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	<title>Mani&#233;risme et baroque</title>
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		<title>Mani&#233;risme et baroque</title>
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		<title>3.1.5. Clair-obscur</title>
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		<dc:date>2017-11-22T21:18:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



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&lt;p&gt;W&#246;llflin consacre le cinqui&#232;me crit&#232;re d&#233;finitoire du baroque &#224; la question de la composition, de la lumi&#232;re et de la couleur. De ce point de vue, le baroque lui appara&#238;t plus sombre que le classicisme renaissant ; ou plut&#244;t, moins clair, estime avec prudence le critique qui craint que le terme d'obscurit&#233; p&#251;t &#234;tre mal compris : il pr&#233;f&#232;re parler de &#171; clart&#233; relative &#187;, en regard de la &#171; clart&#233; absolue &#187; du classicisme renaissant. L'art de Rapha&#235;l et de D&#252;rer lui apparaissait plus apollinien : la lumi&#232;re y (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-1-Plastique-du-triomphe-" rel="directory"&gt;3.1. Plastique du triomphe : &#171; subjuguer pour enivrer &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le Caravage (1571-1610), Ma&#238;tre des ombres&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Le Caravage (1571-1610), (...)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;&#171; Ombrage sombre &#187; : la nuit et la clart&#233; chez Jean de Sponde&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend#outil_sommaire_1'&gt;&#171; Ombrage sombre &#187; : la (...)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;&#171; Tenebroso &#187; : les sc&#232;nes de nuit chez Jean Racine&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend#outil_sommaire_2'&gt;&#171; Tenebroso &#187; : les sc&#232;nes (...)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;W&#246;llflin consacre le cinqui&#232;me crit&#232;re d&#233;finitoire du baroque &#224; la question de la composition, de la lumi&#232;re et de la couleur. De ce point de vue, le baroque lui appara&#238;t plus sombre que le classicisme renaissant ; ou plut&#244;t, moins clair, estime avec prudence le critique qui craint que le terme d'obscurit&#233; p&#251;t &#234;tre mal compris : il pr&#233;f&#232;re parler de &#171; clart&#233; relative &#187;, en regard de la &#171; clart&#233; absolue &#187; du classicisme renaissant. L'art de Rapha&#235;l et de D&#252;rer lui apparaissait plus apollinien : la lumi&#232;re y faisait &#233;clater le triomphe de la raison, illuminait les perspectives, d&#233;bouchait les ombres, &#233;clairait les sym&#233;tries, et assurait son rayonnement serein empreint d'harmonie et d'&#233;quilibre. L'art baroque est plus nocturne. Il se pla&#238;t volontiers &#224; la p&#233;nombre. La lueur chiche d'un modeste quinquet lui convient mieux souvent que le tranchant crue d'une clart&#233; lumi&#232;re crue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne craignons plus aujourd'hui que l'obscurit&#233; baroque soit sentie comme p&#233;jorative : certaines des plus belles r&#233;alisations du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle s'inscrivent sous le signe de la nuit &#233;toil&#233;e, ou de t&#233;n&#232;bres &#233;clair&#233;es pauvrement par la lumi&#232;re tremblotante d'une simple chandelle. Les lueurs sombres et les flammes fumeuses noient les contours, r&#233;v&#232;lent de surprenants model&#233;s, transfigurent les &#234;tres et les choses de leurs teintes chaudes et moir&#233;es. Elles manifestent le revers d'un si&#232;cle qui, quelque grandiose et monumental qu'il p&#251;t &#234;tre par ailleurs, n'en fut pas moins aussi celui des grandes ombres, tant dans les arts visuels qu'en litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le Caravage (1571-1610), Ma&#238;tre des ombres&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La vie de Michelangelo Merisi da Caravaggio (1571-1610), &#171; Le Caravage &#187; en fran&#231;ais, fut br&#232;ve et tourment&#233;e : originaire de Milan, m&#234;l&#233; pendant toute sa vie &#224; des affaires louches, sanguin et emport&#233;, duelliste, fugitif, incarc&#233;r&#233; &#224; plusieurs reprises, pour diffamation, meurtres, ou agression contre des policiers, (1603, 1604, 1606), &#233;vad&#233;, quittant en h&#226;te Rome pour Naples, fuyant de ville en ville. Son art comme son existence illustrent la face rebelle de l'&#226;ge baroque. Il prit ses distances avec la peinture du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, comme d'autres r&#233;sist&#232;rent &#224; la reprise en main spirituelle et politique. Mais il ne fut pas pour autant cet artiste maudit que nous repr&#233;sente sa l&#233;gende : arriv&#233; &#224; Rome en 1592, rep&#233;r&#233; par le cardinal Francesco Maria Borbone del Monte en 1595, acqu&#233;reur des &lt;i&gt;Tricheurs&lt;/i&gt;, il devient aussi un peintre admir&#233; et prot&#233;g&#233; par de puissants m&#233;c&#232;nes, pour sa mani&#232;re originale et un talent qui s'exerce dans plusieurs directions, et tend &#224; renverser les codes et les conventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des sc&#232;nes de th&#233;&#226;tre&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
A la s&#233;r&#233;nit&#233; tranquille des tableaux renaissants, Le Caravage pr&#233;f&#232;re la violence, les gestes angoiss&#233;s, l'expressivit&#233;, les sc&#232;nes saisissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les tricheurs&lt;/i&gt; est une toile peinte &#224; Rome en 1595, longtemps perdue, retrouv&#233;e et restaur&#233;e en 1987, et conserv&#233;e aujourd'hui au mus&#233;e d'art Kimbell &#224; Fort Worth (Texas). Ce tableau atteste de ce renouvellement profond que Le Caravage impose au genre pictural.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Il inaugure ici un nouveau genre, d'inspiration morale, et promis &#224; une grande fortune au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : la sc&#232;ne repr&#233;sente un jeune homme de bonne famille qui se fait d&#233;trousser en jouant avec des tricheurs. L'humour du pr&#233;texte, le jeu des gestes et des regards, le cadre populaire assur&#232;rent le succ&#232;s imm&#233;diat de l'&#339;uvre qui eut tr&#232;s vite des imitateurs.
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Les sp&#233;cialistes identifient le jeu du &lt;i&gt;primero&lt;/i&gt;, qui s'apparente au poker. Le jeune homme de gauche, concentr&#233;, &#224; l'air ang&#233;lique, se fait ais&#233;ment duper : il n'aper&#231;oit pas derri&#232;re lui les signes pourtant grandiloquents et ostensibles du complice, tandis que le jeune escroc, &#224; droite, prend une carte coinc&#233;e dans son haut-de chausse (marqu&#233;e au sceau du mal : c'est un six de tr&#232;fle, couleur de l'argent et des projets audacieux).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; On note l'attention aux d&#233;tails : le gant trou&#233; (indice de pauvret&#233; ou technique pour mieux sentir les marques sur les cartes ?), le poignard du jeune tricheur, qui situe la sc&#232;ne dans un monde dangereux, et accuse le contraste entre l'innocent jeune homme v&#234;tu de sombre, et les gredins emplum&#233;s.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cette toile d'un artiste encore jeune r&#233;v&#232;le aussi les audaces formelles &#233;tonnantes de sa technique, qu'il approfondira par la suite :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Le Caravage n'ex&#233;cute aucune esquisse ni aucun dessin pr&#233;paratoire : il peint directement sur un dessin qu'il a trac&#233; sur la toile. Sa m&#233;thode, originale, a paru peu s&#233;rieuse et dilettante. Elle occasionne de nombreux repentirs : l'infrarouge a montr&#233; qu'il avait chang&#233; la position des mains ou les rayons du pourpoint.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le peintre n'h&#233;site pas &#224; repasser sur la peinture fra&#238;che avec son doigt pour cr&#233;er des effets sur la peinture, ainsi l'&#233;toffe du personnage au centre.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le peintre invente la peinture de genre : au lieu d'un sujet h&#233;ro&#239;que, religieux ou historique, il opte pour une sc&#232;ne du quotidien, qui ne trouve d'excuse que dans ses pr&#233;tentions morales. Le message est limpide : des gens de bonne famille doivent se garder de fr&#233;quenter des &#234;tres aux moeurs douteuses, et &#233;viter de jouer &#224; des jeux d'argent condamn&#233;s par l'Eglise et la morale commune. Un tel message est aussi en partie un pr&#233;texte, qui ne doit pas masquer l'intention de caricature et de satire qui pr&#233;side aussi &#224; cette composition : Le Caravage raille la rouerie des uns, la na&#239;vet&#233; candide des autres, bref le monde comme il va. Les sc&#232;nes de genre vont, &#224; la suite des tableaux de Caravage, se multiplier dans toute l'Europe moderne. Le choix du quotidien correspond chez ce peintre &#224; une pr&#233;dilection pour un &lt;strong&gt;r&#233;alisme du quotidien&lt;/strong&gt;, auquel il soumet m&#234;me la peinture religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; r&#233;alisme &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que les Renaissants et surtout les mani&#233;ristes affectionnaient les figures id&#233;ales et stylis&#233;es, ainsi que les sujets sophstiqu&#233;s et intellectuels, Le Caravage t&#233;moigne d'une attention au r&#233;el sensible &#224; travers la repr&#233;sentation du petit peuple. Au lieu des dieux et des h&#233;ros conventionnels, Le Caravage, habitu&#233; des cabarets et des milieux interlopes, pr&#233;f&#232;re les figures humbles qu'il prend pour mod&#232;les de ses toiles &#224; caract&#232;re historique ou religieux. Gueux et truands, filles de joie, simples artisans deviennent les protagonistes de sc&#232;nes religieuses et bibliques. Le peintre rompt ainsi avec les compositions raffin&#233;es et subtiles du mani&#233;risme, caract&#233;ris&#233; par ses couleurs acides et artificielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exc&#232;s de r&#233;alisme pousse r&#233;guli&#232;rement ses commanditaires &#224; refuser ses toiles. Ainsi, &lt;i&gt;la Mort de la Vierge&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233;e en 1605-1606 pour l'&#233;glise romaine Santa Maria Della Scala, fut refus&#233;e par les Carm&#233;lites qui l'avaient command&#233;e. La Vierge manquait de d&#233;cence : v&#234;tue d'un rouge provoquant au lieu du bleu conforme &#224; l'iconographie traditionnelle, saisie dans une posture peu convenable pour une d&#233;funte, priv&#233;e d'aur&#233;ole ou de tout autre indice de sacralit&#233;. On reprochait en outre au peintre d'avoir pris pour mod&#232;le une femme du peuple &#8212; peut-&#234;tre sa ma&#238;tresse, &#224; moins qu'il ne se f&#251;t agi d'une prostitu&#233;e dont le corps avait &#233;t&#233; retrouv&#233; dans le Tibre. L'&#339;uvre, dans tous les cas, se ressentait d'un parfum de scandale due &#224; ce &#171; r&#233;alisme &#187;. (Le tableau se trouve aujourd'hui au Louvre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Souper d'Emma&#252;s&lt;/i&gt;, conserv&#233; &#224; la National Gallery de Londres et dat&#233; de 1601, r&#233;v&#232;le cette attention toute nouvelle au r&#233;el : la sc&#232;ne est d'origine &#233;vang&#233;lique (Luc, 24, 30-31). Toutefois, l'artiste ne cherche pas &#224; mimer l'exotisme oriental, elle se d&#233;roule plut&#244;t dans quelque modeste taverne de Naples, comme le montre le mur nu o&#249; se d&#233;tachent les ombres, les meubles, ou encore l'attitude et l'habillement des disciples. Si le Christ n'adopte pas la tenue italienne, il n'en reste pas moins que le peintre rompt avec l'iconographie habituelle du Messie, repr&#233;sent&#233; sans barbe ni aur&#233;ole : c'est son humilit&#233; et sa simplicit&#233; de charpentier qui transparaissent dans cette toile. Le peintre est attentif &#224; son humanit&#233; plus qu'&#224; sa Divinit&#233; : le Christ est homme plut&#244;t que Dieu. On note aussi la gestuelle de la surprise, qui sugg&#232;re les &#233;motions, et dont on a vu qu'elle constituait un autre caract&#232;re &#171; baroque &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette toile, le peintre ne cherche pas &#224; transfigurer son sujet pour en faire appara&#238;tre le sacr&#233; : il se contente de repr&#233;senter le sensible avec une attention marqu&#233;e pour le d&#233;tail concret. En s'arr&#234;tant d&#233;lib&#233;r&#233;ment au visible, en refusant de peindre ce qui ne se voit pas, il rompt avec l'id&#233;alisme des Renaissants, d'un L&#233;onard par exemple pour qui la peinture &#233;tait avant tout &#171; chose mentale &#187;, et incarnation sur la toile d'une Id&#233;e abstraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut confronter cette repr&#233;sentation avec celle de V&#233;ron&#232;se, peinte vers 1559 et conserv&#233;e au Louvre : la sc&#232;ne a quelque chose de th&#233;&#226;tral, le Christ est nimb&#233; d'une lumi&#232;re surnaturelle. Le repas se situe non dans une humble auberge &#233;vang&#233;lique, mais dans un splendide temple antique, au milieu d'une foule de curieux. Nous sommes tr&#232;s loin du cadrage &#233;troit que choisira le Caravage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce traitement des sujets sacr&#233;s, mal compris parfois par ses contemporains, ne doit pas pour autant &#234;tre lu comme un signe d'irreligion. En transformant les &#233;pisodes &#233;vang&#233;liques en sc&#232;nes de genre, en les transposant dans un contexte quotidien, le peintre permet au spectateur de s'identifier au sujet repr&#233;sent&#233;. Par ailleurs, si le Caravage refuse les artifices et les conventions habituels pour manifester le sacr&#233;, c'est au traitement de la lumi&#232;re qu'il r&#233;serve le soin de manifester le surnaturel dans l'humilit&#233; du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lumi&#232;res et t&#233;n&#232;bres&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Caravage use de savants contrastes entre l'ombre et la lumi&#232;re. Plut&#244;t que l'artifice d'un arri&#232;re-plan perspectiviste, il pr&#233;f&#232;re un fond sombre, sans arri&#232;re-plan. L'absence de d&#233;cor g&#233;n&#233;ral a pour effet d'insister sur les personnages et sur les accessoires, accentuant la dimension th&#233;&#226;trale de ses &#339;uvres. On distingue volontiers chez lui&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; les toiles diurnes : lorsqu'il opte pour un &#233;clairage ext&#233;rieur lat&#233;ral, l'on voit se d&#233;tacher sur l'obscurit&#233; de la toile des figures cisel&#233;es, au model&#233; appuy&#233; qui accuse les effets dramatiques et sugg&#232;re la profondeur sans qu'il lui soit utile de recourir &#224; la perspective jug&#233;e artificielle.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Judith d&#233;capitant Holopherne&lt;/i&gt; (1598, Rome, Galerie nationale d'art ancien) repr&#233;sente un moment singulier de l'histoire juive, racont&#233;e dans le &lt;i&gt;Livre de Judith&lt;/i&gt; : Judith, isra&#233;lite, d&#233;cide de s&#233;duire et d'enivrer le g&#233;n&#233;ral assyrien pour le mettre &#224; mort. La repr&#233;sentation du Caravage met en &#233;vidence&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; la recherche de l'&#233;motion,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; l'expression brutale de la violence,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; l'opposition entre la clart&#233; lumineuse de Judith et l'horreur qu'on lit sur le visage du g&#233;n&#233;ral assyrien au moment pr&#233;cis o&#249; elle lui tranche le cou. Le &#171; t&#233;n&#233;brisme &#187; a ici pour effet de figer l'action et d'insister sur sa tension dramatique.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le naturalisme cruel dans les traits de la vieille servante nomm&#233;e Abra, qui s'appr&#234;te sans ciller &#224; recevoir la t&#234;te d&#233;capit&#233;e du soldat dans son sac.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le caract&#232;re th&#233;&#226;tral manifest&#233; par la pr&#233;sence d'un rideau &#224; l'arri&#232;re-plan&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce tableau marque un tournant dans l'&#339;uvre du peintre : il va peu &#224; peu abandonner les teintes claires employ&#233;es dans sa jeunesse pour d&#233;velopper le travail des clairs obscurs qui caract&#233;riseront sa relative maturit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;David avec la t&#234;te de Goliath&lt;/i&gt; (conserv&#233;e &#224; la Galerie Borgh&#232;se), compos&#233;e vers la fin de la vie du peintre (1609-1610), se caract&#233;rise par son espace simplifi&#233;, anti-perspectif, qui fait ressortir les corps et met en &#233;vidence la sauvagerie de la sc&#232;ne. Le contraste entre l'ombre et la lumi&#232;re, aux effets dramatiques saisissants, se double d'une opposition entre la beaut&#233; d&#233;termin&#233;e du jeune David et le visage hirsute du g&#233;ant. Dans la victoire du berger juif contre le g&#233;ant philistin abattu d'un coup de fronde, les th&#233;ologiens voyaient volontiers le triomphe de l'innocence sur l'orgueil du soudard assur&#233; de son facile succ&#232;s. Les partis pris picturaux mettent ici en cause cette lecture conventionnelle de l'&#233;pisode biblique : les historiens nous apprennent en effet que le cr&#226;ne sanguinolent du monstre philistin est un autoportrait du peintre, condamn&#233; &#224; la d&#233;capitation pour avoir tu&#233; le jeune Ranuccio Tommasoni. L'artiste se met en sc&#232;ne dans sa toile, quitte &#224; s'identifier &#224; une figure du mal, &#224; la fois bourreau et victime, tourment&#233;, rong&#233; par le d&#233;sarroi, coupable &#224; ses propres yeux. Si la le&#231;on reste religieuse, elle n'en est pas moins inattendue, d&#233;routante. En tout cela aussi, et parce qu'il subvertit les codes habituels de la peinture et les soumet &#224; d'autres fins, il est pleinement baroque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra confronter les choix picturaux du Caravage avec ceux d'un Botticelli repr&#233;sentant le m&#234;me sujet (1470, mus&#233;e des Offices) : ce dernier choisissait de montrer le retour de Judith, moment o&#249; la violence &#233;tait moins paroxystique que celui de la d&#233;collation. La violence cruelle est port&#233;e par la servante, tandis que, malgr&#233; le cimeterre, c'est le calme et la m&#233;lancolie qui dominent les traits de l'h&#233;ro&#239;ne juive, dont la haute figure se d&#233;tache sur la douceur d'un paysage toscan.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; les toiles nocturnes : un lumignon ind&#233;fini projette une lumi&#232;re att&#233;nu&#233;e dont l'effet est plut&#244;t de fondre les formes et les couleurs. C'est dans ces toiles que se manifeste le mieux sa ma&#238;trise du clair-obscur (&lt;i&gt;chiaroscuro&lt;/i&gt;). Cette technique consiste &#224; recourir &#224; des modulations de la lumi&#232;re, qui, sur l'arri&#232;re-plan sombre d'un papier mi-teinte, font ressortir les model&#233;s, font saillir les formes, donnent du relief et de la profondeur. Le travail sur l'ombre et la lumi&#232;re se substitue &#224; la perspective g&#233;om&#233;trique comme principe de coh&#233;rence de l'&#339;uvre , dans lequel celle-ci trouve son unit&#233;. On pourra distinguer deux styles diff&#233;rents :
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; le &lt;i&gt;sfumato&lt;/i&gt; : lumi&#232;res, ombres et couleurs sont fondus en un cama&#239;eu insensible (proc&#233;d&#233; dont L&#233;onard fut l'inventeur). L'artiste enveloppe les figures de demi-teintes appos&#233;es en transparence, ou recourt &#224; un d&#233;grad&#233; d'ombres finement distribu&#233;es.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le &lt;i&gt;t&#233;n&#233;brisme&lt;/i&gt;, qui consiste au contraire &#224; provoquer un choc sans transition de parties laiss&#233;es dans l'ombre et de parties violemment &#233;clair&#233;es. C'est cette seconde technique que privil&#233;gie le Caravage, propre &#224; cr&#233;er les effets de dramatisation qu'il recherche, comme on peut le voir dans son &lt;i&gt;Martyre de saint Matthieu&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233; en 1599 pour l'&#233;glise Saint-Louis des Fran&#231;ais de Rome (chapelle Contarelli), o&#249; il est toujours conserv&#233;. Dans cette toile, les effets de lumi&#232;re attirent l'attention sur la beaut&#233; d'&#233;ph&#232;be du bourreau plus que sur le saint violent&#233;, tomb&#233; &#224; terre, vieillard barbu reconnaissable &#224; sa tenue de pr&#234;tre. Le peintre choisit le moment o&#249; la victime, d&#233;j&#224; effondr&#233;e sur le sol, va recevoir un second coup qui lui sera fatal. On note aussi le naturel du geste de Matthieu, qui tente vainement de parer les coups qui lui sont inflig&#233;s, &#224; moins qu'il ne consid&#232;re d&#233;j&#224; la palme de martyr que lui tend un ange surgissant d'un improbable nuage. Les autres personnages, laiss&#233;s dans l'ombre, contribuent &#224; l'aspect th&#233;&#226;tral de la sc&#232;ne : ils incarnent la r&#233;action de stupeur horrifi&#233;e qui est aussi celle des spectateurs du tableau.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Les derni&#232;res ann&#233;es de sa vie verront s'accentuer chez le Caravage cette tendance &#224; pr&#233;f&#233;rer un art de plus en plus sombre, m&#233;ditatif, et tourment&#233;. R&#233;fugi&#233; &#224; Naples apr&#232;s s'&#234;tre &#233;vad&#233; de Rome, fait chevalier de Naples, il sera de nouveau pris dans une rixe, et devra s'enfuir de la cit&#233; napolitaine. Il meurt de fi&#232;vre, sur la plage de Porto Ercole, le 18 juillet 1610, alors que le pape s'appr&#234;tait &#224; lui pardonner et l'autorisait &#224; revenir &#224; Rome. Longtemps oubli&#233;, il fut r&#233;habilit&#233; d'abord par Wolfgang Kallab, historien de l'art, &#224; partir de 1905, puis, dans les ann&#233;es 1960, par Roberto Longhi (1890-1970).