comme l' &lt;i&gt;Illusion comique&lt;/i&gt;, qui c&#233;l&#232;bre l'art dramatique, et met en sc&#232;ne les m&#233;tamorphoses, l'inconstance, ou la bravade ostentatoire de Matamore, ont pu trouver des lecteurs et des spectateurs. Il en va de m&#234;me pour &lt;i&gt;Sur&#233;na&lt;/i&gt;, dont on a pu admirer la mise en sc&#232;ne &#224; Rouen par Brigitte Jaques il y a quelques ann&#233;es. D&#233;consid&#233;r&#233;e depuis sa cr&#233;ation, cette trag&#233;die n'e&#251;t jamais rencontr&#233; son public sans la cat&#233;gorie mise &#224; l'honneur par Jean Rousset. Mais la notion de baroque a permis aussi de jeter un autre regard sur des pi&#232;ces de Corneille qu'on ne louait jusque l&#224; que sous les auspices du classicisme : &lt;i&gt;Horace&lt;/i&gt;, premi&#232;re trag&#233;die r&#233;guli&#232;re du dramaturge, comporte bien des aspects qu'on peut qualifier de baroques et que la notion de classicisme ne saurait &#233;puiser : l'attitude provocatrice d'Horace qui, apr&#232;s le meurtre de Curiace, tient obstin&#233;ment &#224; se faire applaudir de sa s&#339;ur Camille, fianc&#233;e du soldat tomb&#233; sous les coups de son fr&#232;re, proc&#232;de d'une attitude pleinement baroque, celle de l'ostentation : Horace tient &#224; faire admirer son exploit comme on s'&#233;merveille devant une &#339;uvre du Bernin.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Ma s&#339;ur, voici le bras qui venge nos deux fr&#232;res,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le bras qui rompt le cours de nos destins contraires,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui nous rend ma&#238;tres d'Albe ; enfin voici le bras&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui seul fait aujourd'hui le sort de deux &#201;tats ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vois ces marques d'honneur, ces t&#233;moins de ma gloire,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et rends ce que tu dois &#224; l'heur de ma victoire. (IV, 6)&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'ostentation semble ici &#234;tre une cons&#233;quence de la gloire : le h&#233;ros, &#224; partir du moment o&#249; il agit pour s'imposer aux yeux d'autrui, est condamn&#233; non seulement &#224; &#234;tre vaillant et g&#233;n&#233;reux, mais aussi &#224; para&#238;tre tel ; il reproche ainsi &#224; Curiace, qui pr&#233;tend se trouver dans les m&#234;mes dispositions que lui, de ne pas le &#171; para&#238;tre &#187; (v. 484), de ne pas &#171; faire vanit&#233; &#187; de sa gloire. C'est que le h&#233;ros ne doit pas seulement faire preuve de bravoure, il doit aussi jouer son r&#244;le de h&#233;ros, se mettre en sc&#232;ne dans cette posture h&#233;ro&#239;que o&#249; il veut se voir admirer. C'est dire que l'ostentation a partie li&#233;e avec la th&#233;&#226;tralit&#233; : Horace s'affiche, donne en spectacle son patriotisme, quitte &#224; multiplier les bravades et m&#234;me &#224; risquer des provocations gratuites dignes d'un fier-&#224;-bras &#8211; ou de Matamore. Bien des indices grammaticaux attestent qu'Horace, ici, se livre aux regards et donne sa propre personne &#224; contempler &#224; Camille : les d&#233;ictiques (mots qui servent &#224; montrer, &#224; d&#233;signer) saturent la r&#233;plique du Romain : &#171; voici &#187;, &#171; vois &#187;, &#171; ces &#187;. Le retour d'Horace est un d&#233;fi qui s'explique par l'exigence absolue de reconnaissance, sans laquelle le h&#233;ros ne peut tout simplement pas exister. L'approbation et l'admiration de sa s&#339;ur sont, pour cet Horace tout juste &#171; h&#233;ro&#239;s&#233; &#187;, une n&#233;cessit&#233; vitale. Le m&#234;me type de proc&#233;d&#233; est &#224; l'&#339;uvre au dernier acte, lorsqu'Horace attaqu&#233; par Val&#232;re est amen&#233; &#224; se d&#233;fendre devant Tulle :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Sire, c'est rarement qu'il s'offre une mati&#232;re&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; montrer d'un grand c&#339;ur la vertu toute enti&#232;re.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Suivant l'occasion elle agit plus ou moins,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et para&#238;t forte ou faible aux yeux de ses t&#233;moins.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le peuple, qui voit tout seulement par l'&#233;corce,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;S'attache &#224; son effet pour juger de sa force ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il veut que ses dehors gardent un m&#234;me cours,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'ayant fait un miracle, elle en fasse toujours :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Apr&#232;s une action pleine, haute, &#233;clatante,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tout ce qui brille moins remplit mal son attente [&#8230;] (v. 1555-1564)&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les mots employ&#233;s par le soldat, emprunt&#233;s au champ lexical de la vue (&#171; montrer, para&#238;t, yeux, t&#233;moins, vois, dehors &#187;) montrent bien que l'h&#233;ro&#239;sme est construit comme un art de la mise en sc&#232;ne. Sans cesse situ&#233; dans l'ordre de la parade, il est aussi, comme l'a montr&#233; Jean Starobinski dans &lt;i&gt;L'OEil vivant&lt;/i&gt;, un h&#233;ros &#233;blouissant, dont &#171; l'&#233;clat &#187; &#171; brille &#187; et rayonne sur un monde qui emprunte de lui sa lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas d'Horace illustre ainsi la th&#232;se formul&#233;e par Rousset, selon laquelle les &#233;crivains du premier XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#171; construisent l'homme comme un &#233;difice baroque : les vertus d'apparence prennent le pas sur les vertus int&#233;rieures [...]. Le para&#238;tre l'emporte sur l'&#234;tre, qui n'en est plus que le support ou le pr&#233;texte &#187;, le&#231;on que Rousset d&#233;gage de sa lecture des th&#233;oriciens de l'honn&#234;tet&#233; comme le chevalier de M&#233;r&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-12' class='spip_note' rel='appendix' title='Circ&#233; et le paon, op. cit., p. 219' id='nh2-12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent, la question du baroque litt&#233;raire &#233;tait certes agit&#233;e dans les milieux seizi&#233;miste et dix-septi&#233;miste depuis plusieurs ann&#233;es avant que Jean Rousset ne s'en empare, mais l'apport de ce dernier fut n&#233;anmoins d&#233;cisif : pour la premi&#232;re fois, on dispose d'une approche syst&#233;matique et d'outils permettant une transposition rigoureuse de la cat&#233;gorie issue des arts plastiques &#224; la litt&#233;rature. Des continuateurs ont rapidement poursuivi le travail entam&#233; par Rousset. Ils se sont attach&#233;s &#224; approfondir les &#171; correspondances litt&#233;raires &#187; entre arts plastiques et belles-lettres. Parmi eux, le plus illustre est sans doute Claude-Gilbert Dubois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-13' class='spip_note' rel='appendix' title='Le Baroque. Profondeurs de l'apparence, P.U. Bordeaux, 1995' id='nh2-13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui propose ainsi, dans des perspectives inspir&#233;es de la psychanalyse et sans renvoyer &#224; W&#246;lfflin, les corr&#233;lations suivantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-14' class='spip_note' rel='appendix' title='Tableau repris dans Le Baroque de B. Ch&#233;dozeau, Nathan, 1989' id='nh2-14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;spip&#034; summary=&#034;&#034;&gt;
