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1.2.6. Conclusion

Les humanistes avaient cru pouvoir concilier les philosophies antiques et le christianisme, et elles apparaissent désormais, de plus en plus, comme opposées : l’Église catholique, que la confrontation avec les Protestants a poussé au raidissement, pourchasse toutes les idées hétérodoxes, et se méfie en particulier des épicuriens libertins. Giordano Bruno, en 1600, est condamné au bûcher par le pape (en fait, surtout par saint Robert Bellarmin, cardinal) pour avoir soutenu la thèse de la pluralité des mondes, reprise au philosophe latin Lucrèce. La reprise de cette thèse est bien sûr liée à la nouvelle astronomie : en théorisant l’univers sans limites, il relativise le savoir humain et met gravement en cause la religion – car il paraît difficile de croire que le Christ se soit incarné pour sauver les créatures d’une infinité de mondes.

Les consciences ressortent considérablement ébranlées de cette révolution : ils doivent faire leur deuil de ce monde tranquille, fait à la mesure de l’homme et dans son intérêt, et accepter l’idée d’un univers infini, vertigineux et hostile. Tout se dérobe, les certitudes les mieux ancrées ne sont plus que des beaux mensonges, et l’homme reste abandonné dans un univers qui n’est plus proportionné à lui. L’art et la littérature baroques, qui se chargeront d’exprimer (ou de conjurer) cette angoisse, se ressentiront de cette disproportion fondamentale du monde.
Les intellectuels sont livrés à eux-mêmes, sans outillage satisfaisant pour penser la complexité nouvelle du monde, où il n’y a plus de haut ni de bas absolus : tout bascule tout sombre dans un gigantesque vertige, sans point fixe où se raccrocher.

Aussi l’humanité est-elle plongée dans une crise morale profonde : qu’est-on venu faire sur terre ? Quel est le destin de l’homme ? Quelle est sa vocation, son bonheur ? Que faire de cette religion qui promettait à l’homme le salut ? N’est-elle pas périmée ? Pascal tirera toutes les conséquences de cette révolution à la fois en passe d’être achevée, et en même temps encore refusée par beaucoup de bons esprits. Elle constitue la première blessure narcissique, qui caractérise aux yeux de Freud l’entrée dans la modernité (« Le narcissisme universel, l’amour-propre de l’humanité, a subi jusqu’à présent trois graves démentis de la part de la recherche scientifique. », in Une Difficulté de la psychanalyse, 1917). La ruine de certitudes bi-millénaires constituent un traumatisme pour plusieurs générations, et justifie la fréquence, en peinture et en poésie, des images du monde à l’envers.

Feuilletoir



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