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; caravagesques &#187; : un si&#232;cle d'ombres et de lumi&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La mani&#232;re du Caravage conna&#238;tra tout de suite un rayonnement exceptionnel, d'abord en Italie, puis dans toute l'Europe. Ce succ&#232;s n'&#233;pargna pas la France, comme le montre l'&#339;uvre de Valentin de Boulogne, h&#233;riti&#232;re du ma&#238;tre milanais et de son continuateur Manfredi (1591-1632). Comme le Caravage, le peintre fran&#231;ais menait une existence de boh&#232;me dans les tavernes de Rome. La Ville &#233;ternelle pour lui n'est pas la capitale conqu&#233;rante du catholicisme, mais le repaire des voleurs et des coupe-jarrets. On reconna&#238;t dans cette sc&#232;ne de &lt;i&gt;Concert au bas-relief&lt;/i&gt; le choix d'un cadre r&#233;aliste voire sordide, celui des bas-fonds romains, avec ces personnages douteux. Les contrastes accus&#233;s, et l'expression vive des sentiments et des &#233;motions, rappelle la mani&#232;re du ma&#238;tre. Le titre de la toile vient de l'&#233;trange monument qui sert de table &#224; ce tripot : il s'agit d'une ruine antique repr&#233;sentant les Noces de Th&#233;tis et de P&#233;l&#233;e. Ce curieux monument peut renvoyer &#224; un d&#233;dain pour la noblesse de l'art antique r&#233;v&#233;r&#233; par la Renaissance. La toile confronte deux visions de Rome : la grandeur de l'empire romain, aujourd'hui disparu, et qui ne subsiste plus qu'&#224; la faveur de cette &#233;nigme arch&#233;ologique ; et la r&#233;alit&#233; peu reluisante des auberges louches hant&#233;es par une populace suspecte. La beaut&#233; id&#233;ale et &#233;ternelle a disparu, ou ne subsiste que dans quelques blocs de pierre incompris et m&#233;pris&#233;s. Seule subsiste une cit&#233; d&#233;chue de sa splendeur pass&#233;e. Loin de manifester quelque complaisance envers ces mis&#233;rables ou ces mis&#233;reux, le peintre sugg&#232;re la d&#233;ch&#233;ance morale de ces &#234;tres qui r&#233;pond &#224; la d&#233;cr&#233;pitude des pierres. Leurs allures m&#233;lancoliques semble sugg&#233;rer leur nostalgie pour les &#233;poques r&#233;volues de cette Rome de marbre, que les enchantements de la musique, ni de la peinture, ne parviendront jamais &#224; ressusciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus c&#233;l&#232;bre des caravagistes fran&#231;ais est lorrain : il s'agit de Georges de La Tour, n&#233; &#224; Vic-sur-Seille en 1593, mort en 1652 &#224; Lun&#233;ville. On pense qu'il n'est pas all&#233; &#224; Rome, et qu'il n'a donc connu qu'indirectement l'&#339;uvre du Caravage, &#224; travers des continuateurs plus pr&#233;coces comme Simon Vouet (1590-1649) ou Valentin de Boulogne. Si l'on retrouve chez La Tour des emprunts caravagistes &#233;tonnants, comme dans &lt;i&gt;Le Tricheur &#224; l'as de carreau&lt;/i&gt;, sa mani&#232;re n'en est pas moins personnelle. Comme le ma&#238;tre italien, il met en &#339;uvre de savants clairs-obscurs, opte pour un d&#233;cor d&#233;pouill&#233;, transforme en sc&#232;nes du quotidien les grands moments de l'histoire sainte, mais il n'adopte pas les effets de dramatisation du Caravage. A la violence tourment&#233;e, &#224; l'expressionnisme des gestes, il pr&#233;f&#232;re l'intimit&#233; recueillie, la m&#233;ditation tranquille et silencieuse. On a vu en lui un peintre plus religieux que ne l'&#233;tait le Milanais rebelle : la lumi&#232;re de la chandelle rend comme perceptible la gr&#226;ce divine, qui illumine le sensible, transfigure l'humilit&#233;, manifeste la pr&#233;sence de Dieu dans les rudes mains calleuses du plus pauvre artisan. La lumi&#232;re d&#233;licate m&#233;tamorphose ce monde de petites gens, de vielleurs, de charpentiers, et r&#233;v&#232;le que l'action divine est ici au travail. La peinture devient chez La Tour une alchimie qui transforme le prosa&#239;sme de r&#233;alit&#233;s terre-&#224;-terre, afin de faire ressentir au spectateur le sacr&#233; qui s'y dissimule et s'y soustrait habituellement au regard. D'o&#249;, chez lui, cette expression recueillie et concentr&#233;e, ce refus du drame et de l'emphase, du path&#233;tique facile. La Tour se montre fid&#232;le &#224; un certain esprit de la Contre-R&#233;forme : les catholiques r&#233;affirment en effet la pr&#233;sence de Dieu dans le sensible. Les toiles du peintre lorrain sugg&#232;rent cette irradiation divine perceptible, pour qui sait la voir, chez les plus petits des &#234;tres. Toute cette &#339;uvre est empreinte d'une profondeur spirituelle qui ne passe pas par le d&#233;corum ou les codes habituels de la peinture : ainsi, dans la modestie de l'enfant &#224; la chandelle qui assiste son p&#232;re, on devine que l'Enfant J&#233;sus entrevoit d&#233;j&#224; dans la poutre de Joseph le bois de la Croix o&#249; il mourra suspendu.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;&#171; Ombrage sombre &#187; : la nuit et la clart&#233; chez Jean de Sponde&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;dilection accord&#233;e au jeu d'ombres et de lumi&#232;res, pour ainsi dire ce &#171; caravagisme &#187;, trouve d'&#233;vidents &#233;chos dans la litt&#233;rature du temps, qui affectionne elle aussi la nuit et l'ombre, qui confondent les couleurs ou accusent les contrastes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean de Sponde est un po&#232;te basque fran&#231;ais, n&#233; &#224; Maul&#233;on en 1557 et mort &#224; Bordeaux en 1595, n&#233; dans le protestantisme et converti au catholicisme. Il exer&#231;a les fonctions de ma&#238;tre des requ&#234;tes. Si l'on ne saurait parler ici d'influence du caravagisme, du moins Jean Rousset, en retenant pour son anthologie le texte suivant, a-t-il senti une convergence entre le traitement de la lumi&#232;re par les peintres baroques et une th&#233;matique de la clart&#233; et de la nuit qu'on retrouve chez les po&#232;tes du temps.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Tout le monde se plaint de la cruelle envie &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Que la Nature porte aux longueurs de nos jours :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Hommes, vous vous trompez, ils ne sont pas trop courts, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Si vous les mesurez au pied de votre vie.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mais quoi ? je n'entends point quelqu'un de vous qui die :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me veux d&#233;p&#234;trer de ces f&#226;cheux d&#233;tours,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il faut que je revole &#224; ces plus beaux s&#233;jours, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O&#249; s&#233;journe des Temps l'entresuite infinie.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Beaux s&#233;jours, loin de l'&#339;il, pr&#232;s de l'entendement,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au prix de qui ce temps ne monte qu'un moment,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Au prix de qui le jour est un ombrage sombre,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Vous &#234;tes mon d&#233;sir : et ce jour, et ce temps, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;O&#249; le Monde s'aveugle et prend son passe-temps, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ne me seront jamais qu'un moment et qu'une ombre.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Jean de Sponde, &lt;i&gt;Recueil de diverses po&#233;sies&lt;/i&gt;, Rouen, 1597&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le jeu appuy&#233; du clair-obscur (&#171; jour, ombrage sombre, ombres &#187;) s'inscrit ici dans une perspective religieuse. La premi&#232;re strophe exprime une &lt;i&gt;doxa &lt;/i&gt; commune : la Nature, envieuse du cours de notre vie, s'emploie &#224; la raccourcir en provoquant la maladie et la mort. La premi&#232;re r&#233;ponse, &#233;galement issu de la sagesse commune, nous invite &#224; nous contenter de ce que nous avons : notre vie a sa juste mesure pour qui sait consid&#233;rer nos jours pour ce qu'ils sont. Il faut, sugg&#232;re cette sagesse populaire, savoir nous soumettre au temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
La deuxi&#232;me strophe propose une objection, qui est celle du po&#232;te, et qui ne se satisfait pas de cet esclavage : &#171; quelqu'un &#187; (qui sera un je &#224; la derni&#232;re strophe) ne saurait se contenter d'une dur&#233;e aussi limit&#233;e. Nous aspirons &#224; la beaut&#233; du Ciel, &#224; l'&#233;ternit&#233; (&#171; la suite des temps &#187;). Le po&#232;te d&#233;fie le temps. Cette position est d&#233;velopp&#233;e dans le premier tercet, qui oppose le monde sensible, perceptible par la vue, et un monde des Id&#233;es qui serait celui de la perfection paradisiaque, accessible au seul esprit (&#171; entendement &#187;). Le po&#232;te oppose ainsi la vie fragment&#233;e de l'ici-bas, &#224; la contemplation d'un univers lib&#233;r&#233; du temps, et ce contraste ne saurait se dire que sur le mode d'une opposition entre l'ombre et la lumi&#232;re. L'ici-bas n'est qu'une brume au regard de l'&#233;clatante lumi&#232;re de l'infini et de l'&#233;ternit&#233; (beaux s&#233;jours/ombrages sombres). &#171; Le po&#232;te r&#233;fute sa condition naturelle, pr&#233;tend vaincre la mort et conqu&#233;rir l'immortalit&#233; &#187;, explique Yvonne Bellanger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Le jour dans la po&#233;sie fran&#231;aise au temps de la Renaissance, G&#252;nter Narr et (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La pi&#232;ce s'ach&#232;ve de fa&#231;on platonicienne sur un nouveau regard port&#233; sur l'ici-bas, dont la lumi&#232;re n'est plus que t&#233;n&#232;bres pour celui dont l'&#339;il de la foi, &#233;bloui, a contempl&#233; ou r&#234;v&#233; la lumi&#232;re incr&#233;&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;&#171; Tenebroso &#187; : les sc&#232;nes de nuit chez Jean Racine&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Jean Racine (1639-1699) n'est sans doute pas un &#171; baroque &#187; au sens le plus &#233;troit du terme. Mais il appartient &#224; cette g&#233;n&#233;ration qui a connu la vogue caravagiste. Roland Barthes a consacr&#233; un chapitre de son &lt;i&gt;Sur Racine&lt;/i&gt; (1963) &#224; la question du &#171; tenebroso &#187; racinien : le terme fait directement &#233;cho &#224; la peinture &#171; caravagesque &#187; encore en faveur en cette seconde moiti&#233; du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Le critique observe l'importance toute particuli&#232;re que rev&#234;t la nuit dans les pi&#232;ces de Racine, et il note que, dans presque chaque trag&#233;die se trouvait une sc&#232;ne nocturne en clair-obscur, compos&#233;e &#224; la fa&#231;on des tableaux du Caravage ou de Georges de La Tour, et qui se caract&#233;risait par sa beaut&#233;, souvent aussi par sa violence ou sa charge &#233;rotique. Ce sont ces passages qu'il appelle des &#171; tenebrosos &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs trag&#233;dies de Racine pr&#233;sentent des sc&#232;nes de nuit con&#231;ues comme des tableaux. En rh&#233;torique, on appelle hypotyposes ces descriptions vives, qui rendent comme pr&#233;sentes les r&#233;alit&#233;s qu'elles d&#233;crivent. En voici trois o&#249; &#233;clate la ma&#238;trise racinienne de cette &#233;criture en clair-obscur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier passage est tir&#233; d'&lt;i&gt;Andromaque &lt;/i&gt; (III, 8), trag&#233;die jou&#233;e en 1667. Pyrrhus, un Grec, roi d'Epire, a incendi&#233; la ville de Troie, massacr&#233; ses habitants, et emmen&#233; en esclavage chez lui la princesse Andromaque et son fils. Mais le roi est tomb&#233; amoureux de sa captive. Il menace de livrer son fils aux Grecs si elle refuse de l'&#233;pouser. Andromaque, somm&#233;e d'accepter par sa suivante, lui rappelle la nuit o&#249; sa cit&#233; fut d&#233;truite, apr&#232;s dix ans de si&#232;ge :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;ANDROMAQUE&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Songe, songe, C&#233;phise, &#224; cette nuit cruelle&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui fut pour tout un peuple une nuit &#233;ternelle ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Figure-toi Pyrrhus, les yeux &#233;tincelants,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Entrant &#224; la lueur de nos palais br&#251;lants,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sur tous mes fr&#232;res morts se faisant un passage,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et, de sang tout couvert, &#233;chauffant le carnage ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Dans la flamme &#233;touff&#233;s, sous le fer expirants ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Peins-toi dans ces horreurs Andromaque &#233;perdue :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Voil&#224; comme Pyrrhus vint s'offrir &#224; ma vue ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Voil&#224; par quels exploits il sut se couronner ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Enfin voil&#224; l'&#233;poux que tu me veux donner.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne est bien une hypotypose : Racine recourt aux d&#233;monstratifs (&#171; cette &#187;), aux termes visuels, appelle &#224; la visualisation (&#171; figure-toi &#187;), et renvoie aux arts picturaux pour mieux imaginer le spectacle (&#171; peins-toi &#187;). Le tableau est peu color&#233;, il est tout entier construit sur une dichotomie entre l'ombre et la lumi&#232;re, comme les toiles de Caravage et de ses disciples. Le sinistre spectacle est &#233;clair&#233; par les flammes des palais embras&#233;s, dont la chaleur se r&#233;pand jusque dans le c&#339;ur des assaillants (&#171; &#233;chauffant le carnage &#187;). Par son r&#233;alisme cru (les cris des mourants expirant sous l'&#233;p&#233;e), par sa forte dramatisation que soulignent les effets rh&#233;toriques (anaphores, r&#233;p&#233;titions, parall&#233;lismes...), aussi bien que par le traitement des lumi&#232;res, un tel passage manifeste son inspiration picturale issue de la tradition caravagiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons encore un exemple : &#224; l'acte II, sc&#232;ne 1 de &lt;i&gt;Britannicus&lt;/i&gt;, l'empereur N&#233;ron vient de faire arr&#234;ter une jeune fille innocente, Junie. Il en tombe amoureux au moment pr&#233;cis de son arrestation nocturne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Excit&#233; d'un d&#233;sir curieux,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Cette nuit je l'ai vue arriver en ces lieux,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Triste, levant au ciel ses yeux mouill&#233;s de larmes,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Belle sans ornement, dans le simple appareil&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D'une beaut&#233; qu'on vient d'arracher au sommeil.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Que veux-tu ? Je ne sais si cette n&#233;gligence,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Relevaient de ses yeux les timides douceurs.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quoi qu'il en soit, ravi d'une si belle vue,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'ai voulu lui parler, et ma voix s'est perdue :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Immobile, saisi d'un long &#233;tonnement,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je l'ai laiss&#233; passer dans son appartement.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'ai pass&#233; dans le mien. C'est l&#224; que, solitaire,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De son image en vain j'ai voulu me distraire.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Trop pr&#233;sente &#224; mes yeux je croyais lui parler ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'aimais jusqu'&#224; ses pleurs que je faisais couler.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais gr&#226;ce :&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;J'employais les soupirs, et m&#234;me la menace.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Voil&#224; comme, occup&#233; de mon nouvel amour,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mes yeux, sans se fermer, ont attendu le jour.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce texte repose sur des proc&#233;d&#233;s semblables &#224; ceux utilis&#233;s dans le passage pr&#233;c&#233;dent. Il est b&#226;ti sur des contrastes : l'alternance d'ombre et de lumi&#232;re, constitutive du clair-obscur, mais aussi celle des cris et du silence, de la chaste innocence pers&#233;cut&#233;e et de la brutalit&#233; violente des soudards, de la douceur et des &#171; objets de la stridence &#187; (Barthes) ; d'un point de vue stylistique et po&#233;tique, ces oppositions tranch&#233;es sont soutenues et soulign&#233;es par des rimes antith&#233;tiques (armes/larmes, douceurs/ravisseurs). Rien ne manque &#224; la perfection plastique de ce tableau que l'auteur du &lt;i&gt;Sur Racine&lt;/i&gt; s'est plu &#224; comparer aux toiles de Rembrandt, pas m&#234;me le soin apport&#233; &#224; la couleur, comme le montre la tonalit&#233; rouge-jaune apport&#233;e par les flammes des &#171; flambeaux &#187; mentionn&#233;s &#224; deux reprises. On peut aussi remarquer l'expressivit&#233; des gestes et des attitudes, qui &#233;voque la mani&#232;re du ma&#238;tre de Milan, par exemple ces &#171; yeux lev&#233;s au ciel &#187;, par exemple), ou le naturel de la situation jointe &#224; la violence (&#171; arracher &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le plan rh&#233;torique, pour parvenir &#224; conf&#233;rer &#224; cette description un effet de pr&#233;sence, N&#233;ron use de l'hypotypose, figure de rh&#233;torique qu'on peut d&#233;finir comme une &#171; description vive &#187; qui tend &#224; montrer comme pr&#233;sents des objets absents ; les proc&#233;d&#233;s grammaticaux qui permettent de parler d'hypotypose sont ici, en particulier, l'usage des d&#233;ictiques comme par exemple les adjectifs d&#233;monstratifs (&#171; ces &#187;, &#171; cette &#187;), et l'usage des verbes de vision (&#171; je l'ai vue &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le tenebroso est par excellence, chez Racine, la sc&#232;ne du fantasme et plus particuli&#232;rement du fantasme &#233;rotique. L'&#201;ros n&#233;ronien, pr&#233;dateur, jouit du spectacle de la beaut&#233; offerte (&#171; simple appareil &#187;) que renforce, par contraste, la proximit&#233; agressive des soldats (&#171; armes &#187;). La naissance de l'amour est rapport&#233;e &#224; travers un r&#233;cit au pass&#233; : l'&#201;ros racinien ne se d&#233;ploie en effet que sous la forme d'un r&#233;cit r&#233;trospectif, le pass&#233; venant hanter le personnage amoureux. Aussi n'est-il pas surprenant qu'au premier r&#233;cit &#171; r&#233;el &#187; relatant l'arriv&#233;e de Junie succ&#232;de une seconde vision &#171; imaginaire &#187;, puisqu'elle ne d&#233;crit pas des &#233;v&#233;nements qui seraient survenus, mais repr&#233;sente le fantasme d'un dialogue o&#249; s'exprime sadisme, violence et cruaut&#233;, entre l'empereur et la descendante d'Auguste. La nuit est le royaume du fantasme car sur elle r&#232;gne la toute-puissante imagination, &#171; ma&#238;tresse d'erreur et de fausset&#233; &#187; aux dires de l'autre ami de Port-Royal, Pascal. Par le biais de la r&#234;verie, N&#233;ron monte une seconde pi&#232;ce, sur son th&#233;&#226;tre int&#233;rieur, o&#249; il est cette fois directement acteur, comme le montrent les factitifs &#171; faisais couler &#187; &#8211; il passera &#224; l'acte, au sens freudien du terme, quatre sc&#232;nes plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me passage &#171; caravagesque &#187; du th&#233;&#226;tre de Racine : l'apoth&#233;ose de Vespasien, dans &lt;i&gt;B&#233;r&#233;nice&lt;/i&gt;, I, 5. L'empereur Vespasien s'&#233;tait toujours oppos&#233; aux amours de son fils Titus et de la reine B&#233;r&#233;nice. Mais voil&#224; que Vespasien est mort, et que son fils va lui succ&#233;der. B&#233;r&#233;nice relate la nuit des fun&#233;railles de Vespasien, dont le corps fut br&#251;l&#233; sur le b&#251;cher lors d'une c&#233;r&#233;monie grandiose.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;De cette nuit, Ph&#233;nice, as-tu vu la splendeur ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tes yeux ne sont-ils pas tout pleins de sa grandeur ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ces flambeaux, ce b&#251;cher, cette nuit enflamm&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ces aigles, ces faisceaux, ce peuple, cette arm&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Cette foule de rois, ces consuls, ce s&#233;nat,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui tous de mon amant empruntaient leur &#233;clat ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Cette pourpre, cet or, que rehaussait sa gloire,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et ces lauriers encor t&#233;moins de sa victoire ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tous ces yeux qu'on voyait venir de toutes parts&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Confondre sur lui seul leurs avides regards ;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce port majestueux, cette douce pr&#233;sence...&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ciel ! avec quel respect et quelle complaisance&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Tous les c&#339;urs en secret l'assuraient de leur foi !&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Parle : peut-on le voir sans penser comme moi&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'en quelque obscurit&#233; que le sort l'e&#251;t fait na&#238;tre,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le monde en le voyant e&#251;t reconnu son ma&#238;tre ?&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La nuit est une nouvelle fois &#233;clair&#233;e de flambeaux dont la lumi&#232;re se refl&#232;te sur les armures et les enseignes (les &#171; aigles &#187;). Cette sc&#232;ne cristallise tous les &#233;l&#233;ments que Barthes identifie dans le tenebroso racinien qui conjugue selon lui :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; le lieu du fantasme et de l'imagination&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le lieu de l'Eros (&#171; mon amant &#187;)&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le lieu du pouvoir (Titus est le &#171; ma&#238;tre &#187; du monde)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Terminons en relisant ce chapitre du &lt;i&gt;Sur Racine&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Nous voil&#224; au coeur du fantasme racinien : l'image transpose dans la disposition de ses substances l'antagonisme m&#234;me, ou, pour mieux dire, la dialectique du bourreau et de la victime ; l'image est un conflit peint, th&#233;&#226;tralis&#233;, elle joue le r&#233;el, sous les esp&#232;ces de substances antinomiques ; la sc&#232;ne &#233;rotique est th&#233;&#226;tre dans le th&#233;&#226;tre, elle cherche &#224; rendre le moment le plus vivant mais aussi le plus fragile de la lutte, celui o&#249; l'ombre va &#234;tre p&#233;n&#233;tr&#233;e d'&#233;clat. Car il s'agit ici d'une v&#233;ritable inversion de la m&#233;taphore courante : dans le fantasme racinien, ce n'est pas la lumi&#232;re qui est noy&#233;e d'ombre ; l'ombre n'envahit pas. C'est le contraire : l'ombre se transperce de lumi&#232;re, l'ombre se corrompt, r&#233;siste et s'abandonne. C'est ce pur suspens, c'est l'atome fragile de dur&#233;e o&#249; le soleil fait voir la nuit sans encore la d&#233;truire, qui constitue ce que l'on pourrait appeler le tenebroso racinien. Le clair-obscur est la mati&#232;re s&#233;lective du d&#233;chiffrement, et c'est bien ce qu'est le tenebroso racinien : &#224; la fois tableau et th&#233;&#226;tre, tableau vivant, si l'on veut, c'est-&#224;-dire mouvement fig&#233;, offert &#224; une lecture infiniment r&#233;p&#233;t&#233;e. Les grands tableaux raciniens pr&#233;sentent toujours ce grand combat mythique (et th&#233;&#226;tral) de l'ombre et de la lumi&#232;re : d'un c&#244;t&#233;, la nuit, les ombres, les cendres, les larmes, le sommeil, le silence, la douceur
timide, la pr&#233;sence continue ; de l'autre, tous les objets de la stridence : les armes, les aigles, les faisceaux, les flambeaux, les &#233;tendards, les cris, les v&#234;tements &#233;clatants, le lin, la pourpre, l'or, l'acier, le b&#251;cher, les flammes, le sang. Entre ces deux classes de substances, un &#233;change toujours mena&#231;ant, mais jamais accompli, que Racine exprime par un mot propre, le verbe relever, qui d&#233;signe l'acte constitutif
(et combien savoureux) du tenebroso.