&lt;caption&gt;Le baroque selon C.-G. Dubois&lt;/caption&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='id1a48_c0'&gt;&#171; Caract&#233;ristiques esth&#233;tiques &#187;&lt;/th&gt;&lt;th id='id1a48_c1'&gt;&#171; Correspondances litt&#233;raires &#187;&lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id1a48_c0'&gt;Go&#251;t du monumental&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id1a48_c1'&gt;Des sujets grandioses, des &#339;uvres massives, des po&#232;mes cosmogoniques ; un style p&#233;riodique et un vocabulaire grandiloquent, des entassements de mots, des proc&#233;d&#233;s accumulatifs et it&#233;ratifs, un go&#251;t pour les styles extr&#234;mes, pour l'hyperbole&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id1a48_c0'&gt;Volont&#233; d'impressionner&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id1a48_c1'&gt;&#171; Boursouflure et hyperbole &#187;, effets forc&#233;s, art de la rupture, antith&#232;ses et oxymores, recherche de la surprise (&#171; far stupir &#187;), de la rupture, des anacoluthes. Attirance pour les paradoxes, les &lt;i&gt;concetti&lt;/i&gt;, les n&#233;ologismes, la fantaisie&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id1a48_c0'&gt;Exhibition de la puissance mat&#233;rielle&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id1a48_c1'&gt;Go&#251;t pour le bigarr&#233;, le chaos, la profusion sensible, jusqu'&#224; la truculence et l'&#233;rotisme.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id1a48_c0'&gt;Pr&#233;dominance du d&#233;cor&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id1a48_c1'&gt;Elle se traduit par une profusion de figures de rh&#233;toriques et d'ornements stylistiques &#224; valeur d&#233;corative. Les baroques aiment les textes surcharg&#233;s de figures voyantes : parall&#233;lismes, chiasmes, sym&#233;tries, p&#233;riphrases, accumulation redondance ;
&lt;p&gt;le go&#251;t des volumes trouve son &#233;quivalent dans les tropes de transpositions, m&#233;taphores et m&#233;tonymies ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;spirales et volutes sont traduites en anacoluthes, asynd&#232;tes, syllepses ;&lt;/p&gt;
&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id1a48_c0'&gt;Go&#251;t du singulier et de l'insolite&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id1a48_c1'&gt;Exaltation des saints et des monstres, revendication d'originalit&#233;, go&#251;t des allusions rares, refus des codifications qui entr&#226;vent la libert&#233; souveraine du sujet et de l'artiste en particulier.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode de Rousset, prolong&#233;e par les travaux de C.-G. Dubois, pr&#233;sente deux singularit&#233;s qui pourront appara&#238;t comme deux difficult&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Jean Rousset ignore l'origine et la nature religieuse du baroque pictural et architectural. S'il &#233;voque bien parmi d'autres des textes religieux, il ne leur accorde pas de statut particulier, et ne cherche pas &#224; identifier une po&#233;sie j&#233;suite qui r&#233;pondrait &#224; l'art j&#233;suite romain&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Jean Rousset n&#233;glige la notion d'influence : la possibilit&#233; d'une influence directe de la peinture ou de l'architecture sur tel ou tel auteur n'est jamais envisag&#233;. La connaissance par les po&#232;tes de l'art romain de r&#233;f&#233;rence n'est pas non plus questionn&#233;e.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, ces particularit&#233;s m&#233;thodologiques n'ont pas suscit&#233; beaucoup de r&#233;serves. L'heure &#233;tait &#224; mesurer, &#224; travers l'&#233;tude des textes, la f&#233;condit&#233; des transferts propos&#233;s par Rousset..&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Document&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;
&#171; Nous sommes maintenant en possession des caract&#232;res essentiels de l'&#339;uvre baroque qui peuvent, si l'on sch&#233;matise, se ramener &#224; quatre [&#8230;] crit&#232;res d&#233;gag&#233;s &#224; partir de l'architecture bernino-borrominienne :
&lt;p&gt;1.	L'instabilit&#233; d'un &#233;quilibre en voie de se d&#233;faire pour se refaire, de surfaces qui se gonflent ou se rompent, de formes &#233;vanescentes, de courbes et de spirales.&lt;br class='autobr' /&gt;
2.	La mobilit&#233; d'&#339;uvres en mouvement qui exigent du spectateur qu'il se mette lui-m&#234;me en mouvement et multiplie les points de vue (vision multiple).&lt;br class='autobr' /&gt;
3.	La m&#233;tamorphose ou, plus pr&#233;cis&#233;ment : l'unit&#233; mouvante d'un ensemble multiforme en voie de m&#233;tamorphose.&lt;br class='autobr' /&gt;
4.	La domination du d&#233;cor, c'est-&#224;-dire la soumission de la fonction au d&#233;cor, la substitution &#224; la structure d'un r&#233;seau d'apparences fuyantes, d'un jeu d'illusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre crit&#232;res essentiels se d&#233;gagent d'un effort de simplification qui pr&#233;sente les inconv&#233;nients et les avantages de toute simplification de ce genre [&#8230;]. Cette abstraction m&#234;me leur assure une g&#233;n&#233;ralit&#233; qui permet de les appliquer &#224; des &#339;uvres prises hors du domaine plastique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Rousset, &lt;i&gt;Circ&#233; et le paon. La litt&#233;rature de l'&#226;ge baroque en France&lt;/i&gt;, Paris, Jos&#233; Corti, 1953, p. 181-182&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Circ&#233; et le paon&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 183&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 228&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;vocalise recherch&#233;e, gazouillis&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gabriel Du Bois-Hus, &lt;i&gt;La Nuit des nuits&lt;/i&gt;, texte annot&#233; et pr&#233;sent&#233; par Annarosa Poli, pr&#233;face de Jean Rousset, Bologne, Riccardo Patron, 1967, p. 162.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Lafay Henri. Pierre de Marbeuf et la nouvelle po&#233;sie de 1620. In : &lt;i&gt;Cahier des Annales de Normandie &lt;/i&gt; n&#176;14, 1982. Les &#233;crivains&lt;br class='autobr' /&gt;
