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3.2.3. Paraître, parure, parade

L’homme baroque est labile, fuyant, incertain d’exister dans un monde lui-même devenu inconsistant et incompréhensible. Dans cet univers flottant, en perpétuel métamorphose, soumis à un devenir que n’arrête aucune fixité, l’homme n’est lui-même pas autre chose que la succession de ses diverses apparences. Faute d’être sûr de posséder une existence en-dehors de ce qu’il donne à voir, l’individu du premier XVIIe siècle cultivera le paraître jusqu’à l’ostentation : la permanence du masque dissimule sous sa fixité factice la mobilité à l’infinie du visage. Aussi l’époque est-elle celle des vêtements luxueux, des dépenses somptuaires, de la grande vie et des fêtes. L’homme baroque, c’est le poète aristocrate John Suckling qui, en 1639, dans l’Angleterre de Charles Ier habille ses troupes d’uniformes écarlates et de chapeaux à plume ; c’est aussi le héros cornélien, soucieux de sa « gloire », c’est-à-dire de l’image idéalisée qu’il veut renvoyer aux autres et à lui-même. C’est

Jean Rousset a choisi l’emblème du paon pour illustrer cette attitude ostentatoire dont il fait un trait baroque par excellence : l’apparat, l’éclat, le cérémonial et le faste seront d’autant plus valorisés qu’ils servent à compenser par une splendeur extérieure le déficit d’existence, le défaut d’être, le manque à être. Les baroques méditent sur les masques, car ils ne sont plus sûrs d’avoir un visage. Ils soupçonnent tout visage d’être un masque, et que, une fois ôtés les fards et les maquillages, il ne reste que le vide… La beauté de la femme, si trompeuse et séduisante, n’est-elle pas le plus bel exemple de ces brillants ornements qui cachent mal la charogne du cadavre ? Pierre de Saint-Louis met en garde les « muguets » contre la tentation de la passion amoureuse :

La beauté du corps est superficielle, et de plus elle est passagère ; elle trompe les jeunes gens en leur voilant le dépérissement prochain de la chair.

Feuilletoir



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