&lt;p&gt;On comprend pourquoi il y a chez Racine ce que l'on pourrait appeler un f&#233;tichisme des yeux. Les yeux sont par nature de la lumi&#232;re offerte &#224; l'ombre : ternis par la prison, ennuag&#233;s par les larmes. L'&#233;tat parfait du tenebroso racinien, ce sont des yeux en larmes et lev&#233;s vers le ciel. C'est l&#224; un geste qui a &#233;t&#233; souvent trait&#233; par les peintres, comme symbole de l'innocence martyris&#233;e. Dans Racine, il est sans doute&lt;br class='autobr' /&gt;
cela, mais il r&#233;sume surtout un sens personnel de la substance : non seulement la lumi&#232;re s'y purifie d'eau, perd de son &#233;clat, s'&#233;tale, devient nappe heureuse, mais le mouvement ascensionnel lui-m&#234;me indique peut-&#234;tre moins une sublimation qu'un souvenir, celui de la terre, de l'obscurit&#233; dont ces yeux sont partis : c'est un mouvement qui est ici saisi dans son entretien m&#234;me, en sorte qu'il repr&#233;sente simultan&#233;ment par un paradoxe pr&#233;cieux les deux termes du conflit &#8211; et du plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit pourquoi l'image ainsi constitu&#233;e a un pouvoir de traumatisme : ext&#233;rieure au h&#233;ros &#224; titre de souvenir, elle lui repr&#233;sente le conflit o&#249; il est engag&#233; comme un objet. Le tenebroso racinien constitue une v&#233;ritable photog&#233;nie, non seulement parce que l'objet y est purifi&#233; de ses &#233;l&#233;ments inertes et que tout en lui brille ou s'&#233;teint, c'est-&#224;-dire signifie ; mais encore parce que, donn&#233; comme un tableau, il d&#233;double l'acteur-tyran (ou l'acteur-victime), fait de lui un spectateur, lui permet de recommencer sans fin devant lui-m&#234;me l'acte sadique (ou masochiste). C'est ce d&#233;doublement qui fait toute l'&#233;rotique racinienne ; N&#233;ron, dont l'&#201;ros est purement imaginaire, organise sans cesse entre Junie et lui une sc&#232;ne identique, dont il est &#224; la fois acteur et spectateur, et qu'il r&#232;gle jusque dans ses rat&#233;s tr&#232;s subtils, tirant son plaisir d'un retard &#224; demander pardon pour les larmes que l'on provoque (jamais la r&#233;alit&#233; ne pourrait garantir un temps si bien ajust&#233;) et disposant enfin par le souvenir d'un objet &#224; la fois assujetti et inflexible. Cette pr&#233;cieuse imagination, qui permet &#224; N&#233;ron de conduire &#224; sa guise le rythme d'amour, &#201;riphile l'emploie &#224; d&#233;barrasser la figure du h&#233;ros aim&#233; de ses &#233;l&#233;ments &#233;rotiquement inutiles ; d'Achille, elle ne rappelle (sans cesse) que ce bras sanglant qui l'a poss&#233;d&#233;e, et dont la nature phallique est, je suppose, suffisamment &#233;vidente. Ainsi le tableau racinien est toujours une v&#233;ritable anamn&#232;se : le h&#233;ros tente sans cesse de remonter &#224; la source de son &#233;chec ; mais comme cette source est son plaisir m&#234;me, il se fige dans son pass&#233; : &#201;ros est en lui une force r&#233;trospective : l'image est r&#233;p&#233;t&#233;e, jamais&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En vertu du principe horatien selon lequel il en va de la po&#233;sie (et de la litt&#233;rature en g&#233;n&#233;ral) comme de la peinture (&lt;i&gt;ut pictura poesis&lt;/i&gt;), on ne saurait s'&#233;tonner de retrouver chez les po&#232;tes et les &#233;crivains des &#233;chos directement issus des arts picturaux. Quelle que soit la valeur qu'on accorde &#224; la notion de &#171; baroque &#187; artistique ou litt&#233;raire, quelle que soit la pertinence qu'on accordera au principe d'une transposition de techniques picturales aux &#339;uvres litt&#233;raires, reste cette volont&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e et assum&#233;e de la part des auteurs, de Saint-Amant &#224; Racine, d'emprunter des th&#232;mes, mais aussi une fa&#231;on particuli&#232;re de traiter les sujets, aux artistes de leur temps, du Bernin au Caravage ou aux peintres des vanit&#233;s. Quand les &#233;quivalences pos&#233;es par Rousset seraient susceptibles d'&#234;tre contest&#233;es, ces parall&#232;les assum&#233;es entre art et litt&#233;rature et l'importance cardinale de l'adage horatien qui fondent la conception mim&#233;tique de la po&#233;sie, interdisent d'ignorer le rapport essentiel de l'art et de la litt&#233;rature &#171; en cette p&#233;riode qu'&#224; tort ou &#224; raison on appelle baroque &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le jour dans la po&#233;sie fran&#231;aise au temps de la Renaissance&lt;/i&gt;, G&#252;nter Narr et Jean-Michel Place, 1979, p. 107.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>3.1.1. Naissance d'une notion</title>
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		<dc:date>2017-11-12T11:17:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il convient de rappeler d'abord que nul artiste, nul &#233;crivain des XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; ou XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles ne s'est jamais qualifi&#233; de &#171; baroque &#187;. Le mot existait : emprunt&#233; au portugais via le d&#233;tour de l'italien, il ne recevait qu'une acception technique, comme l'explique Fureti&#232;re dans son Dictionnaire universel (1690) : &#171; terme de joailler, qui ne se dit que des perles qui ne sont pas parfaitement rondes &#187;. La signification n'est pas plus positive dans le Dictionnaire de l'Acad&#233;mie (1694) : &#171; Se dit seulement (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-1-Plastique-du-triomphe-" rel="directory"&gt;3.1. Plastique du triomphe : &#171; subjuguer pour enivrer &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L112xH150/arton56-eda3f.png?1510611328' width='112' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il convient de rappeler d'abord que nul artiste, nul &#233;crivain des XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; ou XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles ne s'est jamais qualifi&#233; de &#171; baroque &#187;. Le mot existait : emprunt&#233; au portugais via le d&#233;tour de l'italien, il ne recevait qu'une acception technique, comme l'explique Fureti&#232;re dans son &lt;i&gt;Dictionnaire universel&lt;/i&gt; (1690) : &#171; terme de joailler, qui ne se dit que des perles qui ne sont pas parfaitement rondes &#187;. La signification n'est pas plus positive dans le &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Acad&#233;mie &lt;/i&gt; (1694) : &#171; Se dit seulement des perles qui sont d'une rondeur fort imparfaite &#187;. Le mot rel&#232;ve pour eux exclusivement du jargon des sp&#233;cialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_448 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L238xH231/perlebaroque-b9d4e.jpg?1510149607' width='238' height='231' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le mot ne resta pas longtemps cantonn&#233; &#224; la seule bijouterie. Par m&#233;taphore, il s'&#233;tendit rapidement aux traits d'un visage, quand ils &#233;taient irr&#233;guliers comme pouvait l'&#234;tre la perle, ainsi qu'en t&#233;moigne cet extrait des &lt;i&gt;Sinc&#232;res&lt;/i&gt; de Marivaux (1739) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;i&gt;La Marquise.&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;De la r&#233;gularit&#233; dans les traits d'Araminte ! de la r&#233;gularit&#233; ! vous me faites piti&#233; ! et si je vous disais qu'il y a mille gens qui trouvent quelque chose de baroque dans son air ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ergaste.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Du baroque &#224; Araminte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Marquise.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, monsieur, du baroque.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit de son origine, le terme fut charg&#233; de valeurs p&#233;joratives d&#232;s qu'il fut employ&#233; en un sens figur&#233;, attest&#233; d&#232;s le tout d&#233;but du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle par exemple chez Saint-Simon :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&#171; Ces places [conseillers d'&#201;tat, d'&#201;glise] &#233;taient destin&#233;es aux &#233;v&#234;ques les plus distingu&#233;s, et il &#233;tait bien baroque de faire succ&#233;der l'abb&#233; Bignon &#224; M. de Tonnerre. &#187;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le premier ouvrage lexicographique de r&#233;f&#233;rence &#224; tenir compte de cette &#233;volution du sens est le &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Acad&#233;mie &lt;/i&gt; de 1740 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Baroque se sit aussi au figur&#233; pour irr&#233;gulier, bizarre, in&#233;gal. Un esprit baroque, une expression ou une figure baroque.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure de l'avanc&#233;e du si&#232;cle, l'adjectif est employ&#233; pour qualifier des oeuvres musicales, picturales et architecturales, et toujours pour en d&#233;noncer un certain mauvais go&#251;t. Il est par exemple employ&#233; dans le cadre de la querelle qui oppose &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Querelle_des_Lullystes_et_des_Ramistes&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;les partisans de Rameau &#224; ceux de Lully&lt;/a&gt; d&#232;s la premi&#232;re moiti&#233; du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Quelques minutes d'audition pourront nous aider &#224; comprendre ce que pouvait signifier le mot de baroque selon ces sp&#233;cialistes de musique. Voici un air de &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Gb_yK3G_kz0&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Dardanus&lt;/a&gt; de J.-P. Rameau (1744).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dardanus, emprisonn&#233;, d&#233;plore que sa bien-aim&#233;e se retrouve au pouvoir de son rival. L'&#233;motion du h&#233;ros est sugg&#233;r&#233;e par les dissonances, perceptibles d&#232;s les premi&#232;res mesures du violon. Le &lt;i&gt;Mercure de France&lt;/i&gt; s'en prend &#224; un autre op&#233;ra de Rameau &lt;i&gt;Hippolyte et Aricie&lt;/i&gt; (mai 1734) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;et lorsque par hasard il s'y rencontrait deux mesures qui pouvaient faire un chant agr&#233;able, l'on changeait bien vite de ton, de mode, et de mesure, toujours de la tristesse au lieu de la tendresse, le singulier &#233;tait du baroque, la fureur du tintamarre ; au lieu de la gaiet&#233;, du turbulent, et jamais de gentillesse, ni rien qui peut aller au coeur.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'on voit d&#233;j&#224; ici se dessiner toutes les critiques qui seront formalis&#233;es plus tard contre l'art baroque : disharmonie, exc&#232;s, ostentation, recherche de l'effet de surprise &#224; tout prix, y compris celui du mauvais go&#251;t. A la m&#234;me &#233;poque, chez Jean-Baptiste Rousseau, le baroque est li&#233; &#224; un art &#233;tranger, barbare, qui n'entend rien aux r&#232;gles de l'agr&#233;ment. Il &#233;crit ainsi &#224; propos du &lt;i&gt;Dardanus&lt;/i&gt; de Rameau :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Distillateurs d'accords baroques&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Dont tant d'idiots sont f&#233;rus&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Chez les Thraces et les Iroques&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Portez vos op&#233;ra bourrus&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard, en 1746, l'abb&#233; No&#235;l-Antoine Pluche oppose la &#171; musique chantante &#187;, harmonieuse et consonante, &#224; la &#171; musique baroque &#187; ; celle-ci ne se propose que de &#171; surprendre par la hardiesse des sons &#187; et se contente de &#171; nous occuper (&#8230;) de bruit comme des animaux sans intelligence &#187;. Le baroque est ici fond&#233; sur l'&#233;tonnement et les &#233;motions : caract&#232;res qui deviendront au si&#232;cle suivant des propri&#233;t&#233;s du baroque artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore dans le cadre de la musicologie que Jean-Jacques Rousseau s'attache &#224; d&#233;finit le terme baroque dans son &lt;i&gt;Dictionnaire de musique&lt;/i&gt; en 1768 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt; Une musique baroque est celle dont l'harmonie est confuse, charg&#233;e de modulations et dissonances, le chant dur et peu naturel, l'intonation difficile, et le mouvement contraint.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le contexte imm&#233;diat reste ici celui de la controverse entre les lullyste et les ramistes, et l'opposition entre la simplicit&#233; de la m&#233;lodie et l'audacieuse et savante harmonie de Rameau qui ne r&#233;pugne pas &#224; la dissonance. Mais on per&#231;oit un certain nombre de valeurs qui entreront dans la composition du concept lorsqu'il sera formalis&#233; par les sp&#233;cialistes : le baroque appara&#238;t comme affect&#233; et rercherch&#233;, et s'oppose au naturel, &#224; la limpidit&#233;, voire &#224; la sinc&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette origine musicologique du mot baroque ne laisse pas d'&#234;tre piquante, quand on songe que la musique fut, &#224; la fin du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le dernier champ artistique o&#249; on appliqua avec succ&#232;s la cat&#233;gorie pour ressusciter un patrimoine oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle aussi que, pour expliciter les valeurs n&#233;gatives prises par ce mot, plusieurs sp&#233;cialistes s'ing&#233;nient &#224; lui assigner une autre &#233;tymologie que celle de la perle baroque. Pour Jean-Jacques Rousseau, c'est de ce moyen de rem&#233;moration que vient le terme, et non de la perle mal aim&#233;e des joaillers : &#171; Il y a bien de l'apparence que ce terme vient du baroco des logiciens &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce temps-l&#224;, tous ceux qui &#233;taient pass&#233;s par les coll&#232;ges savaient que le mot &#171; baroco &#187; &#233;tait un type de syllogisme concluant, mais imparfait : &#224; partir d'une affirmation universelle (A) et d'une mineure n&#233;gative particuli&#232;re (O), on d&#233;duit une conclusion n&#233;gative particuli&#232;re (O). Le terme &#171; bArOcO &#187; constituait un moyen mn&#233;motechnique pour m&#233;moriser ce type de raisonnement. Son origine remontait &#224; la scolastique m&#233;di&#233;vale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Tout P est M - Quelque S n'est pas M =&gt; Quelque S n'est pas P ; Exemple de la (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Baroco pouvait donc renvoyer au jargon technique des philosophes et des logiciens, qui coupent les cheveux en quatre et troublent l'esprit avec des raisonnements insuffisants. Depuis longtemps, le mot servait aux humanistes &#224; railler les arguties des universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;La plus expresse marque de la sagesse, c'est une r&#233;jouissance constante ; son &#233;tat est, comme des choses au dessus de la lune, toujours serein : c'est &lt;i&gt;baroco &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;baralipton&lt;/i&gt; [deux types de syllogisme] qui rendent leurs supp&#244;ts ainsi crott&#233; et enfum&#233;s ; ce n'est pas elle : ils ne la connaissent que par ou&#239;-dire (Montaigne, &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, I, 26).&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes universitaires, pr&#233;tendus promoteurs et d&#233;fenseurs de la sagesse (&#171; supp&#244;ts &#187;) ne sont que des esprits embrum&#233;s, confus, qui go&#251;tent ces formes de raisonnements tarabiscot&#233;s, vains et oiseux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque fantaisiste que soit cette pseudo-&#233;tymologie savante, elle contribue &#224; charger le mot de connotations p&#233;joratives : le baroque est non seulement disharmonie et irr&#233;gularit&#233;, il renvoie aussi aux sophismes fumeux. Littr&#233; en 1872 amalgame &#224; tort les deux &#233;tymologies dans son dictionnaire, liant ainsi n&#233;cessairement le baroque au ridicule et au p&#233;dantisme abstrus.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Espagn. barrueco, berrueco, perle qui n'est pas parfaitement ronde ; portug. barroco, m&#234;me sens. Ces mots viennent sans doute de baroco (voy. ce mot), ancien terme de la scolastique qui a souvent frapp&#233; par sa bizarrerie.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'origine ici donn&#233;e, bien qu'erron&#233;e, contribuera &#224; l'amalgame entre baroque et sophisme captieux, bizarre, pervers et choquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le champ des arts plastiques, la premi&#232;re occurrence du terme baroque appara&#238;t vers 1750, pour qualifier ce que nous appelons le style Louis XV qui triomphe &#224; cette &#233;poque, et se caract&#233;rise par un go&#251;t pour les courbes, la dissym&#233;trie, l'extravagance tourment&#233;e. Ce style Louis XV correspond assez &#224; ce que nous appelons &#171; rocaille &#187; ou &#171; rococo &#187;, mais c'est le mot baroque qui vient sous la plume du Pr&#233;sident des Brosses. Celui-ci manifeste, en 1755, une r&#233;sistance &#224; ce style d&#233;coratif dans ses &lt;i&gt;Lettres d'Italie&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_449 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L330xH248/style_louis_15-fe709.jpg?1510149607' width='330' height='248' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Les Italiens nous reprochent qu'en France, dans les choses de mode, nous redonnons dans le go&#251;t gothique ; que nos chemin&#233;es, nos bo&#238;tes d'or, nos pi&#232;ces de vaisselle d'argent sont contourn&#233;es et recontourn&#233;es comme si nous avions perdu l'usage du rond et du carr&#233; ; que nos ornements deviennent du dernier baroque : cela est vrai.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le baroque est li&#233; ici au volutes, &#224; l'oubli des formes r&#233;guli&#232;res, au renoncement aux valeurs classiques et antiques. Il est au contraire associ&#233; &#224; un retour au Moyen-&#194;ge (&#171; gothique &#187;). Ce &#171; baroque &#187; ainsi con&#231;u ne caract&#233;rise pas une p&#233;riode : il se rattache seulement &#224; un mauvais go&#251;t senti comme une d&#233;g&#233;n&#233;rescence, un retour en arri&#232;re &#224; des formes primitives de l'art, &#224; des temps obscurs de la cr&#233;ation, des &#233;poques en del&#224; des r&#232;gles et d'un jugement &#233;clair&#233; : on retrouvera cette critique dans la suite de notre propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le Dictionnaire de Tr&#233;voux de 1771 que le terme est employ&#233; pour la premi&#232;re fois &#224; propos de la peinture :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;BAROQUE. adj. de t. g. Terme de Joaillier, qui ne se dit que des perles qui ne sont pas parfaitement rondes. Gemm&#230; rudes &amp; impolit&#230;. Collier de perles baroques.