normands de l'&#226;ge classique et le go&#251;t de leur temps. pp. 47-58&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-7' class='spip_note' title='Notes 2-7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Philippe Beaussant, &lt;i&gt;Passages, de la Renaissance au baroque&lt;/i&gt;, p. 6&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-8' class='spip_note' title='Notes 2-8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Anthologie de la po&#233;sie baroque fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Jos&#233; Corti, 2 vol., 1961.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-9' class='spip_note' title='Notes 2-9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;c&#339;urs&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-10' class='spip_note' title='Notes 2-10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Litt&#233;r. : sources ; ici jets d'eau, &#233;claboussures&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-11' class='spip_note' title='Notes 2-11' rev='appendix'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est-&#224;-dire : le rocher&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-12' class='spip_note' title='Notes 2-12' rev='appendix'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Circ&#233; et le paon&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 219&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-13' class='spip_note' title='Notes 2-13' rev='appendix'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Baroque. Profondeurs de l'apparence&lt;/i&gt;, P.U. Bordeaux, 1995&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-14' class='spip_note' title='Notes 2-14' rev='appendix'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Tableau repris dans &lt;i&gt;Le Baroque&lt;/i&gt; de B. Ch&#233;dozeau, Nathan, 1989&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>3.2.4. &#171; Vagabonde Inconstance &#187;</title>
		<link>http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-2-4-Vagabonde-Inconstance</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'analyse w&#246;lfflinienne du baroque permit &#224; Jean Rousset d'exhumer une foule de po&#232;tes oubli&#233;s, actifs &#224; la charni&#232;re des XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, et dont l'&#339;uvre s'&#233;claire lorsqu'on la confronte au vocabulaire stylistique et &#224; l'esprit du baroque romain &#171; bernino-borrominien &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
3.2.2.1. Fixer des vertiges &lt;br class='autobr' /&gt;
En France, des po&#232;tes ont c&#233;l&#233;br&#233; le mouvement, la mutabilit&#233;, l'instabilit&#233; de la vie et du monde dans une perspective fort proche de celle des artistes romains. Pierre Motin (1566-1612), ainsi, c&#233;l&#232;bre l'inconstance (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-2-Chatoiement-du-verbe-" rel="directory"&gt;3.2. Chatoiement du verbe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'analyse w&#246;lfflinienne du baroque permit &#224; Jean Rousset d'exhumer une foule de po&#232;tes oubli&#233;s, actifs &#224; la charni&#232;re des XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, et dont l'&#339;uvre s'&#233;claire lorsqu'on la confronte au vocabulaire stylistique et &#224; l'esprit du baroque romain &#171; bernino-borrominien &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3.2.2.1. Fixer des vertiges&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=13#outil_sommaire_0'&gt;3.2.2.1. Fixer des vertiges&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3.2.2.2. &#171; L'inconstance, durable m&#234;me en son changement &#187; : intermittences du (...)&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=13#outil_sommaire_1'&gt;3.2.2.2. &#171; L'inconstance, (...)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3.2.2.3. Textes compl&#233;mentaires&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=13#outil_sommaire_2'&gt;3.2.2.3. Textes compl&#233;mentaires&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=13#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3.2.2.1. Fixer des vertiges&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En France, des po&#232;tes ont c&#233;l&#233;br&#233; le mouvement, la mutabilit&#233;, l'instabilit&#233; de la vie et du monde dans une perspective fort proche de celle des artistes romains. &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Motin&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Pierre Motin&lt;/a&gt; (1566-1612), ainsi, c&#233;l&#232;bre l'inconstance en des vers que n'e&#251;t pas d&#233;savou&#233;s Le Bernin : &#171; jouissent de l'inconstance : Bernin pourrait s'&#233;crier comme lui que &#187;L'&#226;me de tout le monde est le seul mouvement&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Voir au bas de la pr&#233;sente page l'int&#233;gralit&#233; du texte' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&lt;strong&gt;INCONSTANCE&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je veux dans un tableau la Nature pourtraire,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'y peindrai la Fortune et le change ordinaire&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De tout ce qui se voit sous la vo&#251;te des cieux,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'Amour y sera peint d'une forme nouvelle,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non comme de coutume avec une double aile,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je lui en donne autant comme Argus avait d'yeux.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'on y verra la mer et les ondes &#233;mues,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'art avec ses &#233;clairs, son tonnerre et ses nues,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le feu prompt et l&#233;ger vers le ciel aspirant,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Girouettes, moulins, oiseaux de tous plumages,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Papillons, cerfs, dauphins, et des conins sauvages&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui perdent de leurs trous la m&#233;moire en courant. [...]&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pierre Motin, originaire de Bourges, v&#233;cut &#224; Paris, o&#249; il compta parmi les plus c&#233;l&#232;bres po&#232;tes de son temps, avec Fran&#231;ois de Malherbe. Boileau fut s&#233;v&#232;re avec lui dans son &lt;i&gt;Art po&#233;tique&lt;/i&gt; (&#171; J'ayme mieux Bergerac et sa burlesque audace / Que ces vers ou Motin se morfond et nous glace &#187;). Il ne fut red&#233;couvert qu'&#224; la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, par son &#233;diteur Paul d'Estr&#233;e, en 1882. L'approche baroque permet de relativiser la critique &#171; classique &#187; adress&#233;e par le th&#233;oricien de la fin du si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_291 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/Roelant_Savery_002.jpg' title='Roelant Savery, Paysage avec oiseaux' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L200xH132/Roelant_Savery_002_petit-56cef.jpg?1485198088' width='200' height='132' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-291 spip_doc_titre' style='width:200px;'&gt;&lt;strong&gt;Roelant Savery, &lt;em&gt;Paysage avec oiseaux&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-291 spip_doc_descriptif' style='width:200px;'&gt;1628. Huile sur bois, Vienne, Mus&#233;e d'art historique.