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0.3 Citations et références

 Naissance d’une notion

Furetière dans son Dictionnaire universel (1690) : « terme de joailler, qui ne se dit que des perles qui ne sont pas parfaitement rondes ».
Dictionnaire de l’Académie (1694) : « Se dit seulement des perles qui sont d’une rondeur fort imparfaite ».

extrait des Sincères de Marivaux (1739) :

La Marquise.

De la régularité dans les traits d’Araminte ! de la régularité ! vous me faites pitié ! et si je vous disais qu’il y a mille gens qui trouvent quelque chose de baroque dans son air ?

Ergaste.
Du baroque à Araminte !

La Marquise.
Oui, monsieur, du baroque.

Saint-Simon, Mémoires (1711) :

« Ces places [conseillers d’État, d’Église] étaient destinées aux évêques les plus distingués, et il était bien baroque de faire succéder l’abbé Bignon à M. de Tonnerre. »

Dictionnaire de l’Académie de 1740 :

Baroque se sit aussi au figuré pour irrégulier, bizarre, inégal. Un esprit baroque, une expression ou une figure baroque.

Le Mercure de France sur l’opéra de Rameau Hippolyte et Aricie (mai 1734) :

et lorsque par hasard il s’y rencontrait deux mesures qui pouvaient faire un chant agréable, l’on changeait bien vite de ton, de mode, et de mesure, toujours de la tristesse au lieu de la tendresse, le singulier était du baroque, la fureur du tintamarre ; au lieu de la gaieté, du turbulent, et jamais de gentillesse, ni rien qui peut aller au coeur.

J.-B. Rousseau à propos du Dardanus de Rameau :

Distillateurs d’accords baroques
Dont tant d’idiots sont férus
Chez les Thraces et les Iroques
Portez vos opéra bourrus

1746 : l’abbé Noël-Antoine Pluche : la « musique baroque ... ne se propose que de »surprendre par la hardiesse des sons« et se contente de »nous occuper (…) de bruit comme des animaux sans intelligence".

Jean-Jacques Rousseau dans son Dictionnaire de musique en 1768 :

Une musique baroque est celle dont l’harmonie est confuse, chargée de modulations et dissonances, le chant dur et peu naturel, l’intonation difficile, et le mouvement contraint.

Jean-Jacques Rousseau : « Il y a bien de l’apparence que ce terme vient du baroco des logiciens ».

La plus expresse marque de la sagesse, c’est une réjouissance constante ; son état est, comme des choses au dessus de la lune, toujours serein : c’est baroco et baralipton [deux types de syllogisme] qui rendent leurs suppôts ainsi crotté et enfumés ; ce n’est pas elle : ils ne la connaissent que par ouï-dire (Montaigne, Essais, I, 26).

Littré, 1872 :

Espagn. barrueco, berrueco, perle qui n’est pas parfaitement ronde  ; portug. barroco, même sens. Ces mots viennent sans doute de baroco (voy. ce mot), ancien terme de la scolastique qui a souvent frappé par sa bizarrerie.

Le Président des Brosses, en 1755 dans ses Lettres d’Italie :

Les Italiens nous reprochent qu’en France, dans les choses de mode, nous redonnons dans le goût gothique ; que nos cheminées, nos boîtes d’or, nos pièces de vaisselle d’argent sont contournées et recontournées comme si nous avions perdu l’usage du rond et du carré ; que nos ornements deviennent du dernier baroque : cela est vrai

Dictionnaire de Trévoux de 1771 :

BAROQUE. adj. de t. g. Terme de Joaillier, qui ne se dit que des perles qui ne sont pas parfaitement rondes. Gemmæ rudes & impolitæ. Collier de perles baroques.

Baroque, se dit aussi au figuré, pour irrégulier, bizarre, inégal. Un esprit baroque. Une expression baroque. Une figure baroque. Il n’y a point de langue si baroque qui n’ait trouvé des partisans zélés. Mém. de Trév.