&lt;p&gt;Baroque, se dit aussi au figur&#233;, pour irr&#233;gulier, bizarre, in&#233;gal. Un esprit baroque. Une expression baroque. Une figure baroque. Il n'y a point de langue si baroque qui n'ait trouv&#233; des partisans z&#233;l&#233;s. M&#233;m. de Tr&#233;v.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En peinture, un tableau, une figure d'un go&#251;t baroque, o&#249; les r&#232;gles des proportions ne sont pas observ&#233;es, o&#249; tout est repr&#233;sent&#233; suivant le caprice de l'artiste.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'extension du terme &#224; la critique est bien attest&#233;e &#224; cette date, mais c'est encore une d&#233;finition formelle et non historique qui est donn&#233;e, m&#234;me si le syst&#232;me id&#233;al des proportions renvoie &#224; la Renaissance. Elle vaut pour la peinture, mais appara&#238;t ais&#233;ment transposable &#224; la litt&#233;rature, puisqu'un caprice est aussi une forme po&#233;tique, employ&#233;e par exemple au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle par Saint-Amant. A travers cette d&#233;finition commence &#224; se mettre en place l'anthith&#232;se qui deviendra traditionnelle entre le baroque et un art classique de la r&#233;gularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la litt&#233;rature. Si le mot est peu appliqu&#233; &#224; des oeuvres litt&#233;raires, il y aurait quelque exag&#233;ration &#224; consid&#233;rer qu'il ait &#233;t&#233; compl&#232;tement ignor&#233; d&#232;s le XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cartaud de La Vilatte, d&#232;s 1737, raille la prononciation provinciale qui d&#233;figure et &#171; baroquise &#187; la plus belle po&#233;sie : &#171; Les beaux vers de Monsieur Racine sont durs et baroques quand ils sortent de la bouche d'un Auvergnat &#187;. Quelques ann&#233;es plus tard, on trouve le mot employ&#233; chez Augustin Simon Irailh, auteur de m&#233;moires sur les &lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=JKqbbZ3A6UwC&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Querelles litt&#233;raires&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; en 1761. Il y rappelle que la &lt;i&gt;Pucelle&lt;/i&gt;, &#233;pop&#233;e de Jean Chapelain parue en 1656, avait &#233;t&#233; &#224; l'&#233;poque tr&#232;s froidement accueillie. On lui reprochait en particulier la disharmonie de ses vers, que l'auteur des m&#233;moires qualifie de &#171; baroque &#187; (p. 310) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Tout le monde s'accorde &#224; dire que les vers y sont durs, baroques, faits en d&#233;pit du bon sens. Despr&#233;aux, Racine, La Fontaine et quelques personnes de la m&#234;me soci&#233;t&#233; s'imposaient pour peine d'en lire une certaine quantit&#233;, lorsqu'on avait fait une faute contre le langage.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La cat&#233;gorie &#171; baroque &#187;, qu'on s'accorde souvent &#224; consid&#233;rer comme exog&#232;ne et &#233;trang&#232;re &#224; la pens&#233;e de l'&#233;poque, appara&#238;t toutefois &#224; une date assez pr&#233;coce faire partie du vocabulaire de la critique litt&#233;raire, comme synonyme de froid et de d&#233;raisonnable, non conforme au bon sens. C'est le caract&#232;re irr&#233;gulier et pour ainsi dire anti-classique qui est ici mis en avant, comme le sugg&#232;re l'anecdote (sans doute fausse) pr&#234;t&#233;e &#224; Racine et Boileau, consid&#233;r&#233;s &#224; cette date comme les gardiens des r&#232;gles et du bon go&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, tous les emplois du mot sont connot&#233;s n&#233;gativement. L'adjectif est d&#233;sormais synonyme de bizarre, excentrique pour des personnes, biscornu et irr&#233;gulier pour les choses :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;D'&#233;tranges qu'ils voulaient &#234;tre, ils devinrent bizarres, de bizarres baroques, ou peu s'en fallait (Musset, &lt;i&gt;Lettres de Dupuis et Cotonet&lt;/i&gt;, 1837)&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote&gt; les m&#234;mes propos biscornus, les m&#234;mes r&#233;flexions baroques.(Huysmans, &lt;i&gt;&#192; rebours&lt;/i&gt;, 1884).&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote&gt;des phrases si baroques et si ridicules(A. France, 1892)&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote&gt;On me trouvait impossible, burlesque, baroque (R. Rolland, &lt;i&gt;Jean-Christophe&lt;/i&gt;, 1910).&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est au cours du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle que le terme est peu &#224; peu devenu une cat&#233;gorie de l'Histoire de l'art, associ&#233; &#224; une p&#233;riode historique pr&#233;cise. D&#232;s 1789, le vocable appara&#238;t avec cette signification dans une traduction fran&#231;aise de Johann &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Johann_Joachim_Winckelmann&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Joachim Winckelmann&lt;/a&gt; (1717-1768) parue en 1789. Dans cette &lt;i&gt;Histoire de l'art chez les Anciens&lt;/i&gt;, le savant germanique y condamne la d&#233;cadence des Modernes en termes de d&#233;coration :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;On en est enfin venu &#224; ce point de corruption, qu'on a pratiqu&#233; sur les fa&#231;ades des &#233;difices, de ces ornements fantasques, de ces enroulements de go&#251;t baroque, que les gravures fran&#231;aises et allemandes ont cherch&#233; &#224; perp&#233;tuer.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=Ub6pdkatj8EC&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Histoire de l'Art chez les Anciens, pr&#233;face, p. LXIX&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel-Ange et Borromini illustrent selon lui cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toutefois le Suisse Jacob Burckhardt (1818-1897) qu'on associe l'introduction de la notion de baroque en histoire de l'art. Dans son &lt;i&gt;Cic&#233;rone, guide de l'art antique et de l'art moderne en Italie&lt;/i&gt; (1855) ; le baroque appara&#238;t chez lui dans cet ouvrage sous les auspices d'une d&#233;cadence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Notre propos emprunte ici beaucoup &#224; Hartmut Stenzel, &#171; Remarques sur la (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;L'architecture baroque parle la m&#234;me langue que la Renaissance, mais elle en parle un dialecte sauvage.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le terme est transpos&#233; du langage courant &#224; l'histoire de l'art, &#224; la faveur de ce guide de voyage r&#233;dig&#233; par le savant suisse, il emporte avec lui les connotations d&#233;pr&#233;ciatives qui sont les siennes. L'art baroque appara&#238;t &#224; l'auteur du &lt;i&gt;Cicerone&lt;/i&gt; comme une d&#233;viance et un d&#233;clin par rapport &#224; celui de la Renaissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='sans qu'il distingue comme nous l'avons fait jusqu'ici entre &#171; grande (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mot de baroque renvoie &#224; une &#233;volution chronologique au cours de laquelle la perfection de la Renaissance se trouve dissoute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrisch Nietzsche c&#244;toya Burckhardt &#224; l'universit&#233; de B&#226;le et lui voua une grande admiration. L'auteur d'&lt;i&gt;Humain trop humain&lt;/i&gt; (1886) propose au tome 2 une &#171; note sur le style baroque &#187; ; il y emprunte &#224; son coll&#232;gue la m&#234;me conception d&#233;cadentiste de cette notion. Nietzsche appelle en effet baroque une certaine tendance de l'art &#224; d&#233;g&#233;n&#233;rer apr&#232;s avoir connu une p&#233;riode de perfection classique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Le baroque surgit chaque fois lorsqu'un grand art d&#233;cline, lorsque les exigences de l'expression classique dans l'art sont devenues trop grandes, comme un &#233;v&#233;nement de la nature qu'on observe avec m&#233;lancolie &#8211; parce qu'il pr&#233;c&#232;de la nuit &#8211;, mais en m&#234;me temps avec admiration pour les ressources compensatrices de l'expression et de la narration qui lui sont propres.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche, contrairement &#224; l'historien de l'art, n'associe pas le baroque &#224; une p&#233;riode d&#233;finie, mais &#224; une certaine propension r&#233;currente de l'histoire des formes. Th&#232;se anhistorique promise &#224; riche avenir, mais qui est r&#233;v&#233;latrice de l'intention qui guidait plus ou moins consciemment les inventeurs de la notion de baroque. Le texte de Nietzsche manifeste bien que ces savants du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle cherchaient &#224; trouver un outil pour penser leur pr&#233;sent : ils &#233;crivaient dans une p&#233;riode hant&#233;e par l'id&#233;e de d&#233;clin et de d&#233;cadence (qu'on songe au mouvement &#171; d&#233;cadentiste &#187;, ou au &lt;i&gt;D&#233;clin de l'Occident&lt;/i&gt; qu'Oswald Spengler devait publier en 1918). La distinction introduite entre Renaissance et Baroque permettait de mod&#233;liser, ou de mettre &#224; distance, le sentiment de d&#233;clin qui obs&#233;da les intellectuels europ&#233;ens en ces ann&#233;es de &#171; fin-de-si&#232;cle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi construite comme exemple d'art d&#233;cadent ou d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, la notion de baroque put &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;e &#224; toutes les fins. Les amateurs de D&#233;cadence, ou plus g&#233;n&#233;ralement les adversaires de tous les classicismes, propos&#232;rent la promotion de la notion de baroque, qui leur parut propre &#224; d&#233;construire les crit&#232;res de perfection classique (harmonie, clart&#233;, unit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_337 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:150px;'&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/250px-heinrich_wolfflin_duhrkoop-2.jpg' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH109/wollflin_vignette2-b109e.jpg?1485238932' width='150' height='109' alt='JPEG' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Buckhardt fut le premier &#224; faire du baroque une cat&#233;gorie de l'histoire de l'art, il n'en &#233;chafauda pas une grande th&#233;orie syst&#233;matique. Il laissa cette t&#226;che &#224; l'un de ses brillants disciples, Heinrich W&#246;lfflin (1864-1945)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='Heinrich W&#246;lfflin, Principes fondamentaux de l'histoire de l'art [1915], (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La position w&#246;lfflienne est plus ambigu&#235; que celle de son ma&#238;tre. Certes, comme Burckhardt, W&#246;lfflin oppose la s&#233;r&#233;nit&#233; du beau id&#233;al renaissant (&#171; l'Etre beau et tranquille &#187;) et l'inqui&#233;tude qui traverse le baroque, art de &#171; 'l'insatisfaction &#187; et de &#171; l'absence de tranquillit&#233; &#187;. Il refuse toutefois d'inscrire son &#233;tude dans le contexte pol&#233;mique d'un discours d&#233;cliniste ou anti-d&#233;cliniste. Loin de toute controverse de nature id&#233;ologique, il revendique au contraire l'objectivit&#233; de son approche et l'impartialit&#233; de son &#233;tude ; il rejette en particulier comme non pertinente la r&#233;f&#233;rence &#224; une quelconque d&#233;cadence :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Le baroque, ou disons l'art moderne, n'est ni le d&#233;clin ni une perfection de l'art classique, il constitue un art tout &#224; fait diff&#233;rent.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t de l'approche w&#246;llflienne est qu'elle met fin au jugement de valeur n&#233;gatif port&#233; sur un moment de l'histoire des formes. Aux yeux de W&#246;lfflin, le baroque n'est plus, comme il l'&#233;tait &#224; ceux de son ma&#238;tre, un art d&#233;fectueux. Mais sous couvert de neutralit&#233;, W&#246;lfflin projette n&#233;anmoins sur le baroque une autre pr&#233;occupation : il y voit la gen&#232;se de la modernit&#233;. Au clivage op&#233;ratoire pour Burckhardt et Nietzsche entre classicisme et d&#233;cadence, il en oppose un autre, entre art ancien et nouveau. Le baroque lui appara&#238;t comme le premier art moderne. Ce faisant, c'est encore avec les lunettes de son &#233;poque, et en posant une question propre &#224; son temps, qu'il consid&#232;re les oeuvres du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle class&#233;es sous l'&#233;tiquette baroque. C'est bien, ici encore, l'arch&#233;ologie de son pr&#233;sent, que se propose d'&#233;tudier W&#246;lfflin dans son ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;W&#246;lfflin donne ainsi, le premier, ses lettres de noblesse au baroque : de quolibet pour d&#233;signer des oeuvres ou un courant d&#233;cri&#233;, le mot devient une cat&#233;gorie d&#233;sormais bien accept&#233;e dans le milieu de l'histoire de l'art. Cela ne signifie pas pourtant que toute contestation cessa par la suite. Pour ou contre le baroque ? Malgr&#233; l'effort de neutralit&#233; d&#233;ploy&#233; par W&#246;lfflin, et malgr&#233; son souci de mettre au point une d&#233;finition objective, la question devait hanter l'histoire artistique et litt&#233;raire du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et susciter maint d&#233;bat, mainte pol&#233;mique. Il n'est pas s&#251;r que la discussion soit close aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des premiers auteurs &#224; manifester cette ambivalence fut Benedetto Croce (1866-1952), philosophe, homme politique de premier plan, hostile au fascisme, fondateur du parti lib&#233;ral italien. Il publia en 1929 une &lt;i&gt;Storia dell'et&#224; barocca in Italia&lt;/i&gt; dont le r&#244;le fut double. Le titre de son ouvrage est &#233;loquent : il exista selon lui un &#171; &#226;ge baroque &#187;. La cat&#233;gorie n'est plus seulement une &#233;tiquette qualifiantles traits formels de certaines oeuvres datant des XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles : le terme se trouve g&#233;n&#233;ralis&#233; et appliqu&#233; &#224; l'ensemble d'une &#233;poque, dans toutes ses manifestations. Il pr&#233;tend montrer dans son livre qu'il exista un &#171; &#226;ge baroque &#187; coh&#233;rent, situ&#233; entre la Renaissance et les Lumi&#232;res. Le baroque devient avec Croce un certain esprit du temps, dont il contribue &#224; r&#233;v&#233;ler l'unit&#233; &#224; travers ses nombreuses recherches et ses travaux d'&#233;dition de textes. Il promeut ainsi une conception du baroque ancr&#233;e dans une &#233;poque, dont il constitue comme la signature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, apr&#232;s avoir identifi&#233; cet &#171; &#226;ge baroque &#187;, Croce n'en propose pas l'&#233;loge, bien au contraire, et c'est l&#224; que r&#233;side l'ambigu&#239;t&#233; ou l'ambivalence de son travail. Pour lui, le baroque est &#171; un mode de perversion et de laideur artistique &#187; ; il &#171; n'est nullement artistique mais tout au contraire quelque chose de diff&#233;rent de l'art dont il a pris l'aspect et le nom &#187;. Croce promeut le sens historique du concept, mais en m&#234;me temps il condamne ces oeuvres au nom de leur mauvais go&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Croce a pu para&#238;tre comme un pamphlet, auquel r&#233;pondra deux ans plus tard Eugenio d'Ors (1881-1954) dans son essai &lt;i&gt;Du Baroque&lt;/i&gt; paru en 1931 (traduit en fran&#231;ais en 1936 ; disponible chez Gallimard, cit&#233; ici dans l'&#233;dition de 1968).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet essai, le critique espagnol franquiste conteste l'hostilit&#233; du savant italien au baroque.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;De tradition, le qualificatif 'baroque' n'&#233;tait appliqu&#233; qu'&#224; certaine perversion du go&#251;t ; perversion historiquement &#8212; si l'on peut dire &#8212; et parfaitement localis&#233;e. R&#233;cemment encore, un ma&#238;tre aussi &#233;rudit que Benedetto Croce niait avec insistance que l'on p&#251;t consid&#233;rer le baroque autrement que comme 'une des vari&#233;t&#233;s du laid' (&lt;i&gt;Variet&#224; del brutto&lt;/i&gt;. Sans en arriver &#224; une position aussi n&#233;gative et exorcisante, la tendance, il y a vingt ans et moins, &#233;tait de s'en tenir &#224; l'opinion que r&#233;sument les formules suivantes :
1&#176; Le baroque est un ph&#233;nom&#232;ne dont la naissance, la d&#233;cadence et la fin se situent vers les XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles et qui n'a touch&#233; que le monde occidental.
2&#176; Il est propre &#224; l'architecture, et &#224; quelques rares aspects de la sculpture ou de la peinture
3&#176; Il s'agit d'un style pathologique, d'une vague de monstruosit&#233; et de mauvais go&#251;t
4&#176; Et enfin il est le produit d'une sorte de d&#233;composition du style classique et de la Renaissance...&#034;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;A cette conception historique et &#233;volutive, d'Ors r&#233;pond au contraire en termes d'opposition structurelle :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
1&#176; Le baroque est une constante historique qui se retrouve &#224; des &#233;poques aussi r&#233;ciproquement &#233;loign&#233;es que l'Alexandrisme de la Contre-R&#233;forme ou celle-ci de la p&#233;riode &#171; fin de si&#232;cle &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; la fin du dix-neuvi&#232;me et qu'il s'est manifest&#233; dans les r&#233;gions les plus diverses, tant en Orient qu'en Occident
2&#176; Ce ph&#233;nom&#232;ne int&#233;resse non seulement l'art, mais toute civilisation [...]
3&#176; Son caract&#232;re est normal [...]