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Le texte est moins une ekphrasis qu'un d&#233;sir d'ekphrasis, une intention de peinture (&#171; je veux... &#187;), une aspiration &#224; &#233;crire un monde euphorique, bariol&#233; et multicolore, un kal&#233;&#239;doscope lumineux o&#249; s'entrem&#234;lent mouvements joyeux, lumi&#232;res, fantaisies produites par un r&#233;el in&#233;puisable, infiniment divers, g&#233;n&#233;reux et fantasque. La nature semble en effet s'amuser &#224; cr&#233;er dans une profusion gratuite une foule de formes &#233;tonnantes et inutiles, pour le seul plaisir de les inventer et de les donner &#224; voir aux spectateurs, selon une logique de d&#233;pense sans compter, sans retenue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Motin est &#233;merveill&#233; par la mobilit&#233; universelle : plumes multicolores, papillons aux ailes iris&#233;es, miroitements du soleil qui joue sur l'eau ou sur les nuages constituent autant d'embl&#232;mes joyeux d'une folle danse du r&#233;el &#224; laquelle le po&#232;te s'abandonne avec d&#233;lices. Son ambition n'est en rien une description soucieuse d'&#233;puiser la r&#233;alit&#233; &#171; toujours mouvant[e] &#187;, mais seulement une esquisse destin&#233;e &#224; en capter quelque vibration sur le papier, une tentative pour capter le bonheur de l'instant, pour saisir l'&#234;tre dans sa t&#233;nuit&#233;, dans le seul fr&#233;missement de son apparence, et tenter d'en happer, &#224; la faveur d'un vers, la v&#233;rit&#233; fugace. Ce po&#232;me, au moment m&#234;me o&#249; il se propose de faire du scintillement &#233;ph&#233;m&#232;re le lieu d'une &#233;piphanie du r&#233;el, et tente de rendre dans les mots, sans la p&#233;trifier, la mobilit&#233; ind&#233;finie du monde, nous laisse entendre la vanit&#233; inaccessible de cette folle aspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le projet po&#233;tique baroque consiste dans la tentative pour saisir ces mouvements insaisissables, ces tremblements &#224; peine perceptibles et menac&#233;s d'une dissolution et d'une disparition prochaine. Les po&#232;tes ne puisent pas seulement dans cet arsenal de motifs comme dans des symboles &#224; leur disposition : ils leur servent &#224; saisir la po&#233;sie de l'instant, la vibration de l'&#233;ph&#233;m&#232;re, l'insaisissable de la sensation &#233;vanescente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde baroque n'est pas un monde stable, ordonn&#233;, &#233;quilibr&#233;, durable, il est, ici une f&#234;te perp&#233;tuelle o&#249; triomphe l'imagination &#8211; le ma&#238;tre mot est celui de vari&#233;t&#233; et de diversit&#233;, cette &#171; diversit&#233; &#187; dont La Fontaine disait qu'elle &#233;tait &#171; sa devise &#187;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_296 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/pierre_paul_rubens_paysage_arcenciel.jpg' title='Pierre-Paul Rubens, Paysage avec arc-en-ciel' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L180xH117/pierre_paul_rubens_paysage_arcenciel_petit-103cd.jpg?1485198088' width='180' height='117' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-296 spip_doc_titre' style='width:180px;'&gt;&lt;strong&gt;Pierre-Paul Rubens, &lt;em&gt;Paysage avec arc-en-ciel&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Motin et les &#233;crivains de &#171; l' inconstance blanche &#187; se plongent avec jubilation dans le fleuve du devenir, &#171; s'y plaisent, s'en grisent et s'en enchantent &#187; ; ils savourent cet univers de flammes et de bulles, o&#249; courent les nuages, o&#249; scintillent les lucioles, o&#249; resplendissent de merveilleux arcs en ciel, symboles heureux d'une existence aussi brillante qu'&#233;ph&#233;m&#232;re. Drelincourt &#233;crit dans son sonnet &lt;i&gt;Sur l'arc-en-ciel&lt;/i&gt; (premier livre, sonnet 23) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le bel astre du jour, dans le sein de l'orage,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Nous forme, tout &#224; coup, ce lumineux tableau,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et tout &#224; coup, aussi, le couvrant d'un rideau,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il d&#233;robe &#224; nos yeux son inconstant ouvrage.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De ce peintre brillant, la toile est le nuage&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ses rayons r&#233;fl&#233;chis lui servent de pinceau&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il prend pour ses couleurs l'or, l'azur, le feu, l'eau,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et la vapeur commence et finit cette image.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Fragiles ornements, &#233;clat faible et trompeur,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Passag&#232;res beaut&#233;s, filles de la vapeur&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Des faux biens d'ici-bas vous peignez l'inconstance.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Par les m&#234;mes couleurs, et par les m&#234;mes traits,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vous imprimez la crainte, et donnez l'esp&#233;rance,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vous annoncez la guerre, et vous marquez la paix.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Laurent Drelincourt, est n&#233; en 1625 &#224; Paris. Protestant, pasteur de La Rochelle pendant dix ans, il rentre ensuite &#224; Paris o&#249; il fr&#233;quente la soci&#233;t&#233; litt&#233;raire de l'&#233;poque. Ce sont ses sonnets chr&#233;tiens qui contribu&#232;rent &#224; sa r&#233;putation de po&#232;te. Il finit sa vie &#224; Niort, de nouveau charg&#233; de fonctions pastorales, et continue de publier une po&#233;sie religieuse qui rencontre aussit&#244;t son public. Il meurt en 1680.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les sculpteurs, les po&#232;tes sont fascin&#233;s par l'eau coulante, dont les formes vari&#233;es les fascine. Il faut faire ici une place particuli&#232;re &#224; l'eau vive, aux gerbes d'eau, torrents, rivi&#232;res, fontaines jaillissantes, jets liquides qui retombent en &#233;cume. L'eau courante, mall&#233;able et prot&#233;iforme, miroitante, agit&#233;e de vibrations et des pommelures que lui conf&#232;re le soleil et le vent, &#233;voque la fluidit&#233; d'un r&#233;el fuyant, et la plasticit&#233; d'une existence &#171; ondoyante et diverse &#187;. M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; de Scud&#233;ry d&#233;crit dans ses paysages ces &#171; coquilles pleines d'eau, de grandeur in&#233;gale, qui s'&#233;panchant l'une dans l'autre font voir cent torrents &#224; la fois, qui retombent en &#233;cume dans une grande all&#233;e d'eau, d'o&#249; partent cinquante autre jets avec imp&#233;tuosit&#233;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_293 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/Jacob_Isaaksz-_van_Ruisdael_022.jpg' title='Jacob van Ruysdael, Paysage de montagne avec chute d'eau' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH197/Jacob_Isaaksz-_van_Ruisdael_022_petit-be52d.jpg?1485198088' width='150' height='197' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-293 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Jacob van Ruysdael, &lt;em&gt;Paysage de montagne avec chute d'eau&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-293 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Toile, 62,5 &#215; 45,5 cm, entre 1670 et 1680 (Kunsthistorisches Museum, Vienne).