En peinture, un tableau, une figure d’un goût baroque, où les règles des proportions ne sont pas observées, où tout est représenté suivant le caprice de l’artiste.

Cartaud de La Vilatte, 1737 : « Les beaux vers de Monsieur Racine sont durs et baroques quand ils sortent de la bouche d’un Auvergnat ».

Augustin Simon Irailh, auteur de mémoires sur les Querelles littéraires en 1761 :

Tout le monde s’accorde à dire que les vers y sont durs, baroques, faits en dépit du bon sens. Despréaux, Racine, La Fontaine et quelques personnes de la même société s’imposaient pour peine d’en lire une certaine quantité, lorsqu’on avait fait une faute contre le langage.
D’étranges qu’ils voulaient être, ils devinrent bizarres, de bizarres baroques, ou peu s’en fallait (Musset, Lettres de Dupuis et Cotonet, 1837)
les mêmes propos biscornus, les mêmes réflexions baroques.(Huysmans, À rebours, 1884).
des phrases si baroques et si ridicules(A. France, 1892)
On me trouvait impossible, burlesque, baroque (R. Rolland, Jean-Christophe, 1910).

Johann Joachim Winckelmann (1717-1768), Histoire de l’art chez les Anciens, trad. fr. en 1789 :

On en est enfin venu à ce point de corruption, qu’on a pratiqué sur les façades des édifices, de ces ornements fantasques, de ces enroulements de goût baroque, que les gravures françaises et allemandes ont cherché à perpétuer.

[Histoire de l’Art chez les Anciens, préface, p. LXIX]

Michel-Ange et Borromini illustrent selon lui cette tendance.

Jacob Burckhardt (1818-1897), Cicérone, guide de l’art antique et de l’art moderne en Italie (1855) :

L’architecture baroque parle la même langue que la Renaissance, mais elle en parle un dialecte sauvage.

Friedrisch Nietzsche, Humain trop humain (1886) :

Le baroque surgit chaque fois lorsqu’un grand art décline, lorsque les exigences de l’expression classique dans l’art sont devenues trop grandes, comme un événement de la nature qu’on observe avec mélancolie – parce qu’il précède la nuit –, mais en même temps avec admiration pour les ressources compensatrices de l’expression et de la narration qui lui sont propres.

Déclin de l’Occident d’Oswald Spengler (1918)

Heinrich Wölfflin (1864-1945), Renaissance et Baroque (1888), Principes fondamentaux de l’histoire de l’art (1915) :

Le baroque, ou disons l’art moderne, n’est ni le déclin ni une perfection de l’art classique, il constitue un art tout à fait différent.

Benedetto Croce (1866-1952), Storia dell’età barocca in Italia, 1929 : le baroque est « un mode de perversion et de laideur artistique » ; il « n’est nullement artistique mais tout au contraire quelque chose de différent de l’art dont il a pris l’aspect et le nom ».

Eugenio d’Ors (1881-1954) , Du Baroque , 1931 (traduit en français en 1936) :

De tradition, le qualificatif ’baroque’ n’était appliqué qu’à certaine perversion du goût ; perversion historiquement — si l’on peut dire — et parfaitement localisée. Récemment encore, un maître aussi érudit que Benedetto Croce niait avec insistance que l’on pût considérer le baroque autrement que comme ’une des variétés du laid’. Sans en arriver à une position aussi négative et exorcisante, la tendance, il y a vingt ans et moins, était de s’en tenir à l’opinion que [...] le baroque [...] est un style pathologique, une vague de monstruosité et de mauvais goût, produit d’une sorte de décomposition du style classique et de la Renaissance."
Loin de procéder du style classique, le baroque y est opposé d’une manière plus fondamentale encore que le romantisme qui, lui, n’est en somme qu’un épisode dans le déroulement de la constante historique
"une constante qui se retrouve à des époques aussi réciproquement éloignées que l’Alexandrisme de la Contre-réforme ou celle-ci de la période ’fin de siècle’."