4&#176; Loin de proc&#233;der du style classique, le baroque y est oppos&#233; d'une mani&#232;re plus fondamentale encore que le romantisme qui, lui, n'est en somme qu'un &#233;pisode dans le d&#233;roulement de la constante historique&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si d'Ors r&#233;habilite le baroque, c'est pour en revenir &#224; une conception atemporelle de cette notion, dont l'art du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qu'on reconna&#238;t sous ce nom ne serait qu'une manifestation parmi d'autres. Le baroque correspond selon lui &#224; une disposition transhistorique de l'esprit, susceptible de se manifester &#224; toutes les &#233;poques, et de s'incarner dans diff&#233;rents arts. C'est&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&#034;une constante qui se retrouve &#224; des &#233;poques aussi r&#233;ciproquement
&#233;loign&#233;es que l'Alexandrisme de la Contre-r&#233;forme, ou celle-ci de la p&#233;riode 'fin de si&#232;cle'.&#034;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le baroque, dit-il, est un &#171; &#233;on &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; peu pr&#232;s, au sens que lui donnaient les n&#233;o-platoniciens, une Essence &#233;ternelle, une id&#233;e, une entit&#233; m&#233;taphysique, mais qui a une histoire, et qui peut donc ressurgir &#224; diff&#233;rentes &#233;poques.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Un &#233;on, pour les Alexandrins, signifiait une cat&#233;gorie qui, malgr&#233; son caract&#232;re m&#233;taphysique &#8212; c'est-&#224;-dire bien qu'elle f&#251;t strictement cette cat&#233;gorie &#8212; avait cependant un d&#233;veloppement inscrit dans le temps, avait en quelque sorte &lt;i&gt;une histoire&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici, notez bien, d'affirmer l'existence de cycles [...] ou de formuler un &#171; &#233;ternel recommencement des choses &#187; [...]. Nous n'abordons pas ici le probl&#232;me de la r&#233;gularit&#233; du processus, ni celui de la p&#233;riodicit&#233; du retour. Nous n'imaginons pas un cercle...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le go&#251;t des courbes tourment&#233;es, de la fluidit&#233;, du dynamisme, de l'expression exacerb&#233;e des sentiments : &#224; ce titre, le Laocoon (II&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle A.C.) pourrait appara&#238;tre comme caract&#233;ristique d'un &#171; baroque &#187; qui succ&#233;derait au hi&#233;ratisme solennel de l'art classique de Phidias, ainsi son Ath&#233;na droite et majestueuse, incarnant la s&#233;r&#233;nit&#233; et l'&#233;quilibre. Le XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, &#224; la fois rationaliste et sentimentaliste, lui para&#238;t travers&#233; &#224; ce titre par un &#171; baroquisme &#187;. De m&#234;me, les stations de m&#233;tro &#171; art nouveau &#187; d'Hector Guimard ont pu appara&#238;tre &#224; Eugenio d'Ors comme une nouvelle r&#233;surgence d'une tendance baroque &#233;ternelle, avec ce go&#251;t pour les formes tarabiscot&#233;es, la pl&#233;thore d&#233;corative, la saturation de l'espace : il s'agit l&#224; encore de la part des artistes d'un effort d&#233;lib&#233;r&#233; pour se d&#233;marquer d'un classicisme ant&#233;rieur, acad&#233;mique et &#171; pompier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&#171; Lalique, verrier baroque &#224; Nancy, rappelait sans l'imiter, la mani&#232;re des verriers baroques de Venise. Et Guimard, par exemple, architecte des stations du &#171; M&#233;tro &#187; de Paris, sans plagiat non plus, et en s'inspirant directement des mod&#232;les vivants de la flore, continuait la tradition du naturalisme v&#233;g&#233;tal des &#171; manu&#233;liens &#187; portugais, des &#171; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Benito_Churriguera#:~:text=Jos%C3%A9%20Benito%20Churriguera%20(1665%20%2D%201725,les%20plans%20datent%20de%201693&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;churrigueresques&lt;/a&gt; &#187; espagnols et des &#171; j&#233;suites &#187; romains. &#187; (p. 99-100)&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Entendu ainsi, le baroque est une postulation de l'inconscient qui renvoie &#224; la nostalgie pour la sauvagerie et le chaos ; le classicisme correspondrait plut&#244;t selon d'Ors &#224; un p&#244;le apollinien du c&#339;ur, tourn&#233; vers la sym&#233;trie r&#233;guli&#232;re du classicisme. Si l'&#233;crivain espagnol parvient ainsi &#224; revaloriser la notion d&#233;cri&#233;e de baroque et &#224; r&#233;futer la pr&#233;tendue pathologie de ces productions assimil&#233;es par Croce &#224; une &#171; vari&#233;t&#233; du laid &#187;, cette r&#233;habilitation a un co&#251;t : elle entra&#238;ne pour corollaire un refus de toute d&#233;termination historique et l'assimilation pour le moins risqu&#233;e du baroque &#224; une pente permanente de l'intellect.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Tout P est M - Quelque S n'est pas M =&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque S n'est pas P ; Exemple de la &lt;i&gt;Logique de Port-Royal&lt;/i&gt; : toute vertu comporte la discr&#233;tion ; or il est des z&#232;les qui ne sont pas discrets. Donc tous les z&#232;les ne sont pas vertueux. Autre exemple : Tout fauve est un animal sauvage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des f&#233;lins qui ne sont pas des fauves. Donc, quelques f&#233;lins ne sont pas des animaux sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Notre propos emprunte ici beaucoup &#224; Hartmut Stenzel, &#171; Remarques sur la gen&#232;se et les utilisations de la notion de baroque en Allemagne &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du Grihl&lt;/i&gt;, 2012-02, &lt;a href=&#034;https://dossiersgrihl.revues.org/5207#bodyftn7&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;consultable en ligne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;sans qu'il distingue comme nous l'avons fait jusqu'ici entre &#171; grande Renaissance &#187; et &#171; Renaissance mani&#233;riste &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Heinrich W&#246;lfflin, &lt;i&gt;Principes fondamentaux de l'histoire de l'art &lt;/i&gt; [1915], trad. Claire et Marcel Raymond, Paris, Plon, 1952.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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<item xml:lang="fr">
		<title>3.1.4. Mouvements</title>
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		<dc:date>2009-11-06T10:41:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le baroque affectionne &#171; le mouvement qui d&#233;place le ligne &#187; : reprenant un vocabulaire renaissant, il s'emploie &#224; le doter d'une dynamique qui l'anime, l'entra&#238;ne et l'emporte dans le tourbillon d'une vie in&#233;puisable. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; L'homme n'est jamais plus semblable &#224; lui-m&#234;me que quand il est en mouvement. &#187; (Le Bernin) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le baroque h&#233;rite des proc&#233;d&#233;s mani&#233;ristes : la rupture se situe moins dans les techniques que dans l'esprit qui les anime. Les artistes de la Contre-R&#233;forme, en effet, se plaisent, comme leurs (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-1-Plastique-du-triomphe-" rel="directory"&gt;3.1. Plastique du triomphe : &#171; subjuguer pour enivrer &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le baroque affectionne &#171; le mouvement qui d&#233;place le ligne &#187; : reprenant un vocabulaire renaissant, il s'emploie &#224; le doter d'une dynamique qui l'anime, l'entra&#238;ne et l'emporte dans le tourbillon d'une vie in&#233;puisable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; L'homme n'est jamais plus semblable &#224; lui-m&#234;me que quand il est en mouvement. &#187; (Le Bernin)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le baroque h&#233;rite des proc&#233;d&#233;s mani&#233;ristes : la rupture se situe moins dans les techniques que dans l'esprit qui les anime. Les artistes de la Contre-R&#233;forme, en effet, se plaisent, comme leurs pr&#233;d&#233;cesseurs mani&#233;ristes, &#224; tordre les lignes et &#224; troubler les &#233;quilibres. Mais leur vis&#233;e n'est pas la m&#234;me : loin de s'employer &#224; semer le doute et le d&#233;sarroi, ils t&#226;chent au contraire de fasciner en exhibant le mouvement qui est celui du monde, toujours divers, toujours chatoyant, toujours merveilleux. C'est qu'il s'agit de mettre en sc&#232;ne l'&#233;lan des hommes vers Dieu, et de Dieu vers les hommes. Le baldaquin du Bernin, qui orne l'autel de Saint-Pierre de Rome, est embl&#233;matique de ce programme.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_167 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/bernin_baldaquin_st_pierre_rome.jpg' title='Le Bernin, Autel papal et baldquin' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH200/bernin_baldaquin_st_pierre_rome_petit-53fa0.jpg?1485189569' width='150' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-167 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Le Bernin, &lt;em&gt;Autel papal et baldquin&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-167 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Saint-Pierre de Rome, 1663
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_169 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/bernin_baldaquin_st_pierre_rome2.jpg' title='Le Bernin, Autel papal et baldaquin' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH225/bernin_baldaquin_st_pierre_rome2_petit-d2858.jpg?1485189569' width='150' height='225' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-169 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Le Bernin, &lt;em&gt;Autel papal et baldaquin&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-169 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Saint-Pierre de Rome, 1663
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Andr&#233; Chastel voit dans cette sculpture de jeunesse de l'artiste un &#171; manifeste &#187; baroque. Tout est mis en &#339;uvre pour fuir le statisme et sugg&#233;rer l'ascension vers le Ciel : les colonnes torsad&#233;es, les voltes, les courbes &#233;tourdissantes tourbillonnent et entra&#238;nent le fid&#232;le dans leur giration spiral&#233;e, figurant le mouvement ascensionnel irr&#233;pressible de la flamme. L'utilisation originale du bronze et le jeu des couleurs soulignent et r&#233;v&#232;lent la r&#233;alit&#233; th&#233;ologique de la transsubstantiation, qui, en m&#233;tamorphosant le pain en corps sacr&#233; du Christ, m&#234;le le ciel et la terre et sanctifie le monde sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attrait baroque pour le d&#233;cor trouve tout particuli&#232;rement &#224; s'exprimer dans les fa&#231;ades des &#233;glises j&#233;suites.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_173 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/giacomo_della_porta_1533_1602_facade_gesu_1575.jpg' title='Giacomo Della Porta (1533-1602), fa&#231;ade du Ges&#249;' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH189/giacomo_della_porta_1533_1602_facade_gesu_1575_petit-80ba6.jpg?1485189569' width='150' height='189' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-173 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Giacomo Della Porta (1533-1602), fa&#231;ade du Ges&#249;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-173 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;(Rome, 1575)
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Si celle du Ges&#249;, une des premi&#232;res r&#233;alisations dans ce genre, est encore sobre, celle de l'&#233;glise des Quatre Fontaines, due &#224; Francesco Borromini, est plus audacieuse.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_171 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/francesco_borromini_1599_1667_eglise_quatre_fontaines_rome.jpg' title='Francesco Borromini (1599-1667), &#233;glise des quatre fontaines' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH199/francesco_borromini_1599_1667_eglise_quatre_fontaines_rome_petit-c81a0.jpg?1485189569' width='150' height='199' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-171 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Francesco Borromini (1599-1667), &#233;glise des quatre fontaines&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-171 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;(Rome)
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;La fa&#231;ade, toute de courbes et de contre-courbes, se creuse et s'enfle alternativement : aux compositions rectilignes de la Renaissance, l'artiste pr&#233;f&#232;re les ondulations convexes et concaves d'une pierre qui imite la vague. Il donne libre cours &#224; une profusion d&#233;corative et opte pour des retraits, des avanc&#233;es et un balcon : l'&#233;glise se fait ici th&#233;&#226;tre, et, conqu&#233;rante, empi&#232;te sur l'ext&#233;rieur. La valeur d&#233;corative l'emporte sur la fonction architecturale : les colonnes apparaissent plus comme des ornements que comme &#233;l&#233;ments destin&#233;s &#224; soutenir le b&#226;timent. &#192; Venise, Balthasar Longhena orne la fa&#231;ade de la Salute d'&#233;paisses volutes enroul&#233;es sur elles-m&#234;mes. L'int&#233;rieur des &#233;difices est &#233;galement moins s&#233;v&#232;re : au rigoureux plan carr&#233; ou &#224; la croix grecque, les architectes pr&#233;f&#232;rent d&#233;sormais les ovales et les ellipses, et affectionnent les contrastes entre l'ombre et la lumi&#232;re qui dramatisent et th&#233;&#226;tralisent l'espace.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_175 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/baldassare_longhena_1598_1682_venise_santa_saria_della_salute_1687.jpg' title='Balthasar Longhena (1598-1682), Santa Maria Della Salute' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH200/baldassare_longhena_1598_1682_venise_santa_saria_della_salute_1687_petit-90eb6.jpg?1485189569' width='150' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-175 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Balthasar Longhena (1598-1682), Santa Maria Della Salute&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-175 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;(Venise, 1687)
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_165 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/ruben_1577_1640_descente_de_croix_lille_Pierre-Paul_Rubens_1577-1640_Descente_de_Croix_musee_de_Lille.jpg' title='Pierre-Paul Rubens (1577-1640), Descente de croix' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH226/ruben_1577_1640_descente_de_croix_petit-9b4da.jpg?1485189569' width='150' height='226' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-165 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Pierre-Paul Rubens (1577-1640), &lt;em&gt;Descente de croix&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-165 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Mus&#233;e de Lille
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Le go&#251;t baroque pour le mouvement n'&#233;pargne pas la peinture religieuse du temps, ainsi chez le catholique flamand Rubens (1577-1640) : la composition de sa &lt;i&gt;Descente de croix&lt;/i&gt; construite sur des figures curvilignes et elliptiques, tend &#224; d&#233;former les postures : le corps disloqu&#233; du Christ forme un S, tandis que Jean, cambr&#233;, semble sur le point de basculer. L'ampleur de la toile surcharg&#233;e de figures, le mouvement des drap&#233;s, l'expressivit&#233; des visages, les oppositions de couleur, ou encore le contraste entre la beaut&#233; de Madeleine et la lividit&#233; cadav&#233;rique de J&#233;sus, tout cela contribue au path&#233;tique d'une toile th&#233;&#226;trale, qui invite le spectateur &#224; participer &#224; la sc&#232;ne et &#224; compatir aux souffrances du Christ et des ap&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;l&#233;bration du monde sensible confine n&#233;cessairement &#224; celui de l'&#233;ph&#233;m&#232;re et de l'instant qui passe, du moment qui s'enfuit. Ce n'est pas un hasard si les architectes de l'&#233;poque triomphent &#224; mettre en sc&#232;ne l'eau qui s'&#233;l&#232;ve en jets et retombe en gouttelettes miroitantes : c'est la fluidit&#233; d'un monde en constante m&#233;tamorphose que sugg&#232;rent les cr&#233;ateurs de fontaines. L'une des plus belles r&#233;ussites romaines en la mati&#232;re est la Fontaine des Quatre-Fleuves, situ&#233;e place Navona, et &#233;difi&#233;e de 1648 &#224; 1651 par Le Bernin.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_177 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/bernin_fontaine_quatre_fleuves_place_navone_1648_1651_1.jpg' title='Le Bernin, Fontaine des Quatre Fleuves' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH200/bernin_fontaine_quatre_fleuves_place_navone_1648_1651_1_petit-5b1ed.jpg?1485189569' width='150' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-177 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Le Bernin, Fontaine des Quatre Fleuves&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-177 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Place Navone, Rome (1648-1651)
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Sous une ob&#233;lisque dress&#233;e comme une ligne droite au milieu d'un chaos de courbes, des statues colossales repr&#233;sentent les quatre principaux fleuves des quatre continents connus &#224; l'&#233;poque (Danube, Nil, Gange, Rio de la Plata). Ces all&#233;gories sont fig&#233;es, comme arr&#234;t&#233;es dans une invraisemblable position. La fontaine, situ&#233;e en face de la r&#233;sidence d'Innocent X, est l'embl&#232;me de la Contre-R&#233;forme conqu&#233;rante : la colombe, plac&#233;e au sommet de la fontaine, symbolise la victoire du christianisme sur le monde entier. Les jeux d'eau sont ici particuli&#232;rement subtils : le bassin tr&#232;s bas, de m&#234;me forme que la place, cr&#233;e l'illusion d'une proximit&#233; entre les sculptures et le promeneur. Les cascades chatoient en ruisselant le long des rochers, d&#233;bordent, en tumulte, tombe en gerbe et miroite, souligne les spirales et les enroulements, anime de son mouvement hasardeux les sculptures.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_178 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/bernin_fontaine_quatre_fleuves_place_navone_1648_1651_2.jpg' title='Le Bernin, Fontaine des Quatre Fleuves' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH113/bernin_fontaine_quatre_fleuves_place_navone_1648_1651_2_petit-aa1ed.jpg?1485189569' width='150' height='113' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-178 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Le Bernin, Fontaine des Quatre Fleuves&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-178 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;Place Navone, Rome (1648-1651)
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>3.1.2. Reconqu&#234;te</title>
		<link>http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-1-2-Reconquete</link>
		<guid isPermaLink="true">http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?3-1-2-Reconquete</guid>