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Le po&#232;te baroque, comme les peintres et les sculpteurs, se pla&#238;t &#224; c&#233;l&#233;brer la fluidit&#233; du monde et le liqu&#233;fie &#224; plaisir pour souligner son inconsistance ; pour Gombauld (1575-1666), comme pour tant d'autres, &#171; le monde est une mer &#187;, s&#233;duisante et enchanteresse alors m&#234;me qu'elle est p&#233;rilleuse :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Je vogue sur la mer, o&#249; mon &#226;me craintive,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aux jours les plus sereins, voit les vents se lever.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pour vaincre leurs efforts, j'ai beau les observer,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ma force, ou ma prudence, est ou faible, ou tardive.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me laisse emporter &#224; l'onde fugitive,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Parmi tous les dangers qui peuvent arriver,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O&#249; tant d'hommes divers se vont perdre, ou sauver,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et dont la seule mort est le fond, ou la rive.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le monde est cette mer, o&#249; pour me divertir,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Dans un calme incertain, j'&#233;coute retentir&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les accents enchanteurs des perfides Sir&#232;nes.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est lors que la frayeur me fait tout redouter,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Que je vois les &#233;cueils, que je vois les ar&#232;nes,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et le gouffre o&#249; le Ciel me va pr&#233;cipiter.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jean Ogier de Gombauld (1588 - 1666), protestant, peu fortun&#233;, fr&#233;quenta les salons litt&#233;raires du premier XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, en particulier la &#171; Chambre bleue &#187; de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt; de Rambouillet, qui &#233;tait alors le rendez-vous de tous les beaux esprits mondains. Acad&#233;micien respect&#233;, il fut po&#232;te et dramaturge et, comme les auteurs dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;, tomba longtemps dans l'oubli, o&#249;, pour dire vrai, il reste encore tr&#232;s enseveli aujourd'hui, malgr&#233; la th&#232;se que lui consacra Lydie Morel en ... 1910.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le po&#232;me pr&#233;sente au sens propre, en apparence, les dangers d'un voyage sur la mer, inconstante, variable, p&#233;rilleuse du fait de son instabilit&#233;. Puis la volte r&#233;v&#232;le la m&#233;taphore : la mer, c'est le monde, beau et s&#233;duisant comme l'oc&#233;an, mais tout aussi dangereux pour l'&#226;me : l'image du gouffre marin, lors d'une chute &#233;tonnante, vient fusionner avec le gouffre de feu infernal.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=13#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3.2.2.2. &#171; L'inconstance, durable m&#234;me en son changement &#187; : intermittences du c&#339;ur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En cet &#226;ge d'incertitude, le c&#339;ur flotte aussi bien que le r&#233;el : h&#233;ros de roman et personnages de th&#233;&#226;tre, toujours amoureux et souvent infid&#232;les, se fuient et se poursuivent, incertains parfois du penchant de leur propre c&#339;ur. L'influence de Montaigne est ici pr&#233;pond&#233;rante : l'auteur des &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; a enseign&#233; que le moi n'est pas une substance durable, qu'il est lui aussi frapp&#233; par l'incertitude g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui, &#224; la fin du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, a d&#233;stabilis&#233; le socle des savoirs et rendu le monde pr&#233;caire. &#201;tienne Durand (1585-1618), apr&#232;s Montaigne, insiste dans ses &#171; Stances &#224; l'inconstance &#187; sur l'impermanence de l'esprit humain, changeant et mobile, incapable d'aucune suite dans ses id&#233;es, d'aucune fid&#233;lit&#233; &#224; ces engagements :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Notre esprit n'est que vent, et comme un vent volage,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce qu'il nomme constance est un branle r&#233;tif :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce qu'il pense aujourd'hui demain n'est qu'ombrage,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le pass&#233; n'est plus rien, le futur un nuage,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et ce qu'il tient pr&#233;sent il le sent fugitif. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je peindrais volontiers mes l&#233;g&#232;res pens&#233;es,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais d&#233;j&#224; le pensant mon penser est chang&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce que je tiens m'&#233;chappe, et les choses pass&#233;es,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Toujours par le pr&#233;sent se tiennent effac&#233;es,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tant &#224; ce changement mon esprit est chang&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'homme baroque n'existe que dans une succession d'instants discontinus et fragment&#233;s dans le temps. Aussi, l'id&#233;e m&#234;me de fid&#233;lit&#233; n'a pas de sens : le d&#233;sir est mobile, parce que moi-m&#234;me suis mobile ; l'&#234;tre que je suis aujourd'hui est diff&#233;rent de celui que j'&#233;tais hier : pourquoi serais-je fid&#232;le, alors que je ne suis plus le m&#234;me, alors que ce mot m&#234;me de moi recouvre une r&#233;alit&#233; chancelant et multiforme ? Les amoureux baroques savent que l'amour ne peut pas durer, pour la raison qu'on ne saurait persister longtemps dans son &#234;tre. La Roque (1551-1611) recourt &#224; l'image de Prot&#233;e, dieu grec des m&#233;tamorphoses dont Rousset fit depuis un embl&#232;me du baroque : &#171; Car le temps nous abuse en forme d'un Prot&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande figure de l'inconstance, comme l'ont not&#233; Jean Rousset ou G&#233;rard Genette, est Hylas, l'un des principaux protagonistes de &lt;i&gt;L'Astr&#233;e&lt;/i&gt; d'Honor&#233; d'Urf&#233; (1607). Le th&#232;me du &#171; change &#187; est l'un des premiers &#224; se mettre en place dans ce long roman pastoral : &#171; De sorte que si l'on vit depuis quelques changements entre eux [Astr&#233;e et C&#233;ladon], il faut croire que le Ciel le permit, seulement pour faire para&#238;tre que rien n'est constant que l'inconstance, durable m&#234;me en son changement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si C&#233;ladon et Astr&#233;e d&#233;plorent la trahison, feinte ou suppos&#233;e, de l'&#234;tre qui leur est cher, Hylas, en revanche, Camarguais beau parleur, se grise du changement et vole avec d&#233;lices et ivresse de ma&#238;tresse en ma&#238;tresse ; il fait ostensiblement profession de sa l&#233;g&#232;ret&#233; et, provocateur, il chante sa &#171; chanson de l'incons&#173;tant &#187; devant Laonice, qui nourrit pour Tircis un amour mal&#173;heu&#173;reux remontant &#224; l'enfance :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Si l'on me d&#233;daigne, je laisse&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La cruelle avec son d&#233;dain,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sans que j'attende au lendemain&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De faire nouvelle ma&#238;tresse ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est erreur de se consumer&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; se faire par force aimer.