Le baroque est un « éon »

 D’un baroque littéraire

Jean Rousset intitulé Circé et le paon. La littérature de l’âge baroque en France, paru en 1953 : un « livre décisif » (Pierre Charpentrat, Le Mirage baroque, Editions de minuit, 1967.

Revue des Sciences humaines , 1942.

Raymond Lebègue (1895-1984), « Les Larmes de Saint-Pierre, poème baroque ».

Il y a beaucoup d’œuvres auxquelles l’étiquette classique ne convient nullement ; actuellement elles sont moins célèbres que celles-là, mais il est tout à fait inexact et injuste d’appeler leurs auteurs des dissidents, des attardés, des égarés et je me demande pourquoi nous ne leur donnons pas le nom de roman baroque, de poésie baroque, de théâtre baroque.
Est baroque le goût de la liberté en littérature : le dédain des règles, de la mesure, des bienséances, de la séparation des genres. Est baroque ce qui est irrationnel : les jeux intellectuels d’où sont absentes la logique et la raison, le goût des charmes de la nature, celui du mystère et du surnaturel, et enfin l’élan émotif et passionnel. Il existe une liaison entre ces différents caractères ; ils se sont développés dans notre théâtre à la même époque, qui est la fin du xvie siècle ; ils disparaissent après 1635-1640.

« notre littérature ‘préclassique’ » contient selon lui « de nombreux éléments baroques ».

Alan Boase, les « poètes anglais et français de l’époque baroque ».

Modernisme ou irrégularité, concettisme ornemental, création d’un sentiment d’étonnement ou d’admiration, ces trois traits, dès qu’on les retrouve ensemble, ne suffisent-ils pas à caractériser le baroque littéraire ?
Le baroque est sans doute une idée de style. […] Mais il est également, selon une acception plus limitée et par là plus utile, une conception historique, reliée à quelques grands événements de l’histoire européenne comme, par exemple, la Contre-réforme et la constitution des absolutismes royaux ou princiers avec leur vie de cour et toute l’organisation sociale et artistique qu’ils ont entraînée. Notion désormais aussi indispensable (me semble-t-il) à l’historien des lettres qu’elle l’est devenue à l’historien des arts. [...] On doit sans doute considérer Donne et ses disciples comme des poètes baroques – c’est à dire poètes de l’époque baroque.[...]

Antoine Adam : « baroque et préciosité »

Marcel Raymond (1897-1981), « la France a manqué le temps du grand art du baroque. Alors qu’il triomphait ailleurs, il n’a pu s’y réaliser pleinement. » A propos d’Agrippa d’Aubigné :

En revanche, la forme de cette poésie, et tout ce qu’elle enferme en elle, s’éclaire par l’idée du baroque qui grandit étrangement, depuis vingt ou trente années, dans la pensée des historiens de l’art et des esthéticiens.
Poésie tourmentée, pathétique, avec des surcharges, des élans interrompus par de vers graves, d’une pensée mûrie, d’une noblesse toute espagnole. Poésie tragique nourrie d’angoisse ou d’extase. L’imagination chauffée à blanc prolonge l’instabilité naturelle au poète et engendre, par la vertu des contrastes et des pointes, une continuelle démesure. (p. 78)

Marcel Raymond, « Du baroquisme en littérature en France aux XVIe et XVIIe siècles »

J’ai essayé de passer de l’esthétique des beaux-arts à celle de la littérature et de suggérer des résultats auxquels pouvait conduire l’étude des formes du baroque. Mais cette esquisse est absolument insuffisante.

Jean Rousset, Anthologie de la poésie baroque française, Paris, Armand Colin, 1961, 2 tomes.

« Adieu au baroque ? », L’Intérieur et l’extérieur : essais sur la poésie et le théâtre au XVIIe siècle, Paris, José Corti, 1968.

Philippe Beaussant, Vous avez dit baroque ?, Paris, Actes Sud, 1988.

Anne-Laure Angoulvent, L’Esprit baroque, P.U.F., « Que sais-je ? », 1998

Jean Rousset, Forme et signification. Essai sur les structures littéraires de Corneille à Claudel, Paris, José Corti, 1963, parut en 1963.