		<dc:date>2008-12-18T23:46:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Si le mani&#233;risme correspond &#224; une expression du d&#233;sarroi li&#233; &#224; la crise du savoir et des mentalit&#233;s qui affecte le XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le baroque proc&#232;de plut&#244;t d'une tentative pour conjurer et exorciser cette angoisse, en reconstruisant le lien perdu entre la Terre et le Ciel, en renouant par le prestige des mots et des images les anciennes correspondances qu'on croyait perdues. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le baroque na&#238;t &#224; Rome et dans les grandes villes italiennes vers 1580, avant de se diffuser rapidement et de perdurer pendant deux (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-1-Plastique-du-triomphe-" rel="directory"&gt;3.1. Plastique du triomphe : &#171; subjuguer pour enivrer &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si le mani&#233;risme correspond &#224; une expression du d&#233;sarroi li&#233; &#224; la crise du savoir et des mentalit&#233;s qui affecte le XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le baroque proc&#232;de plut&#244;t d'une tentative pour conjurer et exorciser cette angoisse, en reconstruisant le lien perdu entre la Terre et le Ciel, en renouant par le prestige des mots et des images les anciennes correspondances qu'on croyait perdues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le baroque na&#238;t &#224; Rome et dans les grandes villes italiennes vers 1580, avant de se diffuser rapidement et de perdurer pendant deux si&#232;cles dans une grande partie de l'Europe, et plus longtemps encore en Am&#233;rique du Sud. Si, en litt&#233;rature, la distinction entre baroque et mani&#233;risme n'est pas toujours ais&#233;e, en peinture et en architecture, en revanche, le mouvement baroque est bien identifi&#233; dans les arts plastiques, et ne fait pas l'objet des m&#234;mes contestations que le baroque litt&#233;raire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3.1.2.1. Naissance du baroque : L'art au service de la R&#233;forme catholique&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=12#outil_sommaire_0'&gt;3.1.2.1. Naissance du baroque&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3.1.2.2. Un souffle nouveau&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=12#outil_sommaire_1'&gt;3.1.2.2. Un souffle nouveau&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3.1.2.3. Le baroque selon Heinrich W&#246;lfflin&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=12#outil_sommaire_2'&gt;3.1.2.3. Le baroque selon (...)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=12#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3.1.2.1. Naissance du baroque : L'art au service de la R&#233;forme catholique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La naissance du mouvement baroque est li&#233;e &#224; la reprise en main de l'Eglise catholique, apr&#232;s que la chr&#233;tient&#233; s'est retrouv&#233;e coup&#233;e en deux suite &#224; la R&#233;forme protestante qui marqua la premi&#232;re moiti&#233; du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. D&#233;sormais, vers 1550, l'Europe est en effet divis&#233;e entre d'un c&#244;t&#233; les partisans de Luther et Calvin, et de l'autre les chr&#233;tiens rest&#233;s fid&#232;les &#224; l'autorit&#233; du Pape. Pour tenter de combattre l'h&#233;r&#233;sie protestante, et r&#233;affirmer le bien-fond&#233; du dogme, le pape Paul III convoqua une assembl&#233;e de tous les &#233;v&#234;ques dans la ville italienne de Trente. Le concile de Trente, qui s'ouvrit le 13 d&#233;cembre 1545 pour s'achever en 1563, fut le point de d&#233;part de la &#171; Contre-R&#233;forme &#187; (ou &#171; R&#233;forme catholique &#187;), dont l'objectif &#233;tait de reconqu&#233;rir le terrain perdu sur les h&#233;r&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En marge du Concile, parmi les mesures qui particip&#232;rent de ce mouvement de reconqu&#234;te, figure la cr&#233;ation d'un ordre religieux, la Compagnie de J&#233;sus (1540), par Ignace de Loyola, ancien militaire espagnol (1491-1556).&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_126 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/ignace_de_Loyola_-_ecole_francaise_du_XVIIe_siecle.jpg' title='Saint Ignace de Loyola (1491-1556), Ecole fran&#231;aise' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L100xH134/ignace_de_Loyola_-_ecole_francaise_du_XVIIe_siecle_petit-a03a7.jpg?1485179536' width='100' height='134' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-126 spip_doc_titre' style='width:120px;'&gt;&lt;strong&gt;Saint Ignace de Loyola (1491-1556), Ecole fran&#231;aise&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-126 spip_doc_descriptif' style='width:120px;'&gt;Le saint est repr&#233;sent&#233; en soldat : la peinture souligne la vocation militante de l'ordre autant que son organisation militaire
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Ces pr&#234;tres j&#233;suites &#233;taient &#224; leur mani&#232;re des &#171; soldats du Christ &#187; ; ils d&#233;pendaient directement du Pape et dont l'organisation &#233;tait calqu&#233;e sur celle des militaires. Leur mission &#233;tait claire : il s'agissait pour eux de travailler &#224; reconqu&#233;rir les &#226;mes perdues &#224; la suite de la fracture de la R&#233;forme. Les j&#233;suites devinrent ainsi le fer de lance de la reconqu&#234;te catholique.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_127 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/concile_de_trente_gravure_1565.jpg' title='S&#233;ance du concile dans la cath&#233;drale de Trente. Gravure sur cuivre, 1565.' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH102/concile_de_trente_gravure_1565_petit-4e11b.jpg?1485179536' width='150' height='102' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-127 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;S&#233;ance du concile dans la cath&#233;drale de Trente. Gravure sur cuivre, 1565.&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-127 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;le concile de Trente (1545-1563) fut onvoqu&#233; par le pape Paul III. Il donna l'impulsion &#224; un vaste mouvement de r&#233;forme dans le monde catholique.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Les j&#233;suites employ&#232;rent tous les moyens pour assurer cette reprise en main des &#226;mes, y compris des moyens esth&#233;tiques. C'est &#224; cette fin qu'ils favoris&#232;rent l'&#233;closion et le d&#233;veloppement du baroque ; ce style en effet correspondait &#224; leur th&#233;ologie et &#224; leur souci de propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;forme protestante propose une vision intellectuelle de la religion, fond&#233;e sur le Livre. Elle se m&#233;fie des s&#233;ductions sensibles et des tentations charnelles, au point de d&#233;truire les &#339;uvres d'art : les guerres de religion furent marqu&#233;es par un iconoclasme qui aboutit &#224; la destruction d'une bonne partie du patrimoine artistique religieux du Moyen-&#194;ge et de la Renaissance&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_452 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/revolte_iconoclaste_anvers_1567.jpg' title='JPEG - 164.1 ko' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH101/revolte_iconoclaste_anvers_1567-d3ecf-35673.jpg?1510594142' width='150' height='101' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-452 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;R&#233;volte iconoclaste &#224; Anvers en 1567
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les catholiques, au contraire, r&#233;affirment le bien-fond&#233; des images dans une perspective d'&#233;ducation, mai aussi au nom de l'Incarnation du Christ, qui a pris chair et ainsi sanctifi&#233; le sensible. Aussi le baroque usera-t-il des repr&#233;sentations artistiques et picturales pour rendre visible la grandeur de Dieu. Il n'h&#233;sitera pas &#224; en appeler aux sens et aux affects, et s'emploiera &#224; &#233;blouir pour s&#233;duire et persuader. Les images ont pour t&#226;che de surprendre et de ravir, de frapper l'imagination plus que les esprits. Rien n'est trop grand, trop beau, trop riche pour persuader les &#226;mes de la majest&#233; de la religion catholique. Dieu m&#233;rite une d&#233;bauche de luxe ostentatoire. Rendre visible la f&#233;licit&#233; invisible, rendre perceptible aux sens l'ineffable c&#233;leste, et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale sanctifier le sensible, tel est le programme des artistes baroques proches des j&#233;suites. Ceux-ci t&#226;chent ainsi, par l'art, de reconstruire la relation de proximit&#233; qui unissait Dieu et les hommes avant la R&#233;forme. Les artistes furent ainsi favoris&#233;s par l'Eglise catholique, &#224; condition toutefois que leurs &#339;uvres respectent scrupuleusement l'orthodoxie. Ils furent invit&#233;s &#224; privil&#233;gier les images des saints et de la Vierge Marie, dont le culte avait &#233;t&#233; condamn&#233; comme superstitieux par les protestants, mais r&#233;affirm&#233; par la papaut&#233;. L'art &#233;tait ainsi encourag&#233;, mais sous certaines pr&#233;cautions, au cours de la 25&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; session du concile (d&#233;cembre 1563)&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Affirmation de la vertu p&#233;dagogique de l'image, utile pour &#171; enseigner et rappeler au peuple les articles de la foi ( &#187;erudire et confirmare populum in articulis fidei&#034;).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Exigence de pr&#233;cision th&#233;ologique, d'orthodoxie, et de conformit&#233; aux textes sacr&#233;s ainsi qu'aux traditions authentifi&#233;s, &#224; l'exclusion de toute sc&#232;ne douteuse ou apocryphe. C'est pourquoi par exemple Gilio de Fabriano (mort en 1584), auteur d'un ouvrage sur les erreurs observ&#233;es en peinture, &lt;i&gt;Due Dialoghi&lt;/i&gt;, reproche &#224; Michel-Ange d'avoir peint les anges sans leurs ailes dans son &lt;i&gt;Jugement Dernier&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; M&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de l'humanisme, de la mythologie et de la philosophie grecque et latine, remise &#224; l'honneur &#224; la Renaissance. Les artistes devaient se garder &#171; de toute repr&#233;sentation de fausses doctrines pouvant occasionner de graves erreurs &#187;. Fabriano reproche ainsi encore &#224; Michel-Ange, toujours dans son &lt;i&gt;Jugement Dernier&lt;/i&gt;, d'avoir repr&#233;sent&#233; Charon, le nocher des Enfers dans la mythologie antique : un semblable m&#233;lange du profane et du sacr&#233; est tenu pour condamnable.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Exigence de d&#233;cence. La nudit&#233; et l'&#233;rotisme, si fr&#233;quents et si habituels dans la peinture mani&#233;riste du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, sont d&#233;sormais proscrits : &#171; Tout ce qui est lascif ( &#187;lasciviae&#171; , ce qu'on peut traduire &#224; peu pr&#232;s par pornographie) doit &#234;tre &#233;vit&#233; ; de telle fa&#231;on que les figures humaines ne seront pas peintes pour &#234;tre orn&#233;es d'une beaut&#233; incitant aux app&#233;tits charnels &#187;. Les images devaient &#234;tre &#171; d&#233;pourvues de tout charme s&#233;ducteur &#187; (&#171; procaci venustate &#187;). C'est au nom de la d&#233;cence que Paul V&#233;ron&#232;se fut convoqu&#233; par l'Inquisition et somm&#233; d'expliquer pourquoi il avait peint des chiens, un perroquet, des nains et un homme saignant du nez. Les juges, peu convaincu par les r&#233;ponses du peintre, le contraignirent &#224; corriger sa toile. C'est de m&#234;me pour cacher l'impudeur de ses nus qu'on demanda &#224; Volterra de cacher le sexe des personnages de la fresque du &lt;i&gt;Jugement Dernier&lt;/i&gt; de Michel-Ange, qualifi&#233; de &#171; ma&#238;tre de la salet&#233; &#187; par ses d&#233;tracteurs. Volterra en gardera le surnom de &lt;i&gt;Il braghetonne&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me des images religieuses tel que le con&#231;oit le concile de Trente a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; en particulier dans l'ouvrage du cardinal-archev&#234;que de Bologne Gabriele Paleotti (1522-1597), oratorien, membre du concile, et auteur d'un &lt;i&gt;Discorso intorno alle imagine sacre e profane&lt;/i&gt;&#171; (&lt;i&gt;Discours sur les images tant sacr&#233;es que profanes&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_453 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/frontispice_discorso.jpg' title='JPEG - 409 ko' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L100xH150/frontispice_discorso-4b2d0-f0efd.jpg?1510652355' width='100' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Dans ce long trait&#233; en cinq volumes, le pr&#233;lat affirme sa confiance dans le pouvoir de conviction des images, sup&#233;rieur &#224; celui des mots. Il consid&#232;re que &#187;la peinture doit &#233;mouvoir et instruire&#034;, mais qu'elle doit toutefois &#234;tre utilis&#233;e avec discernement : les artistes ont le devoir de collaborer avec les clercs pour &#233;viter que leur message ne tombe dans l'h&#233;t&#233;rodoxie. Paleotti condamne &#224; la fois les &#339;uvres trop complexes, et celles qui seraient trop na&#239;ves et perp&#233;tueraient d'anciennes l&#233;gendes m&#233;di&#233;vales ou apocryphes, tir&#233;es par exemple de vies de saints &#224; l'historicit&#233; douteuse. L'archev&#234;que de Bologne influen&#231;a en particulier la peinture des fr&#232;res Carrache, bolonais comme lui, et avec lesquels il &#233;tait li&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=12#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3.1.2.2. Un souffle nouveau&lt;/h3&gt; &lt;dl class='spip_document_145 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/facade_gesu.jpg' title='Giacomo Della Porta, fa&#231;ade du Ges&#249;' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH189/facade_gesu_vignette-2-4ab9f.jpg?1485179536' width='150' height='189' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-145 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Giacomo Della Porta, fa&#231;ade du &lt;em&gt;Ges&#249;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi que, vers 1580, &#224; Rome et dans les grandes villes italiennes comme Bologne, et en lien avec la promotion d'une certaine sensibilit&#233; religieuse, un nouveau go&#251;t pictural appara&#238;t, caract&#233;ris&#233; par le mouvement, la profusion et l'appel aux sens. L'art religieux tel que le voulait le concile de Trente correspondait plut&#244;t &#224; des &#339;uvres sobres, pr&#233;cises, simples et rigoureuses, tant formellement que doctrinalement. Charles Borrom&#233;e (1538-1584), archev&#234;que de Milan et cardinal, proposait aux artistes de s'inspirer des &#339;uvres pal&#233;ochr&#233;tiennes simples et na&#239;ves. Les recommandations du Concile furent suivies par exemple, plus tard, en France, par Philippe de Champaigne (1602-1674) : ce dernier &#233;vitait ainsi avec soin dans ces toiles tout ce qui pouvait para&#238;tre d&#233;shonn&#234;te, ind&#233;cent ou insolite. Mais dans les faits, la plupart du temps, les pr&#233;conisations du concile ne furent pas exactement respect&#233;es. L'art &#171; baroque &#187; de la Contre-R&#233;forme, surtout en Italie et en Allemagne, sera plus volontiers sensuel et exub&#233;rant, ne reculant devant aucun effet pour &#233;mouvoir et s&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.1.2.2.1. Les Fr&#232;res Carrache&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'un des premiers exemples de baroque en peinture est un tableau d'Annibal Carrache, li&#233; &#224; Paleotti : la Crucifixion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annibal Carrache (1560-1609), avec son fr&#232;re Agostino (1557-1602) et son cousin Ludovico (1555-1619), sont trois peintres originaires de Bologne. Ils contribu&#232;rent &#224; renouveler la peinture de leur temps, rompant en particulier avec le mani&#233;risme qui domina l'art de la seconde moiti&#233; du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Contre cet art de cour intellectuel, c&#233;r&#233;bral, raffin&#233; et sensuel, ils vont pr&#233;f&#233;rer&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; un retour au r&#233;el, au &#171; naturalisme &#187; comme on dit parfois. Celui-ci se manifeste par exemple &#224; travers des sc&#232;nes de genre et une attention apport&#233;e au quotidien des gens humbles, comme ce mangeur de f&#232;ves (1580) : la toile met en sc&#232;ne non un grand personnage historique, mais un paysan v&#234;tu d'un simple chapeau de paille, et saisi comme par effraction (voyez son regard &#233;tonn&#233;) dans la modestie de son repas.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;dl class='spip_document_455 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/mangeurdefeves.jpg' title='JPEG - 82.3 ko' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH125/mangeurdefeves-2c316-ab53d.jpg?1510652355' width='150' height='125' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-455 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;A. Carrache, Le Mangeur de f&#232;ves, 1580, huile sur toile, 57 x 68 cm. Rome, Galleria Colonna
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;/li&gt;&lt;li&gt; un retour aux &#339;uvres des ma&#238;tres v&#233;nitiens du Quatroccento, &#224; V&#233;ron&#232;se, au Titien.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; et surtout, en particulier &#224; partir de leur arriv&#233;e &#224; Rome, par une all&#233;geance aux valeurs chr&#233;tiennes telles que les r&#233;affirment les &#233;v&#234;ques du Concile de Trente et comme les y encourage leur ami le cardinal Paleotti : c'est cet aspect surtout sur lequel nous allons insister dans la suite de cette page.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;dl class='spip_document_456 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/annibale-carracci-crucifixion.jpg' title='JPEG - 91.7 ko' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L103xH150/annibale-carracci-crucifixion-f6405-61bcd.jpg?1510652355' width='103' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-456 spip_doc_descriptif' style='width:120px;'&gt;A. Carrache, Crucifixion, 1583, huile sur toile, 210 x 305 cm. Bologne, Santa Maria della Carita.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;La Crucifixion &lt;/i&gt; d'Annibal Carrache est la premi&#232;re commande d'importance confi&#233;e &#224; cet artiste. La toile est encore aujourd'hui conserv&#233;e &#224; Bologne. Elle appara&#238;t comme l'un des premiers t&#233;moignages de cette conversion de la peinture mise au service de la politique de reconqu&#234;te catholique.&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Une telle toile r&#233;affirme la l&#233;gitimit&#233; des peintures religieuses, refus&#233;es par les protestants&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La pr&#233;sence de Marie, &#224; laquelle les r&#233;form&#233;s refusaient de rendre un culte&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La pr&#233;sence d'un &#233;v&#234;que, le patron de Bologne saint P&#233;trone, en riche tenue sacerdotale, alors que les protestants, au nom de la simplicit&#233; &#233;vang&#233;lique, refusaient la hi&#233;rarchie &#233;piscopale et exigeaient modestie et sobri&#233;t&#233; dans la tenue.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La pr&#233;sence de saint Fran&#231;ois, reconnaissable &#224; sa tenue de franciscain, au moment o&#249; les calvinistes fermaient et d&#233;truisaient les monast&#232;res et en chassaient les moines et les moniales.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; la fid&#233;lit&#233; historique (&#233;v&#234;que except&#233;), illustr&#233;e par le d&#233;cor lointain, qui repr&#233;sente J&#233;rusalem, ou encore par le cr&#226;ne au premier plan, qui rappelle que le lieu de la Crucifixion &#233;tait le &#171; Mont du Cr&#226;ne &#187;, Golgotha, et repr&#233;sentait aussi l'endroit o&#249; fut enterr&#233; Adam.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Formellement, nous entrons d&#233;j&#224; dans le baroque, dont nous voyons se dessiner encore timidement plusieurs traits formels que nous retrouverons :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; L'ostentation, la profusion, le luxe, manifest&#233; de fa&#231;on surprenante et anachronique par la tenue du pr&#233;lat&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le mouvement et le dynamisme, soulign&#233;s par la posture de l'&#233;v&#234;que et de la Vierge&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Un souci de naturel et un refus de l'id&#233;alisation dans la repr&#233;sentation du Christ&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La dramatisation et un sens th&#233;&#226;tral du spectacle, comme le montre les gestes amples de la Vierge, les bras &#233;cart&#233;s, ou la main sur le c&#339;ur de saint P&#233;trone : la position des corps, les regards tourn&#233;s vers le Christ, les expressions empreintes d'abandon et de d&#233;votion : cette expressivit&#233; contraste avec la r&#233;signation habituellement pr&#234;t&#233;e &#224; ces d&#233;vots personnages.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le regard appuy&#233; de saint Jean qui nous interpelle : brisant la fronti&#232;re qui nous s&#233;pare de l'espace de la repr&#233;sentation, il nous invite &#224; entrer dans la sc&#232;ne et &#224; partager l'&#233;motion des assistants.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Par tous ces traits, nous pouvons conclure que ce tableau s'inscrit, d&#233;j&#224;, dans le mouvement baroque auquel il contribue &#224; donner naissance.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_457 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/png/crucifixion_detail.png' title='PNG - 286.7 ko' type=&#034;image/png&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L97xH150/crucifixion_detail-a4bd6-fd721.png?1510652355' width='97' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-457 spip_doc_descriptif' style='width:120px;'&gt;A. Carrache, Crucifixion, d&#233;tail