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'inconstance est, selon Hylas, la grande loi de la nature et le secret de la beaut&#233; du monde ; elle autorise d&#232;s lors toutes ses infid&#233;lit&#233;s sentimentales :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;La nature en changeant se rend belle &#231;&#224;-bas.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Rien n'est en l'univers, qui ne change de m&#234;me :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et voyant tout changer, ne changerai-je pas ?&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En faisant &#224; toutes l'hommage de son c&#339;ur, Hylas est bien convaincu de se conformer &#224; des principes dict&#233;s non par la morale, mais par la nature, quand bien m&#234;me l'imp&#233;ratif philosophique du &lt;i&gt;sequi naturam&lt;/i&gt; devrait recevoir chez lui une interpr&#233;tation toute personnelle ; en suivant son &#171; humeur &#187;, explique-t-il en effet, il se contente de rendre &#224; la beaut&#233; les tributs o&#249; la nature l'oblige : &#171; Je ne me suis jamais trop enquis si je faisais bien ou mal d'aimer comme j'ai fait, j'ai suivi les mouvements de mon humeur, et crois bien qu'elle n'a jamais d&#251; &#234;tre condamn&#233;e, puisqu'elle a parfaitement imit&#233; la nature, qui p&#233;rirait plut&#244;t que de demeurer en un m&#234;me &#233;tat. &#187; La fid&#233;lit&#233;, selon lui, ne rend si tristes les bergers du Forez que parce qu'elle est anti-naturelle ; aussi convient-il de la fuir pour ne pas s'attirer le ch&#226;timent l&#233;gitime qu'entra&#238;ne la transgression du seul pr&#233;cepte universel, celui du &#171; change &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce qui m'a quelquefois fait r&#233;soudre plus facilement &#224; changer a &#233;t&#233; la consid&#233;ration que j'ai faite sur la vie de ces amants qui, comme C&#233;ladon et Silvandre, ont t&#226;ch&#233; d'acqu&#233;rir le surnom de fi&#173;d&#232;les, car je les ai toujours vus si mis&#233;rables que j'ai cru qu'Amour les punissait de leur constance comme d'un crime que je devais &#233;viter. &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_295 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L300xH240/astree-943f7.jpg?1485198088' width='300' height='240' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;L'attitude d'Hylas proc&#232;de moins de l'insouciance que d'un art de vivre et de se rendre heureux fond&#233; sur l'observation du monde comme il va. Dou&#233; d'une joyeuse humeur, il incarne ainsi mieux que tout autre cette &#171; inconstance blanche &#187; jubilatoire dont Rousset fait une des modalit&#233;s de la versatilit&#233; baroque, &#171; le prince de l'inconstance [&#8230;] l'amant de toutes, le don Juan sans tragique, l'homme aux cent masques [&#8230;] changeant d'amour chaque matin, ses amours sont les v&#234;tements qui le d&#233;guisent &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour beaucoup de lecteurs au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Hylas sera le vrai h&#233;ros de &lt;i&gt;L'Astr&#233;e&lt;/i&gt;, et le symbole de l'incapacit&#233; humaine &#224; persister dans ses sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=13#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3.2.2.3. Textes compl&#233;mentaires&lt;/h3&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&lt;strong&gt;INCONSTANCE&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je veux dans un tableau la Nature pourtraire,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'y peindrai la Fortune et le change ordinaire&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De tout ce qui se voit sous la vo&#251;te des cieux,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'Amour y sera peint d'une forme nouvelle,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Non comme de coutume avec une double aile,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je lui en donne autant comme Argus avait d'yeux.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'on y verra la mer et les ondes &#233;mues,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'art avec ses &#233;clairs, son tonnerre et ses nues,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le feu prompt et l&#233;ger vers le ciel aspirant,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Girouettes, moulins, oiseaux de tous plumages,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Papillons, cerfs, dauphins, et des conins sauvages&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui perdent de leurs trous la m&#233;moire en courant.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Des fant&#244;mes, des vents, des songes, des chim&#232;res,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sablons toujours mouvants, tourbillons et poussi&#232;res&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Des pailles, des rameaux, et des feuilles des bois,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et si je le pouvais, j'y peindrais ma pens&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais elle est trop soudain de mon esprit pass&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Car je ne pense plus &#224; ce que je pensais.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je veux qu'en ce tableau soit ma place arr&#234;t&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aupr&#232;s de moi tir&#233;s Achelois et Proth&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Faisant comme semblant de me c&#233;der la leur,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et lors si de mon c&#339;ur appara&#238;t la figure,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est trop peu de couleurs de toute la peinture,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; peindre sa couleur qui n'a point de couleur.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Si c'est un astre d'or qui me fait variable,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'aime de ses regards l'influence agr&#233;able,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et ne m'aimerais pas si j'&#233;tais autrement ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mon esprit est l&#233;ger, car ce n'est rien que flamme,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et si pour tout le monde il n'est qu'une seule &#226;me,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'&#194;me de tout le monde est le seul mouvement.