Jean Rousset, Le Mythe de Don Juan, Paris, Armand Colin, U Prisme, 1978

Jean Rousset, Leurs yeux se rencontrèrent. La scène de première vue dans le roman, Paris, José Corti, 1981.

Jean Rousset, Dernier Regard sur le baroque, Paris, José Corti, 1998.

Références

Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, voici une bibliographie papier mais aussi numérique, pour ceux d’entre vous qui n’ont pas d’accès facile aux bibliothèques.

Sur le baroque artistique

  • D’abord un site web très complet sur l’histoire de l’art, pour ceux qui n’auraient pas accès aux bibliothèques : https://www.aparences.net
    Voir en ce qui nous concerne le chapitre concernant la période baroque, bien sûr.
  • Eugenio d’OrsDu Baroque, trad. d’Agathe Rouardt-Valéry, Paris, Gallimard, 1935. Un ouvrage ancien, très discutable sur le fond, mais qui constitue un moment de l’histoire de la notion, d’un haut intérêt historiographique
  • Alain Tapié, Baroque Vision jésuite, catalogue d’une exposition qui s’est tenue à Caen en 2003
  • Yves Bonnefoy, Rome, 1630 : L’horizon du premier baroque suivi de Un siècles du culte des images, Champs-Flammarion, 2012 pour cette édition. Bonnefoy voit dans le baroque une démarche qui n’est pas étrangère à sa propre poétique.
  • Parce que le baroque est aussi musical : voir le petit ouvrage quelque peu polémique de Philippe Beaussant, Vous avez dit baroque ?, Paris, Actes Sud, 1988. Ouvrage contemporain de l’époque où William Christie et quelques autres redécouvraient un patrimoine musical oublié et mal compris.

Sur le baroque littéraire

  • Marcel Raymond, Baroque et Renaissance poétique, Paris, José Corti, 1955.
  • Un important article fondateur de Marcel Raymond, consultable en ligne : https://baroque.revues.org/288
  • Bernard Gibert, Le baroque litteraire francais, Armand Colin, 1997.
  • Michel Jeanneret et Jean StarobinskiL’Aventure baroque, Carouge-Genève, Éditions Zoé, 2006
  • Jean RoussetLa Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le Paon, Paris, José Corti, 1953, 2 vol. ; rééd. 1989. Ouvrage fondateur, qui ouvrit à l’époque tout un champ de recherche et donna des clefs pour explorer un corpus bien oublié.
  • Jean RoussetAnthologie de la poésie baroque française, Paris, Armand Colin, 1961 ; rééd. José Corti, 1988. Ce florilège thématique contient, outre d’importantes analyses, les « pièces justificatives » de l’ouvrage précédent.
  • Jean Rousset, L’Intérieur et l’extérieur : essais sur la poésie et le théâtre au XVIIe siècle, Paris, José Corti, 1968. Quinze ans après son maître ouvrage, et alors que la catégorie connaît une fortune scientifique que personne n’aurait imaginé, Rousset commence déjà s’interroger sur la pertinence de la notion qu’il a tellement contribué à mettre en valeur.
  • Jean RoussetDernier regard sur le baroque, Paris, José Corti, 1998. « L’inventeur » de la notion de baroque littéraire prend du recul par rapport à la catégorie qu’il a inventée.
  • Jean Serroy, Poètes français de l’âge baroque, anthologie (1571–1677), (Imprimerie nationale, 1999).
  • Jean-Claude Vuillemin, "Baroque : le mot et la chose”, in Œuvres & Critiques. Dorothée Scholl, ed., “La question du baroque” 32.2 (2007) : 13-21
  • Tout un numéro spécial de la revue en ligne Etudes Epistémè, consacré aux notions de baroque et de maniérisme littéraires : http://www.etudes-episteme.org/2e/spip.php?rubrique25
  • Bernard Chédozeau, Le Baroque, Nathan Université, 1991. Bon manuel, mais devenu un peu difficile à trouver.

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