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.1.2.2.2 &#171; Baroque : vision j&#233;suite &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Titre d'une exposition qui s'est au Mus&#233;e de Beaux-Arts de Caen en 2003 : (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas indiff&#233;rent que l'un des premiers monuments consid&#233;r&#233;s comme &#171; baroque &#187; fut l'&#233;glise de J&#233;sus (chiesa del Ges&#249;), &#224; Rome, construite entre 1568 et 1584 et si&#232;ge de l'ordre des j&#233;suites : ce b&#226;timent illustre les principes de cet art destin&#233; &#224; &#233;blouir les &#226;mes pour mieux les convertir. La fa&#231;ade date de 1575. L'&#233;glise sera orn&#233;e plus tard, dans les ann&#233;es 1670, d'un extraordinaire plafond d&#251; &#224; Giovanni Battista Gaulli dit Baciccia (1639-1709).&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_136 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/pozzo_gesu_fresque_1685-2.jpg' title='Baciccia (Giovanni Battista Gaulli, dit), vo&#251;te de l'Eglise de J&#233;sus (le triomphe du nom de J&#233;sus), 1672-1679' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L300xH511/pozzo_gesu_fresque_1685_petit-5d3a6.jpg?1485179536' width='300' height='511' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-136 spip_doc_titre' style='width:300px;'&gt;&lt;strong&gt;Baciccia (Giovanni Battista Gaulli, dit), vo&#251;te de l'Eglise de J&#233;sus (&lt;em&gt;le triomphe du nom de J&#233;sus&lt;/em&gt;), 1672-1679&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-136 spip_doc_descriptif' style='width:300px;'&gt;La composition tourbillonne et d&#233;borde du cadre architectural ; le trompe-l'oeil figure l'infini c&#233;leste dans le fini d'un plafond, sans solution de continuit&#233;.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;L'immense fresque de Baciccia r&#233;sume &#224; elle seule bien des aspects du baroque. C'est &#224; partir d'&#339;uvres comme celle-ci que W&#246;lfflin put &#233;num&#233;rer les caract&#233;ristiques de cet art, qui s'opposait &#224; ses yeux au &#171; classicisme &#187; renaissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profusion, exaltation du mouvement, formes en d&#233;s&#233;quilibre : la fresque, d&#233;mesur&#233;e, est con&#231;ue pour happer le spectateur et l'entra&#238;ner, dans une immense spirale ascendante, jusqu'au s&#233;jour de Dieu, pure lumi&#232;re au centre de la composition, autour de laquelle tourbillonne une cohorte de figures ang&#233;liques. On ne peut prendre toute la mesure de la place accord&#233;e au d&#233;cor sans se rendre &#224; Rome et d&#233;ambuler dans l'&#233;glise : les &#233;l&#233;ments architecturaux repr&#233;sent&#233;s par Baciccia prolongent en effet les colonnes de pierre de l'&#233;difice, et, r&#233;alisant un parfait trompe-l'&#339;il, donnent l'illusion au visiteur ou d&#233;vot le ciel s'ouvre, et qu'il lui est donn&#233; d'assister, en compagnie du cort&#232;ge des anges, &#224; la contemplation glorieuse du Christ au paradis. Ici encore, l'artiste s'emploie &#224; briser les fronti&#232;res, et &#224; ouvrir sa cr&#233;ation au-del&#224; des limites assign&#233;es &#224; l'art : son plafond s'ouvre sur la transcendance d'un Dieu redevenu tout proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrea Pozzo, dans &lt;i&gt;Le Triomphe de saint Ignace&lt;/i&gt;, utilise des proc&#233;d&#233;s comparables lorsqu'il entreprend de d&#233;corer la vo&#251;te de l'&#233;glise Saint-Ignace de Rome (1690).&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_139 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/pozzo_saint_ignace.jpg' title='Andre Pozzo, La Gloire de saint Ignace, &#233;glise Saint-Ignace de Rome, 1690' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L200xH294/pozzo_saint_ignace_petit-3afc7.jpg?1485179536' width='200' height='294' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-139 spip_doc_titre' style='width:200px;'&gt;&lt;strong&gt;Andre Pozzo, &lt;em&gt;La Gloire de saint Ignace&lt;/em&gt;, &#233;glise Saint-Ignace de Rome, 1690&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-139 spip_doc_descriptif' style='width:200px;'&gt;Sur un sujet typiquement tridentin, le d&#233;corateur r&#233;ussit un trompe l'oeil si parfait r&#233;ussi que l'on peine &#224; distinguer le r&#233;el du fictif.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Le foisonnement des figures, l'effet de profondeur et de trompe-l'&#339;il, le tourbillon qui happe le spectateur vers un ciel mystique et lumineux o&#249; Ignace est accueilli par la croix du Christ, tout cela tend &#224; exalter la figure canonis&#233;e du fondateur de la Compagnie. &#192; une &#233;poque o&#249; les Protestants refusent le culte des saints, le peintre le r&#233;affirme au contraire avec fiert&#233;. C'est par son sujet aussi que cette &#339;uvre est typiquement baroque, ce courant &#233;tant intimement li&#233; &#224; la Contre-R&#233;forme catholique, &#224; laquelle le nom de saint Ignace est consubstantiellement attach&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, sans &#234;tre toujours antinomique des styles renaissant et mani&#233;riste, dont il reprend volontiers le vocabulaire, le baroque s'en distingue par les inflexions qu'il fait subir &#224; ces techniques, dans le but de cr&#233;er des &#339;uvres o&#249; dominent le dynamisme et l'ostentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terminons avec un exemple plus tardif, &#224; une date o&#249; le baroque s'est impos&#233; &#224; travers toute l'Europe comme le grand style de l'Europe catholique : celui de &lt;i&gt;La Chute des Anges rebelles&lt;/i&gt;, encore appel&#233; &lt;i&gt;Saint Michel terrassant les anges rebelles&lt;/i&gt;, conserv&#233; au Mus&#233;e de Bruxelles, et peint par Pierre-Paul Rubens.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_458 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/rubens_saint_michel_anges_rebelles.jpg' title='JPEG - 273.8 ko' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH135/rubens_saint_michel_anges_rebelles-0ab99-bd5e0.jpg?1510658752' width='150' height='135' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-458 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;P.P. Rubens, Saint-Michel terrassant les anges rebelles, Bruxelles, Mus&#233;es royaux des Beaux-Arts de Belgique (huile sur bois, 47 x 52 cm)
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Pierre Paul Rubens (1577-1640) est un peintre flamand qui effectua l'essentiel de sa carri&#232;re &#224; Anvers, et y d&#233;veloppa un baroque d'autant plus affirm&#233; que la r&#233;gion o&#249; il travaillait, sous domination espagnole donc catholique, &#233;tait frontali&#232;re avec les terres calvinistes et aust&#232;res des Provinces-Unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &lt;i&gt;Saint Michel&lt;/i&gt; est l'esquisse pr&#233;paratoire d'une peinture destin&#233;e &#224; d&#233;corer l'&#233;glise j&#233;suite d'Anvers, et manifeste bien des traits caract&#233;ristiques du baroquisme.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; La sc&#232;ne est d'origine religieuse : la chute des anges est &#233;voqu&#233;e par plusieurs textes bibliques (Isa&#239;e 14, 12-15 ; Ez&#233;chiel, 28, 14 ; Deuxi&#232;me &#233;p&#238;tre de Pierre, ch. II, verset 4 ; Ep&#238;tre de Jude, verset 6). Les anges sont des &#234;tres spirituels cr&#233;&#233;s par Dieu pour le servir. Le premier d'entre eux, Lucifer, s'est rebell&#233; contre son ma&#238;tre, entra&#238;nant &#224; sa suite une partie des &#234;tres ang&#233;liques. Mais saint Michel, avec les anges rest&#233;s fid&#232;les, a combattu les tra&#238;tres, les a chass&#233;s du Paradis et pr&#233;cipit&#233; dans les ab&#238;mes. Lucifer, rel&#233;gu&#233; avec ses sbires dans ce royaume de t&#233;n&#232;bres devenu l'enfer, a pris le nom de Satan. Dieu a ensuite cr&#233;&#233; les hommes pour qu'ils puissent prendre, au Ciel, la place des anges d&#233;chus.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le combat est pr&#233;sent&#233; d'une mani&#232;re dramatique, l'ange chevalier brandissant son glaive de feu et bousculant le d&#233;mon avec son bouclier. La dimension spectaculaire est sugg&#233;r&#233;e par le drap&#233; rouge de l'ange de gauche, qui tient du rideau de th&#233;&#226;tre. La dramatisation est &#233;galement sensible &#224; travers le jeu des contrastes entre les couleurs chaudes pr&#234;t&#233;es aux bons anges, en haut de la toile, du c&#244;t&#233; o&#249; se situe symboliquement le Ciel, et les couleurs crues, froides et cadav&#233;riques pr&#234;t&#233;s aux anges vaincus ; on rep&#232;re aussi un autre contraste, entre une zone sombre &#224; droite, et une zone &#224; gauche &#233;clair&#233;e par une lumi&#232;re divine surnaturelle. De telles oppositions contribuent &#224; l'expressivit&#233; de la sc&#232;ne.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'expressivit&#233; des visages : on lit la d&#233;termination sur le visage de l'ange, et au contraire l'effroi, et la haine sur celui des rebelles.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les corps tourment&#233;s : les Renaissants affectionnaient l'&#233;quilibre, la sym&#233;trie, l'id&#233;alisation et le naturel ; Rubens au contraire se pla&#238;t aux contorsions et aux convulsions qui soulignent la souffrance et la douleur &#224; leur paroxysme, mais aussi la violence obstin&#233;e, sugg&#233;r&#233;e par exemple par le poing ferm&#233; du diable en bas &#224; droite.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le mouvement : ici la chute tournoyante, soulign&#233;e par la position des ailes, des membres et jusqu'au drap&#233; rose du v&#234;tement de l'ange. Cet effet de tournoiement est provoqu&#233; par une savante disposition en spirale, qui s'ajoute &#224; la construction ordonn&#233;e &#224; partir des deux diagonales : la spirale (comme l'ellipse) constituent comme des signatures du baroque, de m&#234;me que la figure serpentine &#233;tait affectionn&#233;e des mani&#233;ristes, comme on l'a vu dans les pages qui pr&#233;c&#232;dent.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le dynamisme est &#233;galement accentu&#233; par l'usage des courbes : l'&#233;p&#233;e de l'ange n'est qu'une torsade de feu, un feu lui-m&#234;me fluide et mobile.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le d&#233;s&#233;quilibre : Rubens nous d&#233;peint le moment exact, instable par excellence, o&#249; les vaincus basculent dans l'ab&#238;me.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La saturation de l'espace : les figures occupent tout le tableau, laissant peu de place au ciel, et nulle place au d&#233;cor : le combat que se livrent les anges est abstrait, situ&#233; dans un autre univers que le n&#244;tre, surnaturel et comme irr&#233;el.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La m&#233;tamorphose : le peintre opte pour l'instant pr&#233;cis de la d&#233;faite, lorsque les anges sont pr&#233;cipit&#233;s dans l'ab&#238;me, o&#249; ils sont &#233;clair&#233;s pour la derni&#232;re fois par la lumi&#232;re de Dieu, et o&#249; ils se transforment en d&#233;mon : l'ange exil&#233; voit ses ailes de colombe chang&#233;es en ailes de chauve-souris, tandis que son cr&#226;ne se couvre de serpents. On voit aussi les doigts du diable de gauche se changer en griffes. Ils perdent leur beaut&#233; id&#233;ale d'&#234;tres de lumi&#232;re et se transforment en monstres au masque grima&#231;ant. Si leurs membres et leur figure ont d&#233;j&#224; fait l'objet d'une modification radicale, leur corps reste musculeux et rayonnant &#224; la mani&#232;re des &#339;uvres de Michel-Ange : ils ne sont pas encore compl&#232;tement les &#234;tres hirsutes que nous repr&#233;sente l'iconographie, c'est le moment de la m&#233;tamorphose que choisit de montrer le peintre anversois.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le go&#251;t de la surprise, de l'effet, de la virtuosit&#233; : les personnages sont saisis dans des positions difficiles &#224; repr&#233;senter (les &#171; raccourcis &#187; sont difficiles &#224; r&#233;aliser en respectant les lois de la perspective).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'&#233;tonnement vient aussi des choix audacieux du cadrage, aussi peu classique que possible, tant &#224; cause du point de vue adopt&#233; sur les combattants (en contre-plong&#233;e) que par l'espace inutile &#224; droite, ou les personnages incomplets (l'aile de Michel est coup&#233;e, et presque tout le corps de l'ange du haut &#224; gauche). La composition appara&#238;t de plus l&#233;g&#232;rement d&#233;centr&#233;e vers la droite.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La pr&#233;dominance de la couleur sur le dessin : les lignes sont peu marqu&#233;es, le dessin peu lisible ; Rubens juxtapose des taches color&#233;es qui s'interp&#233;n&#232;trent. Il cr&#233;e ainsi un sentiment de fusion et de confusion, et contribue aussi &#224; un effet de rapidit&#233; et de vitesse : rien n'est fig&#233;. Cet ensemble de taches color&#233;s correspond &#224; la fa&#231;on dont notre &#339;il per&#231;oit des objets en mouvement rapide, qu'on ne voit pas alors avec la nettet&#233; de choses immobiles.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;dl class='spip_document_460 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/rubens_saint_michel_anges_rebelles_detail.jpg' title='JPEG - 105.9 ko' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L109xH150/rubens_saint_michel_anges_rebelles_detail-2b1b8-2b956.jpg?1510658752' width='109' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_461 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/rubens_saint_michel_anges_rebelles_spirale.jpg' title='JPEG - 81.1 ko' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH135/rubens_saint_michel_anges_rebelles_spirale-64b74-753c6.jpg?1510668083' width='150' height='135' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_462 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/rubens_saint_michel_tete_diable.jpg' title='JPEG - 102 ko' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L97xH150/rubens_saint_michel_tete_diable-d6aad-7384c.jpg?1510668083' width='97' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Au classicisme de la Renaissance, qui affectionnait la s&#233;r&#233;nit&#233;, la sym&#233;trie, l'&#233;quilibre, la pr&#233;cision du dessin, ou la rigoureuse g&#233;om&#233;trie de la perspective, s'oppose un art baroque de l'&#233;motion, tourment&#233;, d&#233;brid&#233;, moins l&#233;ch&#233; sans doute, mais d'une extraordinaire puissance &#233;vocatoire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/spip.php?page=backend&amp;#38;id_rubrique=12#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3.1.2.3. Le baroque selon Heinrich W&#246;lfflin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Principes fondamentaux de l'histoire de l'art, 1915.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage &lt;i&gt;Renaissance et baroque&lt;/i&gt; (1688), W&#246;lfflin s'attache &#224; d&#233;finir le baroque non comme une dissolution des &#339;uvres &#171; classiques &#187; de la Renaissance (la ligne qui d&#233;g&#233;n&#232;re en courbe) , mais selon des crit&#232;res positifs. Dans ce premier ouvrage, il en propose trois :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; L'effet de pittoresque : le baroque accorde le primat &#224; l'apparence, au clair-obscur, &#224; l'insaisissable et au d&#233;sordre&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; L'effet de masse : le baroque cr&#233;e un effet de volume et de poids, accentuant les protub&#233;rances, multipliant les &#233;l&#233;ments au d&#233;triment de l'&#233;quilibre et de la forme&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; L'effet de mouvement : l'oeuvre baroque est mue par une dynamique, elle cr&#233;e un sentiment de pouss&#233;e en jouant sur les proportions.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dans son second ouvrage (&lt;i&gt;Principes fondamentaux de l'histoire de l'art&lt;/i&gt;, 1915), W&#246;lfflin cherche plus nettement &#224; d&#233;finir le baroque en l'opposant au classicisme. La notion de mouvement se trouve d&#233;sormais au c&#339;ur de sa d&#233;marche :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&#171; L'essentiel d'une forme cesse d'&#234;tre sa charpente ; il r&#233;side dans le souffle qui entra&#238;ne l'immobile dans le flux du mouvement. Aux valeurs de l'&#234;tre se sont substitu&#233;es celles du devenir. La beaut&#233; n'est plus dans ce qui est limit&#233;, elle est dans ce qui est sans limite &#187;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La dynamique essentielle au baroque se trouve valoris&#233;e au d&#233;triment de la stabilit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Pour un mode de vision classique, l'essentiel est dans la forme stable et immuable, dessin&#233;e avec une clart&#233; absolue ; c'est le mouvement qui est le garant de la vie et du charme dans l'ordre pictural.&lt;/blockquote&gt;&lt;ol class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; le dessin vs la couleur : &#171; Le passage du lin&#233;aire au pictural ; c'est-&#224;-dire de la consid&#233;ration de la ligne en tant que conductrice du regard, &#224; la d&#233;valorisation croissante de cette ligne. &#187; Le classicisme (art lin&#233;aire) est du c&#244;t&#233; des lignes, des traits qui d&#233;finissent perspectives, il isole les objets et fixe leurs contours : les choses y sont &#171; prises pour elles-m&#234;mes &#187; ; l'art baroque (art pictural) est du c&#244;t&#233; de la couleur ; les choses apparaissent d'abord comme des taches ou des masses, sans limites pr&#233;cises, mouvantes, &#171; envisag&#233;es dans leur relation &#187; et leur &#171; apparence flottante &#187;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; oeuvre immobile vs oeuvre en mouvement : &#171; Le passage d'une pr&#233;sentation par plans &#224; une pr&#233;sentation en profondeur. L'art classique dispose les parties en plans parall&#232;les ; le baroque, lui, conduit le regard d'avant en arri&#232;re. &#187; L'art classique divise l'espace selon des parall&#232;les horizontales, et y dispose les figures de fa&#231;on rectiligne. L'art baroque, au contraire, pr&#233;f&#232;re la diagonale ou la spirale, travaille &#224; fondre les plans sans solution de continuit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; oeuvre ferm&#233;e vs oeuvre ouverte : &#171; Le passage de la forme ferm&#233;e &#224; la forme ouverte. &#187;. La forte unit&#233; et la coh&#233;rence de l'oeuvre classique est remise en cause par les dissym&#233;tries, les d&#233;s&#233;quilibres, les dissonances qui tendent &#224; &#171; ouvrir &#187; l'oeuvre en en desserrant les rigoureuses contraintes classiques. Le baroque d&#233;bite le r&#233;el en morceaux et s'attache aux d&#233;tails issus de ce morcellement : l'oeuvre baroque repr&#233;sente &#171; un fragment du monde visible d&#233;coup&#233; au hasard &#187;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; pluralit&#233; vs unit&#233; : &#171; Le passage de la pluralit&#233; &#224; l'unit&#233;. &#187; Ce crit&#232;re nous para&#238;t curieux, car spontan&#233;ment nous aurions cru le contraire, mais par &#171; pluralit&#233; &#187;, W&#246;lfflin entend surtout la coh&#233;rence et l'harmonisation d'&#233;l&#233;ments qui pr&#233;servent leur autonomie, alors que l'unit&#233; du baroque est mouvante, elle est un &#171; flux unique &#187;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; clart&#233; vs obscurit&#233; : &#171; La clart&#233; absolue ou la clart&#233; relative des objets pr&#233;sent&#233;s. &#187; : le classique apollinien aime la lumi&#232;re, la clart&#233; qui donne &#224; voir les formes et les perspectives dans leur plus grande puret&#233;. Le baroque privil&#233;gie l'ombre, le clair-obscur, le myst&#232;re, et laisse derri&#232;re le voile ou dans la t&#233;n&#232;bre les objets qui ne peuvent se laisser enti&#232;rement saisir. L'&#226;ge baroque est par excellence celui du &lt;i&gt;tenebroso &lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;chiaroscuro&lt;/i&gt; ; les oeuvres baroques privil&#233;gient les &#233;clairages &#233;tonnants qui privil&#233;gient l'accessoire au d&#233;triment de l'essentiel, et les flammes fumeuses qui laissent dans l'obscurit&#233; les choses et les figures ; le classicisme en revanche a besoin clart&#233; pour expliquer et litt&#233;ralement mettre tout en lumi&#232;re.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;&lt;blockquote&gt;
&#171; L'art classique s'efforce de susciter une apparition de formes tout &#224; fait claire ; le baroque &#233;vite de donner &#224; croire que l'image a &#233;t&#233; arrang&#233;e pour &#234;tre vue &#187;.