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aussi n'est-ce que fable et que vaine parole&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De dire qu'il y ait je ne sais quel &#198;ole&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui enferme le vent et lui donne la loi ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Si dedans quelque lieu un tel esprit s'arr&#234;te,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce n'est point autre part sinon que dans ma t&#234;te,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et les dieux n'ont point fait d'autre &#198;ole que moi.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pierre Motin (vers 1566-vers 1610), &lt;i&gt;Le Cabinet des Muses&lt;/i&gt;, Rouen, 1619.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&lt;strong&gt;Stances &#224; l'Inconstance&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Esprit des beaux-esprits, vagabonde Inconstance,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'&#201;ole roi des vents avec l'onde con&#231;ut&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pour &#234;tre de ce monde une seconde essence,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Re&#231;ois ces vers sacr&#233;s &#224; ta seule puissance,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aussi bien que mon &#226;me autrefois te re&#231;ut.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D&#233;esse qui partout et nulle part demeure,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui pr&#233;side &#224; nos jours et nous porte au tombeau,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui fais que le d&#233;sir d'un instant naisse et meure,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et qui fais que les cieux se tournent &#224; toute heure,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Encor qu'il ne soit rien ni si grand, ni si beau.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Si la terre pesante en sa base est contrainte,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;C'est par le mouvement des atomes divers,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sur le dos de Neptun' ta puissance est d&#233;peinte,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et les saisons font voir que ta majest&#233; sainte&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Est l'&#226;me qui soutient le corps de l'univers.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Notre esprit n'est que vent, et comme un vent volage,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce qu'il nomme constance est un branle r&#233;tif,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce qu'il pense aujourd'hui, demain n'est qu'un ombrage,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le pass&#233; n'est plus rien, le futur un nuage,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et ce qu'il tient pr&#233;sent, il le sent fugitif.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je peindrais volontiers mes l&#233;g&#232;res pens&#233;es,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais d&#233;j&#224; le pensant, mon penser est chang&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce que je tiens m'&#233;chappe, et les choses pass&#233;es&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Toujours par le pr&#233;sent se tiennent effac&#233;es,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tant &#224; ce changement mon esprit est rang&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ainsi, depuis qu'&#224; moi ta grandeur est unie,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Des plus cruels d&#233;dains j'ai su me garantir,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'ai gauss&#233; les esprits dont la folle manie&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Esclave leur repos, sous une tyrannie,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et meurent &#224; leur bien pour vivre au repentir.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Entre mille gla&#231;ons je sais feindre une flamme,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Entre mille plaisirs je fais le soucieux,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'en porte une &#224; la bouche, une autre dedans l'&#226;me,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et tiendrais &#224; p&#233;ch&#233; si la plus belle dame&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Me retenait le coeur plus longtemps que les yeux.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Donque fille de l'air de cent plumes couverte,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui de serf que j'&#233;tais m'a mis en libert&#233;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je te fais un pr&#233;sent des restes de ma perte,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De mon amour chang&#233;, de sa flamme d&#233;serte,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et du fol&#226;tre objet qui m'avait arr&#234;t&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je te fais un pr&#233;sent d'un tableau fantastique,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O&#249; l'amour et le jeu par la main se tiendront,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'oubliance, l'espoir, le d&#233;sir fr&#233;n&#233;tique,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les serments parjur&#233;s, l'humeur m&#233;lancolique,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les femmes et les vents ensemble s'y verront.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les sables de la mer, les orages, les nues,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les feux qui font en l'air les tonnantes chaleurs,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les flammes des &#233;clairs plus t&#244;t mortes que vues,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les peintures du ciel &#224; nos yeux inconnues,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; ce divin tableau serviront de couleurs.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pour un temple sacr&#233; je te donne ma Belle,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je te donne son coeur pour en faire un autel,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pour faire ton s&#233;jour tu prendras sa cervelle,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et moi je te serai comme un pr&#234;tre fid&#232;le&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui passera ses jours en un change immortel.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#201;tienne Durand (1586-1618)&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&lt;strong&gt;Sur l'arc-en-ciel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le bel astre du jour dans le sein de l'orage&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Nous forme tout-&#224;-coup ce lumineux tableau,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et, tout-&#224;-coup, aussi, le couvrant d'un rideau,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il d&#233;robe &#224; nos yeux son inconstant ouvrage.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De ce peintre brillant, la toile est le nuage ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ses rayons r&#233;fl&#233;chis lui servent de pinceau ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il prend pour ses couleurs, l'or, l'azur, le feu, l'eau,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et la vapeur commence &#224; finir cette image.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Fragiles ornements, &#233;clat faible et trompeur,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Passag&#232;res beaut&#233;s, filles de la vapeur,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Des faux biens d'ici-bas vous peignez l'inconstance.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Par les m&#234;mes couleurs et par les m&#234;mes traits,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vous imprimez la crainte, et donnez l'esp&#233;rance,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vous annoncez la guerre, et vous manquez la paix.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Laurent Drelincourt (1626-1681), &lt;i&gt;Sonnets chr&#233;tiens&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb3-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir au bas de la pr&#233;sente page l'int&#233;gralit&#233; du texte&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>3.2.6. Illusions</title>
		<link>http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-2-4-Illusions</link>
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		<dc:date>2008-12-18T23:45:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les r&#233;volutions scientifiques et, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la crise qui a &#233;branl&#233; l'Europe du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ont entra&#238;n&#233; une incertitude ontologique : dire que la terre tourne autour du soleil, c'est affirmer par l&#224;-m&#234;me que l'on ne peut plus se fier aux donn&#233;es des sens. On ne peut plus &#234;tre s&#251;r que le monde o&#249; nous sommes plong&#233;s n'est pas un univers tissu d'illusions, dont la substance r&#233;elle est douteuse. L'homme, perdu dans l'infini, n'a pas plus de solidit&#233; : d&#233;chu de sa royaut&#233;, il est lui aussi &#171; de l'&#233;toffe (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-2-Chatoiement-du-verbe-" rel="directory"&gt;3.2. Chatoiement du verbe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les r&#233;volutions scientifiques et, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la crise qui a &#233;branl&#233; l'Europe du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ont entra&#238;n&#233; une incertitude ontologique : dire que la terre tourne autour du soleil, c'est affirmer par l&#224;-m&#234;me que l'on ne peut plus se fier aux donn&#233;es des sens. On ne peut plus &#234;tre s&#251;r que le monde o&#249; nous sommes plong&#233;s n'est pas un univers tissu d'illusions, dont la substance r&#233;elle est douteuse. L'homme, perdu dans l'infini, n'a pas plus de solidit&#233; : d&#233;chu de sa royaut&#233;, il est lui aussi &#171; de l'&#233;toffe dont on fait les r&#234;ves &#187;, ainsi que le d&#233;clare Prospero dans &lt;i&gt;La Temp&#234;te&lt;/i&gt;, tandis que Calderon affirme que &lt;i&gt;La Vie est un songe&lt;/i&gt;. Pascal dit &#224; peu pr&#232;s de m&#234;me : &#171; Car la vie est un songe un peu moins inconstant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le symbole convoqu&#233; par Jean Rousset pour servir d'embl&#232;me &#224; ce r&#232;gne de l'illusion, c'est celui de la d&#233;esse Circ&#233;, &#224; laquelle il ajoute la cohorte des figures d'enchanteurs l&#233;gendaires ou mythologiques, comme Armide, Alcine ou encore Orph&#233;e. Circ&#233;, qui pr&#233;side aux m&#233;tamorphoses (dans l'&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt;, elle changea en pourceaux les compagnons d'Ulysse), illustre l'une des th&#232;ses favorites des baroques : l'impossibilit&#233; de persister dans son &#234;tre, &#224; cause de l'inconstance et du changement universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce monde sans certitudes aucunes, comment se fierait-on &#224; nos perceptions ? Elles nous trompent sans doute. Les artistes et les po&#232;tes vont s'amuser &#224; nous d&#233;cevoir et &#224; nous piper, jouant de notre impuissance &#224; discerner, dans les apparences, la v&#233;rit&#233; du mensonge. L'&#226;ge baroque est le r&#232;gne du trompe-l'oeil, des anamorphoses, et par-dessus tout du th&#233;&#226;tre. Le th&#233;&#226;tre n'a tant de succ&#232;s dans l'Europe baroque, de Shakespeare &#224; Calderon et &#224; Moli&#232;re, que parce qu'il sert de paradigme pour penser le monde comme il va : l'univers qui nous entoure n'est en effet, pour les baroques, rien de plus qu'un d&#233;cor de th&#233;&#226;tre, et les &#234;tres humains ne sont que les personnages d'un drame, com&#233;die ou trag&#233;die : &#171; Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la com&#233;die en tout le reste : on jette enfin de la terre sur la t&#234;te, et en voil&#224; pour jamais &#187;, &#233;crit Pascal. &lt;i&gt;Totus mundus agit histrionem&lt;/i&gt;, &#171; le monde entier fait l'acteur &#187;, avait &#233;crit Shakespeare au fronton de son th&#233;&#226;tre. Chassignet, de son c&#244;t&#233;, d&#233;crit &#233;galement la vie comme un simple songe, une illusion &#171; passag&#232;re &#187; et &#171; muable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Est-il rien de plus vain qu'un songe mensonger,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un songe passager vagabond et muable ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La vie est toutefois au songe comparable&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au songe vagabond muable et passager :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Est-il rien de plus vain que l'ombrage leger,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'ombrage remuant, inconstant, et peu stable ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La vie est toutefois &#224; l'ombrage semblable&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#192; l'ombrage tremblant sous l'arbre d'un verger :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Aussi pour nous laisser une preuve asseur&#233;e&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Que cestte vie estoit seulement une entree&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et depart de ce lieu, entra soudainement&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le sage Pythagore en sa chambre secrette&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et ny fust point si tost, &#244; preuve bien tost faite !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Comme il en ressortist encor plus vistement.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J.-B. Chassignet, &lt;i&gt;Du m&#233;pris de la vie...&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'aucuns, plut&#244;t que de d&#233;plorer l'illusion, conc&#232;dent qu'elle est peut-&#234;tre plus solide que le r&#233;el ; puisque tout n'est que mensonges et m&#233;tamorphoses, ne vaut-il pas mieux affirmer le triomphe des apparences que d&#233;plorer leur tromperie d&#233;cevante ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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