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi con&#231;u, le baroque devient le &#171; point de d&#233;part de l'art moderne &#187;, comme l'explique Marcel Reymond dans son ouvrage De Michel-Ange &#224; Tiepolo (1912), &#224; une date o&#249; la notion de baroque est d&#233;sormais bien admise. Les cinq crit&#232;res de W&#246;lfflin se trouvent r&#233;sum&#233;s chez lui d'un mot : celui de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Les classiques sont les d&#233;fenseurs du principe d'autorit&#233;, de la tradition, du maintien des formules ; le Baroque, c'est la libert&#233;.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les crit&#232;res de W&#246;lfflin fournissent un socle ferme et objectif pour identifier et reconna&#238;tre le baroque. A ce stade, nous pouvons d&#233;j&#224; observer trois remarques :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Le baroque selon W&#246;lfflin est circonscrit dans une certaine p&#233;riode de temps, qui fait suite &#224; la Renaissance italienne, et qu'on peut situer aux XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le baroque s'inscrit essentiellement dans une &#232;re g&#233;ographique d&#233;termin&#233;e : l'Italie et l'Autriche&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le baroque n'est pas un r&#233;pertoire de th&#232;mes : les cat&#233;gories w&#246;lffliniennes poss&#232;dent un caract&#232;re formaliste&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Enfin, W&#246;lfflin ignore la litt&#233;rature et l'&#233;crit.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;La transposition de cette cat&#233;gorie &#224; la litt&#233;rature n'avait ainsi &#233;t&#233; ni programm&#233;e, ni m&#234;me pr&#233;vue par W&#246;lfflin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait : Heinrich W&#246;lfflin, &lt;i&gt;Les principes fondamentaux de l'histoire de l'art&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
(Editions, G&#233;rard Montfort, 1989)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le passage du &#171; lin&#233;aire &#187; au &#171; pictural &#187;&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est-&#224;-dire de la consid&#233;ration de la ligne en tant que conductrice du regard, &#224; la d&#233;valorisation croissante de cette ligne. D'une fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, on a affaire d'une part &#224; une mani&#232;re de saisir les corps en leurs caract&#232;res palpables -contours et surfaces ; de l'autre, &#224; un mode d'appr&#233;hension qui repose sur la seule apparence visuelle et peut renoncer pour cela au dessin &#171; plastique &#187;. Dans le premier cas, l'accent porte sur les limites des objets, dans le second, l'apparition joue hors de limites pr&#233;cises. La vision plastique, s'appuyant sur les contours, isole les objets ; pour un oeil qui voit &#171; picturalement &#187;, les objets au contraire s'encha&#238;nent. L'int&#233;r&#234;t consiste, la premi&#232;re fois, &#224; embrasser des objets corporels distincts, ayant une r&#233;alit&#233; stable et tangible ; il consiste plut&#244;t, la seconde fois, &#224; rendre la vision dans sa totalit&#233;, telle une apparence flottante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le passage d'une pr&#233;sentation par plans &#224; une pr&#233;sentation en profondeur&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'art classique dispose les parties en plans parall&#232;les : le baroque, lui, conduit le regard d'avant en arri&#232;re. Le d&#233;veloppement de la ligne est li&#233; &#224; la distinction des plans dans l'art classique, et la juxtaposition sur un m&#234;me plan assure la plus grande visibilit&#233;. Dans le baroque, la d&#233;valorisation des contours entra&#238;ne celle des plans, et l'oeil relie alors les choses en passant du premier &#224; l'arri&#232;re-plan. Il ne s'agit pas l&#224; d'une diff&#233;rence de qualit&#233; : cette innovation n'est pas due au fait que l'on vient d'acqu&#233;rir le pouvoir de rendre mieux la profondeur ; elle atteste bien plut&#244;t l'existence d'un art fondamentalement diff&#233;rent. De m&#234;me, le style des &#171; formes planes &#187; (au sens que nous donnons &#224; l'expression) n'est pas celui d'un art primitif, puisqu'il appara&#238;t &#224; un moment o&#249; l'artiste poss&#232;de une science compl&#232;te du raccourci autant que le sentiment de l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le passage de la forme ferm&#233;e &#224; la forme ouverte&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute, toute oeuvre d'art doit constituer un ensemble ferm&#233;, et le fait qu'une oeuvre n'est pas limit&#233;e en soi est toujours la preuve d'une faiblesse. Mais l'interpr&#233;tation de cette exigence a diff&#233;r&#233; de fa&#231;on tr&#232;s sensible au XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, au point que l'on peut consid&#233;rer nettement la facture classique, en face des formes en dissolution du baroque, comme l'art des formes ferm&#233;es. Le rel&#226;chement de la r&#232;gle, la rupture de la s&#233;v&#232;re loi &#171; tectonique &#187; ne signifie pas seulement qu'on est en qu&#234;te de moyens nouveaux de charmer le spectateur ; ils constituent (quel que soit le nom que l'on donne &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne) un mode de pr&#233;sentation nouveau et parfaitement cons&#233;quent, que nous rangeons pour cela parmi les cat&#233;gories fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le passage de la pluralit&#233; &#224; l'unit&#233;&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le syst&#232;me de l'art classique, chaque partie revendiquait toujours une sorte d'ind&#233;pendance, bien qu'elle f&#251;t solidement rattach&#233;e &#224; l'ensemble. Rien de comparable n&#233;anmoins &#224; l'autonomie anarchique r&#233;gnant dans l'art primitif : ici, chaque partie est subordonn&#233;e au tout sans qu'elle renonce pour cela &#224; exister pour soi. C'est une articulation qui s'impose &#224; l'observateur, le passage d'un membre &#224; un autre, op&#233;ration tout autre que l'appr&#233;hension globale que le XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle a utilis&#233;e et qu'il a exig&#233;e. Dans les deux styles, nous sommes bien en pr&#233;sence d'une unit&#233; (tandis qu'&#224; l'&#226;ge ant&#233;rieur, au classicisme, ce concept n'est pas encore compris dans son vrai sens), mais dans un cas, l'unit&#233; s'obtient par l'harmonisation de parties qui restent ind&#233;pendantes, dans l'autre, par la convergence de divers membres en un motif, ou par la subordination des &#233;l&#233;ments &#224; l'un d'eux, dont la fonction directrice est indiscutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La clart&#233; absolue ou la clart&#233; relative des objets pr&#233;sent&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette opposition touche de pr&#232;s &#224; celle du lin&#233;aire et du pictural : d'une part, la pr&#233;sentation des choses telles qu'elles sont s'offrent &#224; la sensation plastique du toucher, d'autre part, la pr&#233;sentation des choses telles qu'elles apparaissent, consid&#233;r&#233;es dans leur ensemble ou plut&#244;t en leur qualit&#233; non plastique. Ce qui est remarquable, c'est que l'&#233;poque classique a con&#231;u un id&#233;al de clart&#233; absolue que le XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle n'avait soup&#231;onn&#233; que confus&#233;ment, et que te XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; a d&#233;lib&#233;r&#233;ment abandonn&#233;. Je ne veux pas dire que les oeuvres deviennent obscures, ce qui impressionne toujours d&#233;sagr&#233;ablement, mais la clart&#233; du motif cesse d'&#234;tre le but de la pr&#233;sentation ; il n'est plus n&#233;cessaire de d&#233;rouler devant les yeux la forme en son entier, il suffit d'en avoir donn&#233; les points d'appui essentiels. La composition, la lumi&#232;re, la couleur n'ont plus d&#233;sormais pour fonction premi&#232;re de mettre en &#233;vidence la forme ; elles m&#232;nent leur vie propre. Sans doute, y a-t-il des cas o&#249; l'affaiblissement partiel de cette clart&#233; absolue n'a &#233;t&#233; utilis&#233; qu'en vue d'un charme &#224; exercer sur le spectateur, mais il n'en demeure pas moins que cette notion d'une &#171; moindre clart&#233; &#187;, caract&#233;risant toute esp&#232;ce de formes de la pr&#233;sentation, fait jour &#224; un moment de l'histoire des arts o&#249; on cherche la r&#233;alit&#233; dans des apparences d'un tout autre genre. L&#224; encore, il ne saurait &#234;tre question d'une diff&#233;rence de qualit&#233;. Le jour o&#249; le baroque s'&#233;loigne de l'id&#233;al de D&#252;rer et de Rapha&#235;l, on est en pr&#233;sence d'une autre conception du monde.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Titre d'une exposition qui s'est au Mus&#233;e de Beaux-Arts de Caen en 2003 : &lt;i&gt;Baroque Vision j&#233;suite, du Tintoret &#224; Rubens &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Principes fondamentaux de l'histoire de l'art&lt;/i&gt;, 1915.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>3.1.3. Extase</title>
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		<dc:date>2008-12-18T23:46:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tony Gheeraert</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Gian Lorenzo Bernini (dit Le Bernin, 1598-1680) est consid&#233;r&#233; comme l'un des plus grands sculpteurs de son temps. Jean Rousset s'est beaucoup appuy&#233; sur ses oeuvres pour penser la transposition &#224; la litt&#233;rature de la cat&#233;gorie de baroques. L'une des plus c&#233;l&#232;bres &#339;uvres du Bernin, La Transverb&#233;ration de sainte Th&#233;r&#232;se, encore appel&#233;e Extase de sainte Th&#233;r&#232;se, orne depuis 1652 l'&#233;glise Santa Maria Vittoria de Rome. R&#233;alis&#233; &#224; partir d'un texte laiss&#233; par la sainte, cette sculpture manifeste la r&#233;versibilit&#233; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/?-3-1-Plastique-du-triomphe-" rel="directory"&gt;3.1. Plastique du triomphe : &#171; subjuguer pour enivrer &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L104xH150/arton29-1ec69.jpg?1485315802' width='104' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Gian Lorenzo Bernini (dit Le Bernin, 1598-1680) est consid&#233;r&#233; comme l'un des plus grands sculpteurs de son temps. Jean Rousset s'est beaucoup appuy&#233; sur ses oeuvres pour penser la transposition &#224; la litt&#233;rature de la cat&#233;gorie de baroques. L'une des plus c&#233;l&#232;bres &#339;uvres du Bernin, &lt;i&gt;La Transverb&#233;ration de sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt;, encore appel&#233;e &lt;i&gt;Extase de sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt;, orne depuis 1652 l'&#233;glise Santa Maria Vittoria de Rome. R&#233;alis&#233; &#224; partir d'un texte laiss&#233; par la sainte, cette sculpture manifeste la r&#233;versibilit&#233; toute baroque de l'&#226;me et du corps, o&#249; se confondent et s'&#233;changent plaisir et d&#233;plaisir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;
&lt;dl class='spip_document_152 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/Gian_lorenzo_bernini_selfportrait.jpg' title='Le Bernin (1598-1680), Autoportrait' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L100xH128/Gian_lorenzo_bernini_selfportrait_petit-fa67f.jpg?1485180738' width='100' height='128' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-152 spip_doc_titre' style='width:120px;'&gt;&lt;strong&gt;Le Bernin (1598-1680), Autoportrait&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;N&#233; le 7 d&#233;cembre 1598 &#224; Naples, mort &#224; Rome le 28 novembre 1680, Gian Lorenzo Bernini, dit le Cavalier Bernin ou le Bernin en fran&#231;ais, fut l'un des plus grands artistes de son temps : sculpteur, mais aussi architecte, peintre et m&#234;me po&#232;te, il fut un g&#233;nie universellement admir&#233;, tant pour la virtuosit&#233; de son talent, capable de de m&#233;tamorphoser la pierre en chair vivante souple et anim&#233;e, que pour son art de la mise en sc&#232;ne et du spectaculaire, au service d'une religion catholique conqu&#233;rante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recherche du mouvement, torsion des formes, go&#251;t du spectaculaire et des effets d'illusion : autant de caract&#232;res baroques typiques de la mani&#232;re du Bernin, et qu'on retrouve dans sa &lt;i&gt;Transverb&#233;ration de sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sainte Th&#233;r&#232;se d'&#193;vila (1515-1582) est une religieuse de l'Ordre du Carmel, canonis&#233;e en 1622, d&#233;clar&#233;e au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle docteur de l'&#201;glise : elle est une figure &#233;minente de la Contre-R&#233;forme, et un embl&#232;me du renouveau catholique &#224; la fin du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Profond&#233;ment mystique, elle laisse des &#233;crits sur son exp&#233;rience spirituelle qui la font consid&#233;rer comme une figure majeure de la spiritualit&#233; chr&#233;tienne. R&#233;formatrice de son ordre, elle est &#224; l'origine de la branche des carmes d&#233;chaux, qui se caract&#233;rise par sa s&#233;v&#233;rit&#233; et son aust&#233;rit&#233;. Elle laissa de nombreux &#233;crits, dont une autobiographie intitul&#233;e &lt;i&gt;Le Livre de la vie&lt;/i&gt;. L'importance et l'influence de sainte Th&#233;r&#232;se ont &#233;t&#233; et restent consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sainte Th&#233;r&#232;se &#233;tait une mystique, c'est-&#224;-dire qu'elle entretenait avec Dieu une relation particuli&#232;re, intime et directe. Dans son &lt;i&gt;Livre de la vie&lt;/i&gt;, elle relate une de ces extases, qui serait survenue en avril 1560 : une &#171; transverb&#233;ration &#187;, exp&#233;rience proche des stigmates : le mystique &#171; transverb&#233;r&#233; &#187; re&#231;oit dans son corps une blessure de nature spirituelle, inflig&#233;e par un &#234;tre divin (le Christ, l'Esprit ou comme ici un ange) au moyen d'une arme flamboyante (lance ou &#233;p&#233;e). La tradition mystique catholique consid&#232;re cette exp&#233;rience comme une &#233;tape d'un cheminement spirituel, au cours de laquelle laquelle Dieu &#171; augmente et purifie &#187; l'amour dans l'&#226;me du fi&#232;dle. Cet &#233;v&#233;nement laisse en g&#233;n&#233;ral des marques physiques sur le transverb&#233;r&#233;. Sainte Th&#233;r&#232;se d&#233;crit ainsi ce moment d'union au Verbe qui s'apparente &#224; des noces mystiques :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;En cet &#233;tat, il a plu au Seigneur de m'accorder plusieurs fois la vision que voici. j'apercevais un ange aupr&#232;s de moi, du c&#244;t&#233; gauche sous une forme corporelle [...] ; il n'&#233;tait pas grand, mais petit et fort beau ; son visage enflamm&#233; semblait indiquer qu'il appartenait &#224; la plus haute hi&#233;rarchie, celle des esprits tout embras&#233;s d'amour [...]. Je voyais entre les mains de l'ange un long dard qui &#233;tait d'or, et dont la pointe de fer portait &#224; son extr&#233;mit&#233; un peu de feu. Parfois, il me semblait qu'il me passait ce dard au travers du c&#339;ur, et l'enfon&#231;ait jusqu'aux entrailles. Quand il le retirait, on e&#251;t dit que le fer les emportait apr&#232;s lui, et je restais tout embras&#233;e du plus ardent amour de Dieu. Si intense &#233;tait la douleur qu'elle me faisait pousser ces faibles plaintes dont j'ai parl&#233;. Mais en m&#234;me temps, la suavit&#233; caus&#233;e par cette indicible douleur est si excessive qu'on aurait garde d'en appeler la fin, et l'&#226;me ne peut se contenter de rien qui soit moins que Dieu lui-m&#234;me. Cette souffrance n'est pas corporelle, mais spirituelle ; et pourtant le corps n'est pas sans y participer quelque peu et m&#234;me beaucoup. Ce sont alors entre l'&#226;me et Dieu des &#233;panchements de tendresse, d'une douceur ineffable. Je supplie le Seigneur de bien vouloir les faire go&#251;ter, dans sa bont&#233;, &#224; quiconque croirait que j'invente.&lt;br /&gt;
Tout le temps que duraient ces transports, je me trouvais comme hors de moi. J'aurais voulu ne plus voir ni parler, mais me livrer tout enti&#232;re &#224; mon tourment, qui &#233;tait pour moi une b&#233;atitude surpassant toute joie cr&#233;&#233;e.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;La Vie de sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt;, ch. 29, pp. 268-269.
&lt;/blockquote&gt; &lt;dl class='spip_document_162 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/transervberation.jpg' title='Le Bernin, Transverb&#233;ration de sainte Th&#233;r&#232;se' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L200xH200/transervberation_petit-ed15d.jpg?1485180738' width='200' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-162 spip_doc_titre' style='width:200px;'&gt;&lt;strong&gt;Le Bernin, &lt;em&gt;Transverb&#233;ration de sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-162 spip_doc_descriptif' style='width:200px;'&gt;&#201;glise Santa Maria Vittoria, Rome (1647-1652).
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement, publi&#233; dans la vie de Sainte Th&#233;r&#232;se, acquit une grande c&#233;l&#233;brit&#233; apr&#232;s la publication posthume de son livre. Elle s'accrut encore apr&#232;s la canonisation de la sainte (1622), dont la bulle reprend le texte de la transverb&#233;ration. Aussi est-ce assez naturellement que Le Bernin entreprit de repr&#233;senter cette sc&#232;ne lorsqu'il fut charg&#233; de d&#233;corer l'&#233;glise des carm&#233;lites d&#233;chauss&#233;s &#224; Rome, Santa Maria Della Vittoria, entre 1647 et 1652. L'oeuvre b&#233;n&#233;ficiait de la protection et du soutien d'un &#233;minent homme d'Eglise, le cardinal Federico Baldissera Bartolomeo Cornaro, qui avait choisi d'&#234;tre inhum&#233; dans cette &#233;glise, et avait financ&#233; le projet &#224; hauteur de 12 000 &#233;cus.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_464 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/cornaro_chapel_in_santa_maria_della_vittoria_in_rome_hdr_1_.jpg' title='JPEG - 440 ko' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH127/cornaro_chapel_in_santa_maria_della_vittoria_in_rome_hdr_1_-acf71-52ec2.jpg?1510676231' width='150' height='127' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Le Bernin ne r&#233;alise pas seulement la sculpture repr&#233;sentant sainte Th&#233;r&#232;se, mais l'ensemble de la chapelle, richement d&#233;cor&#233;e de marbres polychromes rehauss&#233; de m&#233;tal dor&#233;, et &#233;clair&#233;e d'une fen&#234;tre qui fait resplendir la statue de marbre blanc repr&#233;sentant la sainte en pamo&#238;son, v&#234;tue de drap&#233;s somptueusement cisel&#233;s. Ma&#238;tre en illusion, le Bernin donne l'impression que la coupole donne sur un Ciel dont descendent les rayons de la lumi&#232;re divines. Le caract&#232;re th&#233;&#226;tral de la composition est soulign&#233; par la pr&#233;sence de spectateurs dans les tribunes de chaque c&#244;t&#233; de la chapelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reconna&#238;t dans la sculpture centrale les deux personnages du texte de la sainte : elle-m&#234;me, dans sa tenue de religieuse clo&#238;tr&#233;e, et le bel ange resplendissant de sa vision. A travers cette sculpture, Le Bernin met la pierre en mouvement et lui insuffle une dynamique : l'ange aux ailes &#233;tendues ne tient qu'&#224; peine au sol, tandis que la sainte est suspendue sur une improbable nu&#233;e. L'artiste s'emploie &#224; d&#233;ployer, dans sa mise en sc&#232;ne, toutes les virtualit&#233;s d'un texte en lui-m&#234;me spectaculaire : l'extase est d&#233;crite tout ensemble comme un martyre, la jouissance sensuelle est en m&#234;me temps une p&#233;nible crucifixion o&#249; l'&#226;me s'abandonne, se d&#233;fait et souffre. Le sculpteur, en donnant chair aux protagonistes de ce r&#233;cit qui ressemble tant &#224; un fantasme, a soulign&#233; le contraste expressif entre les deux visages : celui de l'ange au sourire, bourreau arm&#233; d'un &#171; dard enflamm&#233; &#187;, s'oppose &#224; celui de Th&#233;r&#232;se, victime abandonn&#233;e, o&#249; l'on lit &#224; la fois l'alanguissement &#233;rotique et l'intensit&#233; de la douleur.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_160 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/le_bernin_extase_terese_detail1.jpg' title='Le bernin, extase de sainte Th&#233;r&#232;se' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH162/le_bernin_extase_terese_detail1_petit-4-4a944.jpg?1485180738' width='150' height='162' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-160 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Le bernin, extase de sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-160 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;(d&#233;tail)
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;La repr&#233;sentation souligne ainsi la jouissance morbide de cette sc&#232;ne o&#249; se m&#234;lent &#201;ros et Thanatos, o&#249; le ravissement de l'&#226;me est d&#233;crit comme une conjonction des corps : l'archer ang&#233;lique appara&#238;t comme un avatar du dieu Amour, et le symbolisme sexuel du dard et des &#171; faibles soupirs &#187; de la sainte est trop &#233;vident pour qu'on le commente. La possession divine ne peut &#234;tre montr&#233;e que comme une brisure int&#233;rieure : Th&#233;r&#232;se est &#233;cartel&#233;e, vid&#233;e de ses entrailles, disloqu&#233;e. Mais la souffrance qu'entra&#238;ne cette d&#233;possession de soi conduit moins &#224; la mort qu'&#224; la petite mort, comme en t&#233;moigne le m&#233;lange de jouissance et d'h&#233;b&#233;tude qu'on lit sur le corps de la sainte. Le pouvoir de s&#233;duction d'une telle &#339;uvre, en m&#234;me temps spirituelle et charnelle, mystique et &#233;rotique, est li&#233;e au jeu pervers qu'elle entretient avec la &lt;i&gt;voluptas dolendi&lt;/i&gt; p&#233;trarquiste qui devient ici, pour reprendre l'expression de Gis&#232;le Venet, un &#171; plaisir du d&#233;plaisir &#187;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_150 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/IMG/jpg/le_bernin_extase_terese_detail2.jpg' title='Le bernin, extase de sainte Th&#233;r&#232;se' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='http://manierisme.univ-rouen.fr/spip/local/cache-vignettes/L150xH144/le_bernin_extase_terese_detail2_petit-1e34e.jpg?1485180738' width='150' height='144' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-150 spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Le bernin, extase de sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-150 spip_doc_descriptif' style='width:150px;'&gt;(d&#233;tail)
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt; &lt;p&gt;Ni Th&#233;r&#232;se ni le Bernin n'&#233;taient assez na&#239;fs pour ignorer qu'ils donnaient &#224; voir une extase purement spirituelle et psychique sous l'aspect d'une extase sexuelle et physique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Il n'y avait que Jacques Lacan pour s'&#233;tonner, comme s'il &#233;tait le premier &#224; la (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cette fa&#231;on pour ainsi dire m&#233;taphorique de faire sentir les plus hautes et les plus pures r&#233;alit&#233;s spirituelles en usant de comparaisons au caract&#232;re sexuel prononc&#233; n'&#233;pouvantait pas la d&#233;votion baroque romaine de l'&#233;poque. Les baroques en effet sont volontiers &#171; monistes &#187;, c'est-&#224;-dire qu'elle consid&#232;re que le corps et l'&#226;me constituent un seul &#234;tre. Dieu &#233;claire le sensible et rayonne dans la mati&#232;re et la chair pour les illuminer : c'est cette pr&#233;sence du divin dans le monde qui constitue la justification th&#233;ologique de la luxuriance baroque, telle qu'elle est particuli&#232;rement perceptible dans cette &lt;i&gt;Extase de sainte Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt;. Pour r&#233;aliser son programme de r&#233;novation, l'Eglise ne recule devant aucun moyen susceptible de s&#233;duire les &#226;mes, f&#251;t-ce en empruntant les &#171; armes du diable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Selon le mot de Pascal Ory, voir ce lien' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour se d&#233;marquer d'une tendance protestante au puritanisme.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Voir aussi Catherine Cl&#233;ment, Faire l'amour avec Dieu, Albin Michel, 2017, (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conception s'oppose radicalement non seulement &#224; celle des calvinistes, mais aussi &#224; celle d'une frange rigoriste du catholicisme, plus dualiste, soucieuse de distinguer l'&#226;me du corps, et de mettre les fid&#232;les en garde contre les p&#233;rils de la chair et les tentations du monde. Leur Dieu est lointain et cach&#233;, et le monde est d&#233;chu de sa pr&#233;sence. Pour eux, Dieu s'est absent&#233; du monde. L'art, en tant qu'il a partie li&#233; avec un sensible corrompu par le p&#233;ch&#233;, risque fort de se trouver lui aussi corrompu : c'est la raison pour laquelle jans&#233;nistes et calvinistes sont r&#233;serv&#233;s &#224; l'&#233;gard de l'art et de ses s&#233;ductions sensuelles, plus propres &#224; conduire les fid&#232;les &#224; leur perte, en les retenant dans le royaume des cr&#233;atures, qu'&#224; les &#233;lever vers Dieu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il n'y avait que Jacques Lacan pour s'&#233;tonner, comme s'il &#233;tait le premier &#224; la remarquer, de la &#171; jouissance &#187; de la sainte : &#171; enfin quoi : qu'elle jouit, &#231;a fait pas de doute ! &#187; s'&#233;criait-il surpris en 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Selon le mot de Pascal Ory, &lt;a href=&#034;https://www.franceculture.fr/sculpture/la-sainte-therese-du-bernin-est-devant-une-jouissance-pamee&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;voir ce lien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir aussi Catherine Cl&#233;ment, &lt;i&gt;Faire l'amour avec Dieu&lt;/i&gt;, Albin Michel, 2017, qui consacre plusieurs pages &#224; cette oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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